Leibniz. La nature corporelle ne peut être source des figures et des mouvements des corps. Aux termes d'un raisonnement régressif, la raison dernière abouti à l'esprit incorporelle à Dieu. Preuve de Dieu discours métaphysiques.
LEIBNIZ
(jolie vue à propos des monothéismes)
De tous les anciens peuples, on ne connaît que les Hébreux qui aient eu des dogmes publics de leur religion.
Abraham et Moïse ont établi la croyance d'un seul Dieu, source de tout bien,
auteur de toutes choses.
Les Hébreux en parlent d'une manière
très digne de la souveraine substance, et on est surpris
de voir des habitants d'un petit canton de la terre plus éclairés
que le reste du genre humain. Les sages d'autres nations en ont
peut-être dit autant quelquefois, mais ils n'ont pas eu le
bonheur de se faire suivre assez et de faire passer le dogme en
loi.
Cependant Moïse n'avait point fait entrer dans ses lois
la doctrine de l'immortalité des âmes: elle était
conforme à ses sentiments, elle s'enseignait de main en main,
mais elle n'était point autorisée d'une manière
populaire; jusqu'à ce que Jésus-Christ leva le voile,
et sans avoir la force en main, enseigna avec toute la force d'un
législateur que les âmes immortelles passent dans une
autre vie, où elles doivent recevoir le salaire de leurs
actions.
Moïse avait déjà donné les belles
idées de la grandeur et de la bonté de Dieu, dont
beaucoup de nations civilisées conviennent aujourd'hui: mais
Jésus Christ en établissait toutes les conséquences,
et il faisait voir que la bonté et la justice divines éclatent
parfaitement dans ce que Dieu prépare aux âmes. Je
n'entre point ici dans les autres points de la doctrine chrétienne,
et je fais seulement voir comment Jésus-Christ acheva de
faire passer la religion naturelle en loi, et de lui donner l'autorité
d'un dogme public.
Il fit lui seul ce que tant de philosophes avaient
en vain tâché de faire; et les chrétiens ayant
enfin eu le dessus dans l'empire romain, maître de la meilleure
partie de la terre connue, la religion des sages devint celle des
peuples.
Mahomet, depuis, ne s'écarta point de ces grands
dogmes de la théologie naturelle: ses sectateurs les répandirent
même parmi les nations les plus reculées de l'Asie
et de l'Afrique où le christianisme n'avait point été
porté; et ils abolirent en bien des pays les superstitions
païennes, contraires à la véritable doctrine
de l'unité de Dieu, et de l'immortalité des âmes.
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