Lao tseu (Lao Zi) - Le Tao Te King
Le TAO TE KING ( Livre de la Voie et de
sa vertu) est sans contredit un des textes les plus importants de
l'humanité, au même titre que La Bible, le Coran ou
les Védas.
Il aurait été écrit par Lao
Tseu au VIème siècle avant J.C.
Il existe un bon nombre de traductions françaises du Tao
Te King. Personnellement, j'en connais au moins cinq dont celle,
entre autres, du Père Léon WIEGER S.J. dans son ouvrage
Les Pères du Système Taoïste , une
autre présentée par ETIEMBLE (en collection de poche),
et deux autres dont j'ai oublié les auteurs.
Celle que je vous propose ici, publiée aux éditions
DERVY, par un auteur anonyme, qui a eu la grande humilité
cela mérite d'être remarqué de s'effacer derrière
la haute personnalité de Lao Tseu.
N'ayant personnellement pas la moindre notion de la langue chinoise,
je ne suis pas apte à dire si cette traduction est la plus
fidèle à l'original. Mais si je l'ai choisie c'est
d'abord pour rendre hommage à la discrétion du traducteur
et c'est aussi parce qu'elle s'accompagne d'une importante collection
de notes et de commentaires où l'on trouve d'intéressants
parallèles avec les traditions occidentales.
Donc, si vous avez aimé le texte de la traduction, précipitez
vous sur le livre ( espérons qu'il n'est pas épuisé)
pour lire les commentaires.
Ayant réalisé ce travail pour mon plaisir personnel
et aussi pour faire connaître ce texte important je n'entends
pas en tirer un quelconque avantage pécuniaire. Si vous l'avez
aimé et désirez m'en remercier, vous pouvez faire
une offrande a l'Association Druk Toupten Tcheukhor Ling.
CENTRE D'ETUDES BOUDDHIQUES
Bel Avenir
PLOURAY
Qui était LAO TSEU (ou Lao Zi) ...
On sait fort peu de chose de LAO TSEU.
La courte biographie. que donne de lui Seu Ma Tsyeng dans ses mémoires
historiques, est le document le plus ancien qui contienne sur sa
vie quelques renseignements dont rien ne permet d'ailleurs d'affirmer
la parfaite authenticité..
Il serait né au village de Haï dans le royaume de Tch'en.
Il était de famille noble, celle des Lao Che, Che étant
le nom de sa race. Son nom patronymique était LI, son prénom
EUL.
L'Empereur Tsing ordonna de lui rendre les mêmes honneurs
qu'à BOUDDHA. On lui donna le nom de YUEN HOANG TI,»Maître
souverain de l'obscurité». Mais il fut surtout connu
sous le nom de LAO TSEU, c'est-à-dire»le vieux Maître»«le
vieux Docteur»où vieux est pris dans le sens de vénérable.
LAO TSEU fut archiviste de la cour des Tchéou. Voyant que
leur puissance était sur son déclin, las du désordre
de l'Empire, il prit la résolution de s'éloigner pour
n'être pas témoin de leur chute. Nous ignorons quand
et ou il mourut.»Ayant aimé l'obscurité pardessus
tout, dit SE: MA TSHYENG, cet homme effaça délibérément
la trace de sa vie. Mais qu'importe la trame de son existence
! Génie original, ne relevant que de la grande et antique
tradition, LAO TSEU appartient à a lignée des missionnés,
dont la pensée et la sagesse sont sur la terre un reflet
de la lumière divine, et qui ont atteint l'immortalité
Le même mystère, qui entoure sa personne et sa vie,
et pour les mêmes raisons, enveloppe son œuvre condensée
dans un seul livre. La plupart de ses biographes répètent,
à ce sujet, à peu près dans les mêmes
termes, une anecdote suivant laquelle, en quittant la Chine et sur
le point de traverser la Grande Muraille, il aurait été
prie, par l'officier gardien de la passe de l'Ouest, YIN HI, d’écrire
pour lui un résumé de sa doctrine. C'est dans ces
conditions que le TAO TE KING aurait vu le jour.
Cette anecdote fait partie de la légende rédigée
par KO HONG vers l'an après J.C. et incluse dans son ouvrage
intitulé»Histoire des dieux et des immortels.
Est-elle mieux fondée que les autres faits relatés
dans ce récit fabuleux ? Nul ne peut le dire. Quoi qu'il
en soit, la tradition affirme formellement que le TAO TE KING est
de la main d LAO TSEU et, d'après le savant Père WIEGER
tout porte à croire que la tradition a raison.
TAO TE KING - Le texte
I Une voie qui peut être tracée, n'est pas la voie éternelle: le Tao. Le nom qui peut être prononcé,, n'est pas le nom éternel
I Sans nom, il est a l'origine du ciel et de la terre. Avec un nom, il est la Mère des dix mille êtres
I Ainsi, un Non-Dèsir éternel représente, son essence, et par un Désir éternel il manifeste une limite
I Ces deux états coexistent inséparables, et diffèrent seulement de nom.
Pensés ensemble: mystère! le Mystère des mystères. C'est la Porte de toutes les essences
II Tous sous le Ciel, connaissant le beau comme le beau: voici
le laid !
Tous connaissant le bien comme le bien: voici le mal ! C'est ainsi que l'être et le non-être naissent l'un de l'autre, que le difficile et le facile s'accomplissent l'un par l'autre, que mutuellement le long et le court se délimitent, le haut et le basse règlent, le ton et le son s'accordent, l'avant et l'après s'enchaînent.
II- C'est pourquoi le Saint-Homme s'en tient à la pratique du Non-agir. Il enseigne sans parler.
Tous les êtres agissent, et il ne leur refuse pas son aide. Il produit sans s'approprier, travaille sans rien attendre, accomplit des oeuvres méritoires sans s' attacher, et, justement parce qu'il ne s'y attache pas, elles subsistent.
III- Il ne faut pas glorifier les hommes de valeur, pour que le
peuple ne
dispute pas; ni estimer les biens difficiles à acquérir,
pour qu'il ne vole
pas; ni ,étaler ce qui excite la convoitise, pour que son
coeur ne soit pas
troublé,.
III- C'est pourquoi le Saint-Homme a pour règle : faire le
vide dans le
coeur, emplir le ventre, affaiblir la volonté, fortifier
les os, faire
constamment en sorte que le peuple soit sans savoir et sans désirs,
et que
ceux qui savent n'osent pas agir.
III- Il pratique le Non-agir et il n'est rien alors, qui ne soit
bien
dirigé, certes.
IV- Le Tao est vide mais il est inépuisable. Quel abîme
IV- Il apparaît comme l'ancêtre des dix mille êtres.
il émousse son
activité, dénoue ses voiles, harmonie sa splendeur,
s'unit à sa poussière; Oh!
Qu'il est pur.
IV- Il semble subsister de toute éternité. Je ne sais
de qui il pourrait
être le fils; il paraît antérieur au Souverain
du Ciel;
V- Le Ciel et la Terre ne sont pas humains; pour eux, tous les êtres
sont
comme le chien de paille. Le Saint-Homme n'a pas de prédilection;
pour lui les
Cent Familles sont comme chien de paille.
V- Entre le Ciel et la Terre, il est semblable à un soufflet
de forge vide,
mais inépuisable, dont le mouvement produit un souffle croissant.
V- Parler beaucoup épuise sans cesse; mieux vaut garder le
Milieu.
VI- L'Esprit des profondeurs est impérissable; on l'appelle
la Femelle
mystérieuse.
VI- La porte de la femelle mystérieuse est nommée
la Racine du Ciel et de
la Terre. Elle dure perpétuellement, et se dépense
sans s'user.
VII Le Ciel et la Terre durent toujours. S'ils durent toujours c'est
parce qu'ils ne vivent pas pour eux-mêmes. Voilà ce
qui leur permet de durer
indéfiniment.
VII- C'est pourquoi se mettant à la dernière place,
le Saint-Homme se
trouve à la première; oubliant sa personne il la conserve.
Parce qu'il ne
poursuit pas des buts égoïstes, il réalise à
la perfection ce qu'il
entreprend.
VIII- La suprême Vertu est comme l'eau. L'eau et la Vertu
sont
bienfaisantes pour les dix mille êtres et ne luttent pas.
Elles occupent les
places que les hommes détestent. C'est pourquoi elles sont
comparables au Tao.
VIII- Dans toute situation, la Vertu est humilité; dans le
coeur elle est
profondeur insondable; dans l'assistance elle est amour; dans la
parole
sincérité. Dans le gouvernement, elle est ordre et
droiture; dans l'action
elle est capacité, et elle se meut avec opportunité.
VIII- mais elle ne lutte pas; c'est pourquoi elle est irréprochable.
Tao IX- Conserver plein ce qui va déborder, mieux vaut y
renoncer. Un
tranchant trop aiguisé ne peut rester longtemps affilé.
Une salle remplie d'or
ne peut être gardée.
Tao IX- S'enorgueillir parce que l'on est comblé de richesse
et d'honneurs,
attire sur soi l'infortune. Lorsque l'oeuvre utile est accomplie
et que point
la renommée, que la personne s'efface: c'est la Voie du Ciel.
X- Maintenir le corps et l'âme sensitive dans l'unité,
pour qu'ils ne
puissent se séparer; contenir la force vitale et la rendre
docile, afin de
devenir comme le nouveau-né; se purifier en s'abstenant de
scruter les
mystères, pour rester sain; aimer le peuple afin de pouvoir
gouverner sans
agir; que les Portes du Ciel s'ouvrent ou se ferment, pouvoir être
comme la
femelle; étant inondé de lumière de tous cotés,
pouvoir être ignorant; donner
la vie, l'entretenir, produire sans s'approprier; agir sans rien
escompter;
diriger sans asservir. Telle est la Vertu merveilleuse.
XI- Trente rayons convergents, réunis au moyeu, forment une
roue; mais
c'est son vide central qui permet l'utilisation du char. Les vases
sont faits
d'argile, mais c'est grâce à leur vide que l'on peut
s'en servir. Une maison
est percée de portes et de fenêtres, et c'est leur
vide qui les rend
habitable.
XI- Ainsi l'être produit l'utile; mais c'est le non-être
qui le rend
efficace
XII- Les cinq couleurs rendent les yeux de l'homme aveugle, les
cinq sons
rendent ses oreilles sourdes, les cinq saveur rendent sa bouche
inapte à
savourer. Les courses violentes et le galop des chasses déchaînent
dans son
coeur de furieuses passions. Les biens difficiles à acquérir
font qu'il se
heurte à de dangereux obstacles.
XII- C'est pourquoi le Saint-Homme s'occupe de l'intérieur
et non des sens.
Il rejette ceci et adopte cela.
XIII- Faveur et disgrâce vont avec la crainte. Honneur et
tribulations vont
avec la personne. Pourquoi dit-on que faveur et disgrâce vont
avec la crainte?
La faveur élève, la disgrâce abaisse. Obtient-on
la faveur on est dans la
crainte; la perd-on, on est encore dans la crainte. Tel est le sens
de: faveur
et disgrâce vont avec la crainte.
XIII- Pourquoi dit-on: honneurs et tribulations vont avec la personne?
Le
moi est ce par quoi on a des tribulations. C'est parce que nous
avons une
individualité quelles nous frappent. Si nous n'avions pas
d'individualité,
quels malheurs pourraient nous atteindre?
XIII- C'est pourquoi celui pour qui l'Empire est aussi précieux
que sa
propre personne peut l'obtenir; celui qui l'aime autant que lui-même
est digne
de le diriger.
XIV- Regardant, on ne le voit pas, on le nomme l'Invisible; écoutant,
on ne
l'entend pas, on le nomme l'Inaudible. Touchant, on ne le sent pas,
on le
nomme l'Impalpable. Ce que sont ces trois attributs, il est impossible
de le
préciser; c'est pourquoi on les confond, car il ne font qu'un.
XIV- En haut, il n'est pas éclairé; en bas il n'est
pas obscure. Il est
éternel. Il est sans non. Son origine est là où
n'existe aucun être. On peut
dire qu'il est forme sans forme, figure sans figure; c'est l'Indéterminé.
Allant à sa rencontre on ne voit pas sa face; le suivant
, on ne voit pas son
dos.
XIV- C'est en observant l'antique Tao que l'on peut régler
l'existence
actuelle. Pouvoir connaître le commencement du passé,
c'est tenir le fil du
Tao.
XV- Les sages parfaits de l'Antiquité étaient insaisissables,
surnaturels,
mystérieux, pénétrants, si profonds qu'on ne
pouvait les connaître. Comme on
ne pouvait les connaître on ne peut tenter de les dépeindre.
XV- Ils étaient attentifs! comme celui qui traverse un cours
d'eau en
hiver; prudents! comme celui qui craint ses voisins; réservés!
comme celui qui
reçoit l'hospitalité; effacés! comme la glace
fondante; vides! comme la
vallée; troubles! comme l'eau limoneuse.
XV- Qui peut, par le calme, clarifier peu à peu ce qui est
impur? Qui peut,
peu à peu, naître au calme et s'y maintenir toujours?
Celui qui garde le Tao.
Il ne désir pas être plein, mais vide. C'est pourquoi
il peut paraître
méprisable et dépourvu de perfection temporelle.
XVI Atteindre le Vide parfait, c'est se fixer fermement dans le
repos.
XVI Les dix mille êtres paraissent ensemble et je les vois
s'en
retourner. Ils prolifèrent vigoureusement, puis chacun revient
son origine. Le
retour à l'origine, c'est le Repos. Le Repos, c'est le renouvellement
de la
destinée. Renouveler la destinée, c'est la loi éternelle.
Connaître la loi
éternelle, c'est être éclairé; l'ignorer
est un aveuglement qui rend
malheureux.
XVI Connaître la loi éternelle rend magnanime; celui
qui est magnanime
est roi; roi, il est comme le Ciel; semblable au Ciel, il est uni
au Tao, il
dure toujours. Que sa personne disparaisse, il n'y a plus de péril.
XVII Les Grands Souverains de jadis, le peuple savait qu'ils existaient.
Ceux qui vinrent ensuite il les aima, les honora: puis il les craignit,
et
enfin les méprisa. Quand la confiances est limitée,
il n'y a pas de confiance.
XVII Les premiers étaient graves, réservés
dans leurs paroles. Les
oeuvres méritoires se multipliaient, les entreprises prospéraient.
Dans les
Cents Familles, tous disaient: C'est grâce à
nous qu'il en est ainsi.
XVIII Quand le grand Tao fut délaissé, il y eut l'humanité,
la justice.
Puis la Sagesse, la prudence parurent, et l'hypocrisie fut générale.
XVIII Dans la famille, les membres se méconnurent; il y eut
l'affection
des parents, la piété filiale.
XVIII Les Etats souffrirent de la corruption, du désordre;
il y eut des
fonctionnaires fidèles.
XIX Renoncez à la sagesse, abandonnez la prudence, ce sera
cent fois
plus profitable au peuple. Renoncez à l'humanité,
rejetez la justice, et le
peuple reviendra à l'amour filial et à l'affection
paternelle. Renoncez à
l'habileté, abandonnez le profit, et il n'y aura plus de
voleurs ni de
bandits.
XIX Ces qualités, étant des apparences, ne sauraient
suffire. C'est
pourquoi il faut tâcher de se montrer simple, rester naturel,
réduire
l'égoïsme, avoir peu de désirs.
XX Renoncer à l'étude délivre de l'inquiétude.
Entre acquiescer et
consentir la nuance est bien petite; mais combien diffèrent
le bien et le mal
XX Ce que les hommes redoutent, on ne peut pas ne pas le craindre,
mais
pas au point d'en être troublé, anéanti.
XX Tous les hommes sont pleins d'ardeur, exaltés comme pour
un festin,
semblables à ceux qui font une ascension au printemps. Mois
seul suis calme,
sans réactions, comme le nouveau-né qui n'a pas encore
souri, errant sans
dessein, sans but!
XX - Les autres hommes ont tous du superflu; moi seul suis un déshérité,
mon coeur est celui d'un simple d'esprit, trouble! confus! l'homme
de la foule
est éclairé; moi seul suis plongé dans la pénombre.
l'homme de la foule est
précis, perspicace; seul je suis replié sur moi-même,
mouvant comme la mer,
flottant sans arrêt. La multitude des hommes se rend utile;
moi seul suis
inapte, semblable un paria.
XX Moi seul diffère des autres hommes parce que je vénère
la Mère
nourricière.
XXI Ce qui contient la Grande Vertu procède du Tao. Quelle
est la nature
du Tao: il est confus, indiscernable. Oh! Qu'il est confus, qu'il
est
indiscernable En lui il y a des formes indistinctes, indéterminées.
En lui, il
y a des êtres. Quel abîme! quelle obscurité!
en lui il y a une essence
spirituelle: son essence, absolue vérité! En lui est
son propre témoignage.
Depuis l'antiquité jusqu'à présent, son nom
n'a point passé. De lui sortent
les propriétés de tout ce qui est.
XXI Comment sais je que telle est l'origine de tout ce qui est,
Par
cela.
XXII L'incomplet sera complété, le courbe redressé,
le creux rempli,
l'usé renouvelé, l'insuffisant augmenté, l'excès
dissipé.
XXII C'est pourquoi le Saint-Homme, embrassant l'Unité est
le modèle du
Monde. Parce qu'il e se met pas en évidence, il brille; parce
qu'il n'est pas
personnel, il s'impose; parce qu'il ne se vante pas , il a du mérite;
parce
qu'il n'est pas orgueilleux, il ne cesse de croître; parce
qu'il ne lutte pas,
personne au monde ne peut s'opposer à lui.
XXII Cette sentence des anciens: ce qui est incomplet sera complété,
est-elle une parole vaine?
XXII Tout retourne à la parfaite intégrité.
XXIII - Parler peu pour rester soi.
XXIII Un ouragan ne dure pas toute une matinée, ni une pluie
torrentielle tout un jour. Or, qui fait cela, le ciel et la terre.
Si le Ciel
et la Terre ne peuvent faire durer ce qui est excessif, comment
l'homme le
pourrait-il?
XXIII C'est pourquoi celui qui en toutes choses suit le Tao, règle
ses
principes sur le Tao, identifie sa volonté et ses actions
avec la volonté et
l'action du Tao, conforme également ses non-interventions
au Non-agir du Tao.
E parce qu'il aspire à l'Union Suprême, le Tao l'accueille
avec joie. Aussi sa
conduite, ses projets, ses oeuvres ou ses abstentions ont-ils d'heureux
résultats.
XXIII Quand la foi n'est pas totale, ce n'est pas la vraie foi.
XXIV Celui qui se dresse sur la pointe des pieds ne peut se tenir
debout. Celui qui étend les jambes ne peut marcher. Celui
qui se met en vue
reste obscur; celui qui est satisfait de lui n'est pas estimé;
celui qui se
glorifie est sans mérite; celui qui est orgueilleux cesse
de croître. Par
rapport au Tao, ces façons d'agir sont comme des vomissures
et des tumeurs qui
répugnent aux êtres.
XXIV C'est pourquoi celui qui a le Tao ne suit pas cette voie.
XXV -. Il est un être indéterminé dans sa perfection,
qui était avant le
ciel et la terre, impassible, immatériel! Il subsiste, unique,
immuable,
omniprésent, impérissable. On peut le considérer
comme étant la Mère de
l'Univers. Ne connaissant pas son nom, je le désigne par
le mot Tao.
XXV En s'efforçant de le qualifier, on pourrait dire qu'il
est grand,
qu'étant grand il fuit, que fuyant il s'éloigne, qu'éloigné
il revient.
XXV Ainsi le Tao est grand, le ciel est grand, la terre est grande,
le
roi aussi est grand. Dans le monde il y a quatre grandes choses,
et le roi
n'en est-il pas une?
XXV l'homme se règle sur la terre, la terre se règle
sur le ciel, le
ciel se règle sur le Tao. Le Tao n'a d'autre loi que lui-même.
XXVI Le lourd est la racine du léger; le repos est le maître
du
mouvement. C'est pourquoi le prince sage va de l'aube au soir, sans
se
départir d'une sereine gravité. Bien qu'il possède
gloire et honneur, il
s'applique à s'en détacher.
XXVI Pourquoi, hélas! les maîtres aux dix mille chars
attachent-ils plus
d'importance à leur personne qu'à l'Empire? Insouciants,
ils perdent leurs
conseillers; violents, ils perdent leur trône.
XXVII Qui marche bien ne laisse pas de traces; qui parle bien ne
commet
pas de fautes; qui calcule bien n'a pas besoin de boulier; qui sait
bien
garder ferme sans verrou, et personne ne peut ouvrir; qui sait bien
lier ne se
sert pas de liens, et personne ne peut délier.
XXVII C'est pourquoi le Saint-Homme excelle constamment à
secourir les
hommes, et ne repousse personne. Il aide tous les êtres et
n'en délaisse
aucun.. En quoi il est doublement éclairé.
XXVII Aussi l'homme vraiment vertueux est un maître pour celui
qui n'est
pas vertueux; par contre le vulgaire est utile au Sage. Ne pas vénérer
son
maître, ne pas aimer celui qui nous rend service, serait-on
réputé, sage, est
un grand égarement.
XXVII Voila une vérité essentielle et profonde.
XXVIII Celui qui connaît sa force et garde sa douceur est
la vallée de
l'Empire. Etant la vallée de l'empire, la vertu éternelle
ne l'abandonne pas;
il redevient comme un petit enfant.
XXVIII Celui qui connaît sa lumière et garde son obscurité
est le modèle
de l'Empire. Etant le modèle de l'Empire, la Vertu éternelle
ne vacille pas en
lui; il revient à l'Illimité.
XXVIII Celui qui connaît sa gloire et reste dans son opprobre
devient la
vallée du Monde. Etant la Vallée du Monde la Vertu
éternelle le comble et il
revient à la Simplicité originelle. C'est cette simplicité
qui, en se
divisant, a formé toutes choses.
XXVIII Le Saint-Homme ne fait rien sans elle. Modèle des
Maîtres, il
dirige avec noblesse et ne lèse personne.
XXIX Celui qui voudrait obtenir l'Empire pour le façonner,
je vois qu'il
n'y réussirait pas. L'Empire étant une réalité
spirituelle , on ne peut le
modeler. Ceux qui veulent le façonner le ruinent; ceux qui
veulent le saisir
le perdent.
XXIX En effet, parmi les êtres, les un vont de l'avant, d'autres
suivent; certains aspirent, d'autres soufflent; certains sont vigoureux
d'autres débiles; les uns détruisent, les autres consolident.
XXIX C'est pourquoi le Saint-Homme proscrit seulement les excès
dans la
jouissance, l'ambition et le luxe.
XXX Celui qui seconde le Souverain en suivant le Tao ne se sert
pas des
armes pour subjuguer l'Empire, car quoi qu'on fasse aux hommes,
ils aiment à
rendre la pareille. Là où campent les armées,
poussent les ajoncs et les
ronces; après les grandes guerres viennent les années
de disette.
XXX C'est pourquoi celui qui est vertueux atteint son but sans se
permettre de rien prendre par la force. Il réussit sans faire
souffrir, sans
détruire, sans s'enorgueillir, sans exploiter son succès,
puis s'arrête. Il a
vaincu sans violence.
XXX;- Quand les êtres usent de la force ils vieillissent,
car cela est
opposé au Tao, et ce qui est opposé au Tao, périt
prématurément.
XXXI Les armes les plus belles sont des engins de malheur; tous
les
êtres les ont en horreur. Celui qui a le Tao ne s'y complaît
pas
XXXI En temps de paix, la place d'honneur est à la gauche
du prince
sage; en temps de guerre, elle est à sa droite
XXXI Les armes sont des engins de malheur, ce ne sont pas les
instruments du prince sage. Il ne peut en être dépourvu
en vue d'une nécessité
éventuelle; mais il place bien au dessus le calme et la Paix.
XXXI Une victoire n'est pas un bien; celui qui la considérerait
comme un
bien prendrait plaisir à tuer les hommes. Or, celui qui prend
plaisir à tuer
les hommes ne peut réussir à bien diriger l'Empire.
XXXI Dans les événements heureux, la première
place est à gauche, dans
les événements malheureux elle est à droite.
La place du général en second est
à la gauche du prince, celle du général en
chef est toujours à sa droite,
c'est à dire à la première place selon les
rites funèbres, car celui qui fait
tuer beaucoup d'hommes doit les pleurer.
XXXI Le général vainqueur se trouve ainsi placé
comme s'il conduisait le
deuil de ceux dont l a causé la mort.
XXXII Le Tao est éternel, il n'a pas de nom. Bien que petit
par sa
simplicité, l'Univers n'a aucun pouvoir sur lui.
XXXII Si les souverains pouvaient s'attacher à lui, les dix
mille êtres
viendraient spontanément se confier à eux; le Ciel
et la terre s'uniraient
pour faire descendre une douce rosée, et, sans contrainte,
les peuples se
pacifieraient d'eux-mêmes.
XXXII A l'origine de la distinction, il y eut le nom; avec le nom
l'existence fut. Dès lors de même il y eut le savoir
et la limite; avec le
savoir et la limite, le moyen de ne pas périr.
XXXII Tout ce qui existe dans l'Univers est, par rapport au Tao,
ce que
sont les ruisseaux des vallées par rapport aux fleuves et
aux mers.
XXXIII Celui qui connaît les hommes est averti; celui qui
se connaît
lui-même est réellement éclairé.
XXXIII Celui qui vainc les hommes est fort; celui qui se vainc lui-même
est réellement puissant.
XXXIII Celui qui sait se suffire est riche.
XXXIII Celui qui suit sa voie a de la volonté.
XXXIII Celui qui reste à sa place dure longtemps.
XXXIII Celui qui meurt sans cesser d'être a acquis l'immortalité.
XXXIV Le grand Tao est partout; sa puissance s'étend en tous
sens.
XXXIV Les dix mille êtres comptent sur lui pour naître
et vivre, et il
ne les déçoit pas. Son oeuvre étant accomplie,
il ne se l'attribue pas. Il
nourrit les dix mille êtres avec amour, sans les traiter en
maître.
XXXIV Etant éternellement sans désir, on pourrait
l'appeler petit; mais
les dix mille êtres dépendent de lui; bien qu'il ne
les traite pas en maître,
on peut l'appeler grand.
XXXIV Voila pourquoi le Saint-Homme, jusqu'à la fin ne se
considère pas
comme grand; ainsi, il peut accomplir sa grandeur.
XXXV Attachez-vous à la Grande Idée, et le monde avancera.
Il avancera
sans peine, dans la paix, la sérénité et l'abondance.
XXXV La musique et la bonne chère attirent le voyageur de
passage et il
s'arrête. Mais ce qui vient du Tao ne flatte pas le palais,
car il est sans
saveur. On le regarde, mais cela ne suffit pas pour le voir; on
l'écoute, mais
cela ne suffi pas pour l'entendre.
XXXV Si l'on a recours à lui, on ne peut l'épuiser.
XXXVI Ce que l'on veut contracter s'était nécessairement
déployé. Ce que
l'on veut affaiblir s'était nécessairement fortifié.
Ce que l'on veut appauvrir
avait nécessairement prospéré. Ce que l'on
veut ravir avait nécessairement été
acquis Cela s'appelle une lumière cachée.
XXXVI La douceur triomphe de la dureté, la faiblesse triomphe
de la
force.
XXXVI Il ne faut pas que le poisson sorte des profondeurs aquatiques.
Les sources de profit du royaume ne doivent pas être révélées
aux hommes.
XXXVII Le Tao est éternellement sans agir; cependant tout
est fait par
lui.
XXXVII Si les rois et les princes pouvaient le suivre, les dix mille
êtres se transformeraient d'eux-mêmes. Transformés,
s'ils voulaient agir, je
les maintiendrais dans la rectitude grâce à la Simplicité
sans nom. La
simplicité sans nom les rendrait aussi sans désirs;
sans désirs, ils seraient
en paix, et l'Univers se rectifierait de lui-même.
XXXVIII La suprême Vertu est sans vertu; c'est pourquoi elle
est la
Vertu. La vertu inférieure est attachée aux vertus,
c'est pouquoi elle n'est
pas la vertu.
XXXVIII La supême Vertu n'agit pas, et n'a pas de raison d'agir.
La
vertu inférieure agit par elle-même; elle a des motifs
pour agir. l'humanité
supérieure agit par elle-même sans mobiles. L'équité
supérieure agit par
elle-même avec des raisons pour agir La civilité supérieure
agit par
elle-même; et lorsqu'elle n'obtient pas la réciprocité,
elle s'efforce de
s'imposer par la contrainte, mais elle est rejetée.
XXXVIII C'est pourquoi lorsque le Tao fut délaissé,
il y eut la vertu;
la vertu perdue, il y eut l'humanité; après la perte
de l'humanité, il y eut
l'équité; après la perte de l'équité,
il y eut la civilité. Or la civilité
n'étant que l'apparence de la droiture et de la sincérité,
elle est cause de
désordre.
XXXVIII Le savoir n'est qu'ornement du Tao et commencement de l'erreur.
C'est pourquoi le Sage s'attache au réel et rejette les apparences;
il
s'intéresse au fruit plutôt qu'a la fleur; il laisse
ceci et saisit cela.
XXXIX Voici ce qui, depuis les origines, possède l'Unité:
XXXIX Le ciel possède l'Unité par sa pureté,
la terre par son repos, les
esprits par leur transcendance, les vallées parce qu'elles
peuvent se remplir,
les dix mille être par leur puissance générative,
les princes et les rois par
l'exercice du pouvoir. C'est par cela qu'ils possèdent l'Unité.
XXXIX Si le ciel cessait d'être pur, il est probable qu'il
se
dissoudrait; si la terre n'était plus en repos il est probable
qu'elle se
désagrégerait; si les esprits perdaient leur transcendance,
ils
s'anéantiraient; si les vallées ne se remplissaient
elles deviendraient
stériles; si les dix mille être ne se reproduisaient
plus ils disparaîtraient.
XXXIX C'est pourquoi ce qui est précieux a pour origine ce
qui a peu de
valeur, et ce qui est élevé est fondé sur ce
qui est bas.
XXXIX C'est pour cette raison que les pinces et les rois s'appellent
eux-mêmes orphelins, hommes de peu de valeur, sans mérite.
Ne montrent-ils pas
par là que leur souche est vulgaire, et n'ont-ils pas raison?
XXXIX C'est pourquoi un char en pièces séparées
n'est plus un char.
XXXIX Il ne faut pas désirer être surestimé
comme le jade, ni foulé au
pied comme un caillou.
XXXX Le retour est le mouvement du Tao; la faiblesse est le moyen
dont
il se sert.
XXXX Toutes choses sous le ciel naissent dans l'Etre; l'Etre naît
dans
le Non-Etre.
XXXXI Quand un lettré d'une grande élévation
entend parler du Tao, il
s'applique à le suivre avec zèle. Quand un lettré
moyen entend parler du Tao,
tantôt il le suit, tantôt il le délaisse. Quand
un lettré inférieur entend
parler du Tao, il le tourne en dérision; même s'il
n'en rit pas cela ne
signifie pas qu'il le suive.
XXXXI C'est pourquoi il est une tradition qui dit: pour le Tao,
le
lumineux est comme obscure; avancer comme reculer; étranger
est comme
familier. Pour la suprême vertu, élévation est
comme abaissement, candeur
comme honte, générosité comme parcimonie, vertu
bien établie comme perversité,
probité comme malhonnêteté, véracité
simple comme duplicité.
XXXXI Grand carré sans angle, grand vase inachevé,
grande mélodie
silencieuse, grande image sans contours: le Tao est caché
et n'a pas de nom,
cependant sa vertu soutient et accomplit tout.
XXXXII Le Tao a produit Un, Un a produit deux, deux a produit trois,
trois a produit les dix mille êtres.
XXXXII Les dix mille êtres fuient le repos et l'obscurité;
ils vont vers
le mouvement et l'éclat; un souffle immatériel forme
l'Harmonie.
XXXXII Ce que les hommes détestent, c'est d'être seuls,
délaissés,
incapables; cependant c'est ainsi que les princes et les rois se
qualifient
eux-mêmes.
XXXXII C'est pourquoi, parmi les êtres, les uns se diminuent
en
s'augmentant et les autres s'augmentent en diminuant.
XXXXII Ce que j'enseigne est la Doctrine traditionnelle: poutre
faîtière que la mort n'atteint pas. Je m'applique à
agi selon les ères de la
Tradition.
XXXXIII Ici-bas, ce qui est le plus malléable l'emporte sur
ce qui est
dur.
XXXXIII Le Non-Etre pénètre l'impénétrable;
c'est par cela que je
connais la suprême efficacité du Non-agir.
XXXXIII La maîtrise par le silence, la vertu surabondante
par le
Non-agir; rare; dans le monde, sont ceux qui les atteignent.
XXXXIV Du renom ou de la personne, à quoi tient-on le plus:
De la
personne ou des richesse qu'est-ce qui importe le plus. Du gain
ou del a
perte, lequel est affligeant;
XXXXIV De fortes affections exigent de grands sacrifices;
l'accumulation des biens entraîne de lourdes pertes.
XXXXIV savoir se suffire exempte de revers; savoir s'arrêter
préserve du danger, et permet de durer longtemps.
XXXXV La perfection accomplie semble incomplête, mais elle
sert sans
s'user.
La grande plénitude paraît vide, mais elle donne sans
s'épuiser.
La grande droiture semble courbe, la grande habileté paraît
maladroite, la
grande éloquence semble bégayer.
XXXXV La vivacité triomphe du froid, le calme triomphe de
l'ardeur.
Sous l'influence du calme pur, le monde se rectifie.
XXXXVI Quand le monde a le Tao, on renvoie les chevaux aux champs.
Quand le monde n'a plus le Tao, les chevaux de combat se multiplient
dans les
faubourgs.
XXXXVI Il n'est pas de plus grande erreur que vouloir satisfaire
ses désirs ; il n'est pas de plus grande misère que
de ne pas savoir se
suffire
Il n'est pas de pire calamité que le désir de posséder.
TAO XXXXVI C'est pourquoi celui qui sait se contenter de peu est
toujours satisfait
XXXXVII Sans franchir sa porte, on connaît l'Univers ; sans
regarder par
sa fenêtre, on voit le Tao duCiel.
XXXXVII Plus on sort et s'éloigne de soi, moins on acquiert
la
connaissance de soi.
XXXXVII C'est pourquoi le Saint-homme arrive sans se mouvoir, nomme
sans regarder, et accomplit sans agir.
XXXXVIII En s'adonnant à l'étude, on augmente chaque
jour; en se
consacrant au TAO, on diminue chaque jour; on ne cesse de diminuer,
jusqu'à ce qu'on atteigne le non-agir. Par le non-agir il
n'est rien que l'on
ne puisse faire, certes !
XXXXVIII Pour recevoir l'Empire, l'unique moyen est de ne rien faire
pour cela. Tant que l'on agit pour y parvenir, on ne peut gagner
l'Empire.
XXXXIX Le Saint-Homme n'a pas un coeur immuable, parce qu'il est
le
coeur des coeurs des Cent familles.
XXXXIX Je suis bon pour qui est bon et je suis bon avec qui ne l'est
pas.
C'est la bonté de la Vertu, certes! Je suis sincère
avec celui qui est sincère
et sincère avec celui qui ne l'est pas.C'est la véracité
de la Vertu, certes
!
XXXXIX Le Saint-Homme vivant dans le monde est craintif craintif
!
parce que son coeur est celui du monde entier : dans les Cent familles
tous
le regardent et l'écoutent
Tous sont ses enfants.
L Sortir dans la vie, c'est entrer dans la mort.
L Trois sur dix sont les compagnons de la vie; trois sur dix sont
les
compagnons de la mort;
trois sur dix enfin, dans la vie de l'homme, mettent en mouvement
la terre de
la mort.
Pourquoi cela ? Parce qu'ils vivent leur existence avec trop d'intensité.
L En effet, j'ai appris que celui qui excelle harmoniser sa vie
peut
cheminer sans se garer
du rhinocéros ou du tigre, entrer dans la bataille sans cuirasse
et sans
armes, car rien, en lui, n'est vulnérable à la corne,
à la griffe ou au
glaive. Pourquoi cela ? Parce qu'il n'appartient plus à la
terre de la mort.
LI Le Tao donne la vie aux êtres, sa Vertu les nourrit. Ainsi,
les êtres
revêtent un corps, et, par une impulsion naturelle, rendent
parfait leur
développement.
LI C'est pourquoi, parmi les dix mille êtres, il n'en est
aucun qui ne
révère le TAo et n'honore sa Vertu. Cette vénération
pour le Tao, ce respect
pour la Vertu ne sont pas ordonnés, mais toujours spontanés.
Car le Tao
produit, nourrit, fait croître, protège, parfait, mûrit,
entretient, soutient
tous les êtres.
LI Il les fait naître sans se les approprier; ils agissent,
et. il
n'attend rien d'eux; ils croissent,
et il les laisse libres.
LI C'est ce qu'on appelle la Vertu mystérieuse,
LII L'Univers a commencé, grâce à la Mère
de l'Univers. Si l'on
obtient la
Mère, on a le moyen de connaître ses enfants. Lorsque
l'on connaît les
enfants, et que l'on reste uni à la Mère, la mort
est sans péril.
LII Qui clôt sa bouche et ferme ses portes, ne sera point
ébranlé
jusqu'à la fin
de ses jours. Qui ouvre sa bouche, et se passionne pour ses affaires
arrive
au terme de sa vie sans être délivré.
LII Qui perçoit ce qui est infime est éclairé.
Qui garde sa faiblesse
est fort.
Qui use de sa simplicité, rentre dans sa lumière,
et n'attire pas sur sa
personne de fatales épreuves.
LII Cela s'appelle hériter de l’éternel.
LIII Si l'on me confiait une fonction gouvernementale, voici ce
que j'enseignerais : Marchez vers le Grand Tao; craignez seulement
de vous
mettre en vue. La Grande Voie est toute simple, mais le peuple
préfère les
sentiers.
LIII Quand les palais sont trop bien entretenus, les terres sont
incultes, les greniers vides. Porter des habits somptueux, des épées
tranchantes, se gaver de nourriture et de boissons, accumuler des
riehesses,
c'est glorifier le vol. Ce n'est pas le Tao, certes !
LIV Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui
qui
s'attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé,
ses fils et ses petits-fils
lui feront des offrandes perpétuellement.
LIV Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée;
cultivée
dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province,
elle
s'étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante;
cultivée dans
l'Empire, elle deviendra universelle.
LIV C'est ainsi que, par l'individu, on connaît les individus,
par la
famille on connaît les familles, par la province on connaît
les provinces,
par le royaume on connaît les royaumes, par l'Empire on connaît
l'Univers.
LIV Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'Univers? Grâce
à cela.
LIV Celui qui fonde sur le Bien ne craint pas la destruction. Celui
qui
s'attache fermement au Bien ne sera pas dépouillé,
ses fils et ses petits-fils
lui feront des offrandes perpétuellement.
LIV Cultivée dans sa personne, sa vertu sera spontanée;
cultivée
dans sa famille, sa vertu augmentera; cultivée dans sa province,
elle
s'étendra; cultivée dans son royaume, elle sera florissante;
cultivée dans
l'Empire, elle deviendra universelle.
LIV C'est ainsi que, par l'individu, on connaît les individus,
par la
famille on connaît les familles, par la province on connaît
les provinces,
par le royaume on connaît les royaumes, par l'Empire on connaît
l'Univers.
LIV Comment sais-je qu'il en est ainsi de l'Univers? Grâce
à cela.
LV Celui qui recèle en lui la grandeur de la Vertu ressemble
au
nouveau-né que les bêtes venimeuses ne piquent pas,
que les fauves ne
déchirent pas, que les oiseaux de proie n'enlèvent
pas.
LV Ses os sont faibles, ses tendons mous; cependant il saisit avec
force. Bien qu'il ignore l'union des sexes, il manifeste un orgasme
viril,
tant est parfaite l'âme vitale. Il crie tout le jour sans
être enroué, tant
est parfaite l'harmonie.
LV Connaître l'Harmonie, c'est connaître l'éternel;
connaître l'éternel,
c'est être illuminé.
LV Vivre intensément ne rend pas heureux. L'action du coeur
sur l'âme
vitale rend fort; mais les êtres forts vieillissent. C'est
l'opposé du Tao, et
ce qui est opposé au Tao dépérit.
LVI Celui qui sait ne parle pas; celui qui parle ne sait pas.
LVI Clore sa bouche, fermer ses portes, tempérer son ardeur,
se dégager
de ses liens, harmoniser sa lumière, s'assimiler à
son milieu, cela s'appelle
la mystérieuse union.
LVI On ne peut l'obtenir et avoir des affections; on ne peut l'obtenir
et faire
des différences; on ne peut l'obtenir et réaliser
des profits; on ne peut
l'obtenir et léser autrui; on ne peut l'obtenir et apprécier
ceci, déprécier
cela.
LVI C'est pourquoi elle est ce qu'il y a de plus précieux
au monde.
LVII Avec la droiture on gouverne un royaume; avec du génie
on fait la
guerre; mais l'Empire, on le gagne grâce au Non-agir. Comment
sais-je qu'il en
est ainsi pour l'Empire ? Par cela : plus il y a de règlements
et de
prohibitions dans l'Empire, plus le peuple s'appauvrit; plus le
peuple a de
moyens de s'enrichir, plus la vie familiale se trouble dans la nation
; plus
le peuple est habile et ingénieux, plus on voit surgir des
inventions inutiles;
plus le flot des règlements et des lois monte, plus il y
a de malfaiteurs et
de bandits.
LVII C'est pourquoi le Saint-Homme dit: Je pratique le Non-agir
et le
peuple se transforme de lui-même, j'observe le calme pur et
le peuple se
rectifie delui-même, je n'agis pas pour le lucre et le peuple
s’enrichit de
lui-même, jesuis sans désirs et le peuple revient à
la simplicité primitive.
LVIII Lorsque le gouvernement est simple et indulgent, le peuple
est
riche et
généreux; lorsque le gouvernement est formaliste et
tracassier, le peuple est
besogneux et mesquin.
LVIII Le bonheur repose sur le malheur; le malheur couve sous le
bonheur. Qui connaît leur apogée respective ?
LVIII Si le gouvernement est sans droiture, la droiture devient
erreur,
et le bien devient pervertit,. Les hommes sont égarés
et cela dure depuis
longtemps.
LVIII C'est pourquoi le Saint-Homme prescrit sans blesser, exhorte
sans
vexer, rectifie sans contraindre, éclaire sans ,éblouir.
LIX Pour gouverner les hommes en serrant le Ciel, rien ne vaut la
modération.
LIX La modération doit être le premier soin de l'homme;
quand elle est
devenue son premier soin, on peut dire que la Vertu augmente sans
cesse en
lui. Par cet accroissement continu de la Vertu, il n'est rien dont
il ne
soit capable. Lorsqu'il n'y a rien dont il ne soit capable, on ne
peut
connaître ses limites. Lorsqu'il est impossible de connaître
ses
limites, il peut posséder le royaume.
LIX Qui posséde la Mère du royaume dure sans fin.
C'est la racine
profonde, le tronc inébranlable, la voie de la vie amplifiée
et de la
connaissance durable.
LX On gouverne un grand Etat comme on fait frire un petit poisson.
Si
l'Empire est gouverné selon le Tao, ses entités invisibles
ne montrent pas
leurs force. Non pas que ces entités soient impuissantes
mais elles ne
nuisent pas aux hommes. Non pas qu'elles ne puissent nuire aux hommes,
mais
parce que le Saint-Homme, lui non plus, ne nuit pas aux hommes.
Ni le
Saint-Homme, ni ces entités ne les blessent, ni ne se blessent
réciproquement.
LX N'est-ce pas parce que la Vertu les unit dans un accord mutuel?
LXI Un grand pays doit être le lieu bas vers quoi tout s'écoule,
un
centre d'union pour l'Univers, la femelle du Monde.
LXI La femelle triomphe toujours du mâle par sa passivité.
Passive, elle
agit en s'abaissant.
LXI C'est pourquoi un grand pays qui se penche vers un plus petit
l'attire à lui; de même le petit pays, en s'inclinant
devant le grand, gagne
sa protection. Ainsi l'un accueille en s'abaissant, l'autre est
accueilli en
s'inclinant.
LXI Un grand pays n'a pas de plus grand désir que de rassembler
et faire
vivre les peuples; une petite nation n'a pas de plus grand d,sir
que de
s'allier aux autres pour servir les hommes.
LXI Or, pour qu'ils obtiennent ce qu'ils souhaitent, il faut que
le
grand pays s'abaisse.
LXII Le Tao est l'asile mystérieux des dix mille êtres,
le trésor de
l'homme de bien, le salut du pervers.
LXII On peut rechercher les bonnes paroles, admirer les actes généreux
qui ennoblissent l'homme mais pourquoi rejetterait-on ce qui vient
du méchant ?
LXII C'est ainsi que fut établi un empereur pour gouverner
avec trois
ministres. Bien qu'il ait les bijoux de jade pour le salut rituel
avec les
deux mains, et des quadriges de chevaux pour les cortèges
solennels, cela ne
vaut pas progresser dans le Tao en restant assis.
LXII Qu'est-ce qui motivait la haute estime des Anciens pour le
Tao?
C'est qu'aussitôt qu'on le cherche on le trouve en soi-même,
et qu'il délivre
du mal. C'est pourquoi il est ce qu'il y a de plus précieux
au monde.
LXIII Pratiquer le Non-agir, c'est oeuvrer dans l'inaction, goûter
ce
qui est sans saveur, grandir le petit, augmenter le peu, répondre
aux offenses
par la Vertu, ,laborer le difficile dans le facile, faire de grandes
choses
avec ce qui est ténu.
LXIII Dans l'Univers, les oeuvres difficiles doivent se faire par
le
facile, les grandes choses doivent s'accomplir par l'imperceptible.
LXXX Aussi, le Saint-Homme, jusqu'à la fin, n'entreprend
rien de grand;
c'est pourquoi il peut accomplir sa grandeur.
LXIII Qui promet à la légère mérite
certainement peu de confiance; qui
trouve tout facile éprouve nécessairement beaucoup
de difficultés.
LXIII Pour le Saint-Homme, tout est également difficile,
c'est pourquoi
il achève tout sans difficulté.
LXIV Ce qui est en repos est facile à maintenir ce qui n'est
pas
esquissé est facile à projeter ce qui est frêle
est facile à briser, ce qui
est menu est facile à disperser.
LXIV Empêchez le mal avant qu'il ne soit, mettez de l'ordre
avant que
n'éclate le désordre.
LXIV Un arbre énorme est né d'une racine aussi fine
qu'un cheveu; une
tour de neuf étages s'est édifiée sur un tas
de terre; un voyage de mille
lieues a commencé par un pas.
LXIV Celui qui agit échoue, celui qui prend perd.
LXIV C'est pourquoi le Saint-Homme n'agit pas et il n'échoue
pas. Il ne
prend pas et il ne perd rien
LXIV Lorsque le vulgaire entreprend une affaire. il échoue,
d'ordinaire,
lorsqu'il est sur le point de réussir. Soyez attentifs à
la fin comme vous
l'êtes au commencement.
LXIV Voilà pourquoi le Saint-Homme n'a d'autre désir
que d'être sans
désirs. Il fait son étude de ne pas étudier.
Il remédie aux excès des hommes
en aidant les dix mille êtres à être eux-mêmes,
mais sans se permettre d'agir.
LXV Dans l'Antiquité, ceux qui pratiquaient le Tao ne s'en
servaient pas
pour ,clairer le peuple, mais pour le rendre simple de coeur. Le
peuple est
difficile à gouverner lorsqu'il sait trop.
LXV C'est pourquoi gouverner un Etat avec la sagesse humaine cause
sa
ruine; le gouverner sans recourir à la sagesse humaine, c'est
faire son
bonheur.
LXV Celui qui connaît ces deux choses connaît aussi
le Modèle des
modèles. La connaissance éternelle du Modèle
des modèles s'appelle Vertu
mystérieuse. La Vertu mystérieuse est profonde, illimitée,
certes ! Aider
les êtres à y retourner, c'est coopérer a la
Grande harmonie.
LXVI Ce qui fait que les fleuves et les mers peuvent être
les rois des
Cent vallée, c'est qu'ils se placent bénévolement
au-dessous d'elles. Voilà
pourquoi ils peuvent être les rois des Cent vallées.
XVI De même, si le Saint-Homme désire être au-dessus
du peuple, il faut
qu'en parlant il se place au-dessous de lui ; s'il désire
le guider, il faut
qu'il se mette au dernier rang. Ainsi peut-il occuper un poste élevé
sans
opprimer les homrries, et être le premier sans que nul n'ait
à en souffrir.
LXVI Cela étant, l'Empire est tout à la joie de son
activité exubérante
et ne s'en lasse pas. Comme le Saint-Homme n'entre en lutte avec
personne,
nul, dans l'Empire, ne peut lutter contre lui.
LXVII Tout le monde dit que je suis grand, mais que je ressemhle
à un
déshérité. Or, c'est précisément
parce que l'on est grand que l'on est
déshérité. Pour ce qui est de la noblesse héréditaire,
sa valeur s'est
amenuisée depuis longtemps, certes !
LXVII - Pour moi, il y a trois choses précieuses aux-quelles
je suis
attaché et que je tiens en haute estime : la première
est la Charité; la
seconde est l'économie; la troisième est l'humilité,
qui fait qu'on n'ose se
mettre en avant pour agir dans le Monde.
LXVII Grâce à la Charité, on peut être
audacieux; grâce à l'économie, on
peut être généreux; grâce à l'humilité,
on peut accomplir de grandes choses.
LXVII Aujourd'hui, on manque de Charité et par suite de courage;
on
manque d'économie et par suite de générosité
; on refuse la dernière place et
l'on perd ainsi la première. C'est la voie de la mort, certes
! Mais si l'on
a pour arme la Charité, on est sûrement victorieux.
Celui qui pratique cela
est invincihle, le Ciel le secourt et il est protégé,
par sa miséricorde
LXVIII La perfection pour celui qui commande, c'est d'être
pacifique;
pour celui qui combat, c'est d'être sans colère; pour
celui qui veut vaincre,
c'est de ne pas lutter; pour celui qui se sert des hommes, c'est
de se mettre
au-dessous d'eux.
LXVIII Cela s'appelle la vertu du Non-lutter, l'art de se servir
des
forces humaines en coopérant avec le Ciel, suprême
sagesse des Anciens.
LXIX Dans l'art militaire, il y a ce dicton : J'évite
de provoquer,
j'attends le défi; je ne me permets pas d'avancer d'un pouce,
mais je recule
d'un pas .
LXIX - Cela s'appelle avancer sans bouger, repousser sans lever
le bras,
faire comme s'il n'y avait pas d'ennemi, prendre sans armes.
LXIX Il n'y a de pire malheur que de se faire un ennemi a la légère;
c'est presque perdre notre trésor.
LXIX C'est pourquoi, lorsque deux adversaires s'affrontent, il s'ajoute
ceci : celui qui est compatissant remporte certainement la victoite.
LXX Mes préceptes sont très faciles à comprendre,
très faciles à suivre,
mais le monde ne peut les comprendre ni les suivre.
LXX- Ces enseignements sont fondés sur la Tradition, ces
actes sur un
principe; cependant ils ne sont pas compris. C'est pour cela qu'on
m'ignore.
Ceux qui me comprennent sont rares,
c'est la mesure de ma valeur, certes !
LXX -C'est ainsi que le Saint-Homme, sous des vêtements grossiers,
garde un
joyau dans son sein.
LXXI Connaître le Non-savoir est élévation.
Ignorer cette Connaissance est
une maladie. Cependant souffrir de cette maladie c'est par là
même n'être'plus
malade.
LXXI Le Saint-Homme n'a pas cette maladie, car il en souffre. Cela
,tant
il n'est plus malade.
LXXII Si le peuple n'a pas une crainte respectueuse pour les grandeurs,
la majesté suprême l'atteindra.
LXXII Ne vous trouvez pas à l'étroit dans votre demeure,
ne prenez pas
en dégoût ce qui est votre existence. Il suffit de
ne pas mépriser sa
condition pour ne pas s'en lasser.
LXXII Le Saint-Homme se connaît sans s'observer; il s'aime
sans se
priser.
LXXII C'est pourquoi il rejette ceci et adopte cela.
LXXIII Le courage qui ose cause la mort ; avoir le courage de ne
pas
oser donne la vie. Des deux l'un est profitable, l'autre funeste.
LXXIII Si le Ciel éprouve quelqu'un, qui en connaît
la raison ? C'est
pourquoi le Saint-Homme ne se décide qu'avec difficulté.
LXXIII Voici le Tao du Ciel : exceller à vaincre sans lutter,
exceller
à convaincre sans parler, faire venir spontanément
sans appeler, réaliser
parfaitement dans une apparente inertie.
LXXIII Le filet du Ciel est infini ; ses mailles sont larges, mais
nul
n'en échappe.
LIIIV Si le peuple ne craint plus la mort, quelle efficacité
peut avoir
la menace de la peine de mort ?
LXXIV Si on parvenait à lui inspirer la crainte constante
de la mort,
et que je doive faire arrêter un criminel pour le faire excuter,
qui
oserait ?
LXXIV Celui qui éternellement a le pouvoir d'enlever la vie
fait mourir.
Vouloir se substituer à lui serait agir comme quelqu'un qui
veut équarrir du
bois à la place du maître-charpentier; il est bien
rare, certes ! qu'il ne se
blesse pas la main.
LXXV - Le peuple a faim lorsque ses maîtres dévorent
le produit de lourds
impôts; voilà la cause de la disette. Le peuple est
difficile à gouverner
lorsque ses maîtres sont agissants; voilà d'où
vient la difficulté de
gouverner. Le peuple envisage la mort avec légèreté,
parce qu'il peine trop
pour vivre; voilà pourquoi il attache peu d'importance à
a mort. Car, seul
celui qui n'est pas exclusivement accaparé par la lutte pour
l'existence, peut
sagement apprécier la vie.
LXXVI Nouveau-né, l'homme est souple et frêle; mort,
il est rigide et
dur. A leur naissance, les plantes et les arbres sont tendres et
flexibles
morts, ils sont rigides et durs.
LXXVI Solidité et rigidité sont les compagnes de a
mort; souplesse et
faiblesse sont les compagne de la vie.
LVXXVI C'est pourquoi une armée devenue forte ne vaincra
pas, un arbre
devenu grand sera abattu
LXXVI Ce qui est fort et grand est dans une position inférieure;
ce qui est
souple et faible est dans une position élevée.
LXXVII La Voie du Ciel ne peut-elle être comparée à
celui qui fait un
arc ? Il abaisse ce qui est en haut, il élève ce qui
est en bas, il enlève ce
qui est en trop, il ajoute ce qui manque.
LXXVII La Voie du Ciel réduit ce qui est excessif, complète
ce qui est
insuffisant. La voie de l'homme est bien différente : il
enlève à celui qui
n'a pas assez, pour le donner celui qui
a trop.
LXXVII Qui est capable, ayant du superflu, de le donner au monde
?
Celui-là seul qui a le Tao.
LXXVII C'est pourquoi le Saint-Homme agit sans rien attendre en
retour;
son oeuvre méritoire mène à bien il ne s'y
complaît pas et ne désire pas
faire montre de sagesse.
LXXVIII Il n'est rien au monde de plus Inconsistant et de plus fîible
que
l'eau; cependant, elle corrode ce qui est dur et fort; rien ne peut
lui
résister ni la remplacer.
LXXVIII La faiblesse a raison de la force; la souplesse,de la dureté.
Tout le monde le sait, mais personne n'y conforme sa conduite.
LXXVIII C'est pourquoi le Saint-Homme dit: Prendre sur soi
les
souillures du royaume, c'est être le maître du génie
des moissons; prendre
sur soi les malheurs de la nation, c'est être le roi du monde.
Paroles
profondément vraie, sous une apparence paradoxale,
LXXIX Même après la réconciliation, un grave
désaccord laisse toujours
subsister quelque ressentiment. Que peut-on faire, alors, pour agir
selon le
Bien ? Comme le Saint-Homme, qui garde la part la plus désavantageuse
dans les
contrats sans rien exiger des hommes.
LXXIX Qui possède la Vertu est l'artisan de la concorde;
qui n'a pas la
Vertu est l'artisan de La discorde.
LXXIX Le Tao du Ciel est sans affections; il coopère toujours
avec
l'homme de bien.
LXXX Si j'avais un petit royaume. d'une faible population et comptant
une dizaine ou une centaine d'homme habiles, je m'abstiendrais de
les
employer. Je veillerais à ce que le peuple comprît
la gravité de la mort et
n'émigrât pas au loin. Bien qu'ayant des barques et
des chars,il n'en userait
pas; possédant des armes et des cuirasses, il ne s'en servirait
pas.
LXXX Je ferais en sorte qu'il revienne à l'usage des cordelettes
nouées.
Il trouverait sa nourriture savoureuse, beaux ses vêtements,
paisibles
ses demeures, pleines de charme ses coutumes.
LXXX Quand bien même les habitants d'un hameau frontalier
et ceux du
pays voisin pourraient se voir, entendre les chants de leurs coqs
et les
aboiements de leurs chiens, ils atteindraient la vieillesse, puis
la mort,
sans qu'ils n'ait eu de visites réciproques.
LXXXI Les paroles sincères ne sont pas recherchées,
les paroles
recherchées ne sont pas sincères. l'homme de bien
ne discute pa, celui qui
discute n'est pas bon. Celui qui sait n'est pas
érudit, celui qui est érudit ne sait pas.
LXXXI Le Saint-Homme ne thésaurise rien; tout ce qu'il a,
il s'en sert
pour aider les autres. Ayant tout épuisé il reçoit
davantage et donne tout.
Quand il a tout donné, il possède encore plus.
LXXXI Le Tao du Ciel est aigu, mais ne blesse pas; la voie du
Saint-Homme est d'agir sans lutter.
D'autres extraits d'auteurs
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