L'age de la mort primate
Époque pré-spirituelle, le primate naturel, l'instinct.
Sans placer de « hiérarchie qualitative » entre nos cousins singes et nous-mêmes (conçus selon notre philosophie, comme « parfaitement égaux ») en quittant le monde de la nature pour entrer dans celui de la culture, nous avons acquis quelques grandes nouveautés y compris dans le
domaine de la mort.
En effet, entre le primate naturel
de nos origines et l'homme constructeur que nous sommes devenus, la façon d'appréhender la mort me semblent avoir suivi une
courbe ascendante. Cette courbe prend sa source dans la crainte irrépressible du singe face à la mort, jusqu'au consentement libérateur
du sage Socrate.
Notre conception de l'évolution étant finaliste, nous concevons donc l'homme actuel comme étant en route vers l'humain accompli.
Nous pourrions dire alors qu'entre le primate naturel de nos origines et l'humain accompli à venir, la relation à la mort commence avec la peur viscérale de l'animal constamment soumis au danger, et trouve sa résolution dans l'individu capable de l'accepter tout à fait ...Autrement dit, la progression permanente et exponentielle de l'espèce humaine, permettra à terme de résoudre, entre autres, le problème de la mort.
Évolution de la relation à la mort entre la nature et la culture
En nous appuyant sur les grands principes du darwinisme, et sur les apports de la paléoanthropologie, nous pouvons situer les origines de l'humanité dans le monde des
primates naturels.
Notre relation à la mort semble donc avoir était, originairement, similaire à celle des grands primates vivants dans la nature (chimpanzés, gorilles, orang-outan ...)
Bien qu'il soit difficile, et d'une certaine manière injuste, d'imaginer l'état d'esprit des grands singes face la mort, nous devons risquer quelques interprétations pour façonner notre explication.
A mon sens, au vu de certains reportages ou écrits relatant le comportement des grands primates devant la mort de certains de leurs congénères, nos cousins naturels, cela semble évident que , connaissent le chagrin, le deuil, la souffrance de la perte d'un être cher.
Comment expliquer qu'une maman chimpanzé porte son enfant mort pendant des jours? Que ressent-elle quand elle finit par comprendre et qu'elle abandonne le corps derrière elle? Comment continue-t-elle à vivre? Et pourquoi un jeune chimpanzé peut-il mourir lorsqu'il perd sa mère, même s'il est assez grand pour se débrouiller tout seul? Qu'éprouvent-ils? Comment s'expliquer qu'un autre petit puisse très bien survivre à sa mère? Ils sont comme nous, les humains, qui réagissons tous si différemment au deuil qu'il nous est parfois impossible d'exprimer la profondeur de notre chagrin, de notre désarroi, et du vide qui s'installe en nous lorsqu'un être aimé meurt. De même, lorsqu'un chimpanzé meurt, les autres réagissent chacun à sa manière. A lire ce très beau texte, faunafoundation
Visiblement, Ã l'image des hommes, nos cousins singes, connaissent tous les tourments du deuil.
Il me semble pourtant, qu'il existe quelques différences d'approches entre les primates naturels et l'espèce humaine.
1/ Tout d'abord, à la différence de l'homme, les grands singes ne semble pas avoir constamment à l'esprit le concept et la conscience de leur propre mort ou de celle de leurs semblables (même si dans l'esprit de la plupart des hommes, cette échéance reste dans une sorte d'arrière plan mental, faiblement éclairé) mais cela reste à vérifier.
La présence sourde de la mort dans l'esprit humain, si elle éloigne l'homme de la naïveté primate et si elle est à l'origine de la plupart de nos problèmes existentiels, est également un des plus précieux carburants de notre créativité.
2/ Les grands singes ne semble pas non plus avoir atteint « l'aptitude socratique » face à leur propre fin. Autrement dit les grands singes paraissent incapables de se donner la mort pour défendre ou préserver une cause supérieur.
Évidemment, Socrate fait partie des exceptions humaines. Mais en même temps, la plupart des êtres humains parviennent à transcender d'une certaine manière le fait de se savoir mortel, puisqu'ils acceptent de vivre malgré cette fatalité.
Sous un certain angle donc, nous pouvons dire de cette période originelle de l'humanité, qu'elle est : l'age de la mort obscure et subit.
la mort pré-historique >
|