Le nirvana et la mort
La tombée dans l'immédiat et le détachement
Mourir est extase
Fatigue, lassitude ou raison, à un moment du passage vers la mort, l'esprit doit se résoudre à lâcher prise. Yannick Moa
Dans les pages précédentes, nous sommes arrivés à cette conclusion : l'état de béatitude abolie la mort.
Depuis des millénaires les sages* de toutes les religions disent de l'extase, qu'elle transcende la mort ...
*des sages et des grands spirituels ayant, universellement consacrés leur existence à la recherche de ces voies transcendantales,
L'hindouisme, le jaïnisme, le taoïsme et le bouddhisme, parlent de nirvana, de contemplation, d'extinction ou d'éveil. Le christianisme, le judaïsme et l'islam emploient plutot les termes de béatitude, de joie, d'extase.
Selon les observations de leurs expérimentateurs, tous ces états ont des points communs. L'un des plus importants à mon sens, et qu'ils maintiennent l'esprit dans un pur immédiat*. Les pensées ne se projettent donc plus vers le passé ni vers le futur.
*et c'est parce que « l'oeil » reste fixé dans l'immédiat, dans le présent absolu, que nous pouvons parler de contemplation.
Si l'extatique n'anticipe plus le futur, il n'a plus le soucis de sa mort. Lorsque nous sommes en vie, en effet, cet événement concerne l'avenir. Autrement dit le Béat ne peut plus penser à sa finitude. L'état d'extase abolit ainsi la mort dans l'esprit de ses pratiquants.
Sans goûter à l'expérience extatique, il est difficile de saisir les propos de ces grands mystiques. Difficile de les comprendre lorsqu'ils font du nirvana « l'unique délivrance » . « L'heureuse mort sans renaissance ». « La libération dans la paix de l'extinction ».
La vie ordinaire et la vie extatique
A l'instant où je parle, n'étant pas en état d'extase, mon esprit peut s'échapper vers le passé et le futur. C'est du reste, ce qu'il fait la plupart du temps.
Je peux donc m'inquiéter à l'idée de devoir quitter la vie un jour ou l'autre. Je peux m'angoisser en pensant qu'il me faudra abandonner cette terre. Qu'il me faudra fausser compagnie à mes enfants, à mes amis et tous les petits plaisirs de l'existence.
Et même si heureusement, mon esprit « gambade » rarement dans cette zone obscure, mon inconscient est conscient qu'elle existe. Et cette présence, même « semi consciente », me prive finalement d'être pleinement et profondément heureux. Elle m'empêche d'être insouciant comme pourrait l'être un homme ignorant l'existence de cette échéance.
Dans l'état d'extase ni le passé, ni l'avenir, ne montent plus à l'esprit. Ces deux dimensions ont besoin de se projeter, et dans l'extase il n'y a plus de projection possible.
L'extase et le détachement
L'extase, c'est bien connu de la mystique et de la philosophie, entraîne* un parfait détachement aux choses.
*entraine ou bien, est la conséquence de ce détachement.
L'extatique se détache naturellement de tous les plaisirs communs offerts par ce monde. A ces divers attraits, il préfére la contemplation. L'attachement c'est ce qui engendre l'angoisse de la mort puisqu'elle devient celle qui, un jour, nous les fera tous perdre.
Un détachement par le haut
Entendons-nous bien, l'extase ne conduit pas au détachement du cynique. Au désintérêt découlant du dégoût, de la lassitude ou de l'écÅ“urement.
Il s'agit d'un détachement par le haut. Un détachement par invariabilité affective. Dans l'extase, l'amour ressenti est au summum permanent envers toutes les choses de la création. L'extatique ne peut plus distinguer les éléments entre eux. Il les aiment tous à leur maximum. Il aime autant le souffle de l'air que ses enfants. Autant la pierre, que l'arbre, que l'amour de sa vie. Il n'a d'autres choix qu'émaner et ressentir cet amour sous sa forme absolu.
L'individu en contemplation, aime tout ce qu'il voit, ce qu'il sent et d'une façon maximale.
C'est un état de parfait bien-être et d'amour total*.
* c'est également ce que relatent la plupart des témoignages relatifs aux expériences de mort imminente.
Dans cette posture, on ne peut plus distinguer les choses entre-elles. Il n'y a plus aucune préférence. Pas d'envie ni d'attachement particulier. Il n'y a, dans cette modalité psychique, plus aucune sensation variable ni négative. Et même l'image de la mort, si elle traversait le béat, serait appréhendée de manière positive.
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