N'attendez pas d'être à la mort pour donner ; car un mourant donne à vrai dire le bien d'autrui. Francis Bacon
Histoire des attachements
Peut-être que sans
la perspective de la mort nous n'achèverions pas ce que
nous avons commencé de faire J. Ziegler
La béatitude tue
la mort parce qu'elle tue l'ego.
L'homme se distingue de l'animal
par bien des aspects, entres autres par son attachement aux
choses matérielles. Nos multiples ATTACHEMENTS découlent
de l'INSTINCT DE VIE.
Cet attachement appartient à une sorte de globalité EGOCENTRIQUE héritée de
l’égocentrisme primate. L'
égocentrisme est une force de VIE, une résistance à la MORT et un des grands moteurs du principe vivant. C'est cet égocentrisme, qui nous attache à celui que nous pensons être (à l'égo) et aux choses dont nous disons qu'elles nous appartiennent.
L’attachement aux choses semble évoluer en fonction de la complexification du vivant.
a / Les espèces primitives
Pour les espèces primitives - poissons, amphibiens ou reptiles – par exemple, la POSSESSION semble se limiter à l'instinct de vie, à la défense de la proie et à la reproduction.
En dehors de ces 3 pôles assurant leur pérennité, ces espèces simples, semblent ne s'attacher à rien d'autre.
b / Les mammifères supérieurs
Chez les mammifères supérieurs par contre, l'attachement parait beaucoup plus sophistiqué. Lions, gazelles, vaches ou dauphins par exemple, sont attachés comme les reptiles à l'instinct de VIE et de REPRODUCTION, dans lesquels l'individu puise sa motivation d'agir et sa résistance à la mort, mais il y a également des attachements SENSIBLES AMICAUX FAMILIAUX GREGAIRES ... Et la plupart des mammifères peuvent tisser des liens affectifs, entre membre de différentes espèces.
c / L'homme
Chez l’homme enfin,
à tous ces attachements, s’ajoutent des ATTACHEMENTS MATERIELS (attachements aux biens) et des ATTACHEMENTS SUPERIEURS (artistiques, transcendantaux, idéaux, moraux). Le désir d’achever
son OEUVRE peut constituer pour l'ARTISTE, par exemple, un
instrument de résistance
à la mort.
Curieusement, même si le nombre des attachements a considérablement augmenté dans l'humanité, la gestion de l'attachement principal, c'est-à-dire l'attachement à la vie, est de mieux en mieux géré par notre espèce (nous savons tous que nous mourrons un jour, mais nous le gérons tous plus ou moins bien) ...
Évolution de la relation à la mort
De l'animal à l'homme, de l'instinct
à la conscience Entre
le primate de nos origines et l'homme contemporain, le
rapport à la mort a subi une lente et profonde métamorphose.
Un fossé s'est creusé entre l'animal réagissant instinctivement à la menace de mort par l'agression ou la fuite et qu'aucune raison ne peut apaiser, jusqu'au sage Socrate acceptant le suicide
pour préserver les lois de la cité. De la réaction à l'action un monde s'est
constitué, la famille humaine est née.
Seulement Socrate n'est
pas représentatif de l'humanité. Il présage
plutôt l’HUMAIN à venir.
L'homme constructeur, s'il n'est plus tout à fait instinctif
face à sa mort, redoute malgré tout sa présence. Hormis quelques SAGES accompli, nous sommes soumis négativement à
sa présence.
Nos nouvelles facultés nous
ont permis de prendre conscience de notre finitude. Mais comme
la mort représente encore une puissante angoisse du fait
de nos attachements et des mystères qu’elle recèle,
il est impossible pour la plupart d'entre nous, de se retrouver
en pleine conscience face à elle.
C'est pourquoi, la plus grande partie de sa présence, est
prise en charge par notre inconscient.
L'inconscient sert de tampon entre l'homme et sa conscience, pendant
la longue élaboration de l'humanité. Il résout
la mort à petit feux si l'on peut dire. Il nous la dissimule
quand il faut, nous permet de refuser d'y croire lorsque c'est
nécessaire, et nous l'envoi de temps en temps par quelques éclairs afin de nous habituer progressivement à sa présence.
Sans le travail de L'INCONSCIENT, notre rapport psychique à la mort, n'aurait pu évoluer. Une pleine conscience de notre
disparition aurait été insoutenable pour un EGO humain si consistant.
En effet, si chez l'animal la crainte de la mort est principalement instinctive, chez l'homme conscient, c'est avant tout l'EGO qui refuse de tout perdre. De quitter son état de sujet, de quitter ses sensations,
ses plaisirs, les gens qu'il aime et les objets en sa possession. C'est l'EGO encore, qui, mêlé, à
la conscience et à l'éducation, s'angoisse face aux mystères de
« l'au-delà »
et ses possibles tourments.
C'est pourquoi il semble impossible à l'HOMME COMMUN, de ne pas espérer un « AU-DELA »
(j'entends par là une résurrection, une réincarnation,
une explication, un prolongement à la vie terrestre). Il
semble impossible pour l'homme constructeur, d'accepter
lucidement l'idée d'un total anéantissement et
d'y faire face.
Seul l'ASCETE,
après bien des efforts de maîtrise sur son son esprit et ses pulsions, après avoir anéanti son ego, est capable d'atteindre un état où le sens même de cette question devient obsolète.
L'extase plus forte que la mort
La mort est une maladie de l'imagination AlainL'humanité parviendra à s'affranchir
de la mort ...
L'état
psychique dans lequel l'idée même d'au-delà et
d'en de-ça n'a plus de sens correspond à ce que
nous appelons la BEATITUDE, le NIRVANA. C'est par cet état
que l'HOMME (et par déclinaison, l'humanité), s'affranchira
de la mort.
Seulement, cette accession à la béatitude, au nirvana,
n'est pas à la portée des HOMMES CONSTRUCTEURS dans
leur ensemble (seuls quelques ascètes s'y aventurent).
ET ce pour 2 raisons :
- D'une part, l'homme d'action interprète
cet état extatique comme morbide du fait qu'il apparaît après l'
anéantissement de l'EGO (en réalité l'EXTASE n'assassine
que notre subjectivité).
- et d'autre part, l'accès à la béatitude exige
une discipline « sur-humaine » et des renoncements beaucoup
trop douloureux pour nos esprits encore très proche de l'HOMO FABER.
Ce difficile accès à l'extase a un sens : il empêche l'humanité d'interrompre son évolution avant
que celle-ci ne soit achevée.
En effet, l'état béat
est un état contemplatif qui met fin au
désir de construire.
L'ANGOISSE d'être mortel est donc
une nécessité pour que l'homme constructeur
puisse finir d'élaborer son monde.
Cette « ruse de la raison » chère à la PHILOSOPHIE de Hegel, maintient l'esprit de l'homme
constructeur entre deux peurs : peur de la béatitude nous
l'avons dit (interprétée par nous comme un état VEGETATIF et MORBIDE) et
peur de la mort j'ai directement à l'EGO.
L'homme conscient d'être mortel, s'active
à construire l’humanité La
conscience de la mort nous oblige à l'action.
En effet, grâce à nos oeuvres, nous pensons pouvoir
la dépasser ou la contourner. C'est
d'ailleurs partiellement juste, car le sentiment de s'être accompli semble
bien souvent aider l'homme à accepter son extinction.
« Es
ist gut » voilà les superbes
derniers mots du grand philosophe Emmanuel Kant, c'est-à-dire : « TOUT EST BIEN » .
En résumé
Grâce à l'apport majestueux de l'ensemble des PHILOSOPHIES, des RELIGIONS et des SAGESSES du monde, l'humanité a déjà découvert toutes les TECHNIQUES pour
dépasser la mort. Toutes convergents vers un état psychique particulier, que nous pouvons résumer sous le terme de BEATITUDE.
La béatitude, l'extase, le nirvana, en anéantissant l'EGO, anéantit la mort, car il en est la nourriture.
Seulement, l'extase, si elle anéantit la mort, anéantit également tout désir d'action. Cet état en effet préfère la contemplation. Et comme l'homme doit finir d'élaborer le monde
dans lequel il vit, la création a posé de difficiles « verrous » sur cette extase.
Et ainsi, tant que son monde n'est pas achevé, il est difficile pour l'homme constructeur d' accéder facilement à cet
état extatique.
Tant que l'homme devra agir dans et pour le
monde, anéantir son ego (donc transcender
sa mort), restera pour lui une expérience difficilement
réalisable.
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