L'instinct et l'imagination
L'homme face à la mort
L'imagination : amie, ennemie
La mort ne vous concerne ni mort ni vif : vif parce que vous êtes ; mort parce que vous n'êtes plus. Montaigne
La plupart
des animaux sont, par nature, des proies potentielles. La peur qu'ils ont de la mort est donc puissamment
imprégnée d'instinct.
Depuis qu'il est sorti de la nature, l'homme a écarté une grande partie de ses dangers potentiels*. Pour lui la mort n'est une présence constante qui contraint au qui-vive permanent. En même temps, l'homme a développé une conscience. La présence de la mort se hisse donc dans son esprit, de l'instinct à la conscience. Du viscéral à l'inconscient et à l'imaginaire.
*si ce n'est la guerre, l'homme est de plus en plus rarement confronté au danger de mort
L'imaginaire est la faculté
que possède l'esprit de se représenter des images
ou des expériences sensibles et qui ne représente
rien de réel ni d'existant.
Platon fait de l'imagination une valeur
négative. Il l'a range au plus bas niveau de la connaissance. Elle est pourtant d'une grande nécessité pour l'homme. Elle est devenue son plus formidable outil de création.
Imagination positive, imagination négative
Comme toutes les facultés humaines, l'imagination à ses deux
faces :
- une face « positive » lorsqu'elle engendre un progrès bienveillant.
- une face « négative » quand, mélangée à la malveillance, elle violente l'évolution. Négative aussi lorsqu'elle nous renvoie aux « dernières riches heures » de notre existence. Quand elle montre le tombeau à nos esprits émotifs. Elle peut devenir alors un puissant générateur
de troubles et d'anxiété.
L'homme est un être conscient. Cette conscience ne cesse d'évoluer. À présent, même loin de tout danger, l'idée de la mort peut travailler son esprit. Et c'est à son imaginaire qu'il
doit cette performance.
Mort et imagination
Une logique de la mort
L'imagination est une déesse qui nous
fait grandir.
La mort, en elle-même, n'est qu'un « instant » de passage d'un état vers un autre.
De l'état
de vie à l'état de non-vie.
Donc, la mort, dans sa réalité effective n'est qu'un bref instant sur l'échelle de notre existence.
Tant que nous sommes en vie, la mort n'existe pas. Elle concerne un instant futur. Autrement dit, quand nous sommes en vie, l'angoisse engendrée par la mort, appartient à l'imaginaire.
Futur positif, futur négatif, futur neutre
Lorsque nous pensons au futur,
nos sentiments sont globalement de trois types :
- Neutre : rien de spécial ne
m'attend plus tard.
J'imagine donc mon futur, composé
d'une succession d’événements ordinaires auxquels
je n'attache pas la moindre importance.
- Plaisant : j'attends quelque chose d'agréable de l'avenir. Le futur devient du coup
pour moi, positif. Il me rend heureux.
- Déplaisant : je redoute telle
ou telle chose du futur. Celui-ci
devient alors pour moi, une source d'inquiétude.
Lorsque j'appréhende l'avenir, je suis dans le domaine du spéculatif. La façon dont je vais le vivre ne peux en aucun cas être véritablement prédite
Une sous-estimation de nous-mêmes
L'expérience le prouve. Nos réactions face
à un événement, même grave, sont souvent loin d'être
celles, redoutées a priori. La majorité humaine n'étant pas narcissique, le doute de soi est le plus fréquemment répandu dans les esprits. Bien souvent, nous exagérons nos craintes et nos mauvaises réactions. Souvent, un futur appréhendé négativement est en réalité vécu de façon positive.
La plupart du temps, dans les situations extrêmes, l'instinct et l'inconscient prennent en charge le corps et l'esprit. Ces deux forces autonomes gèrent facilement
des événements exagérément redoutés par notre imagination. Et surtout, nous sommes bien souvent plus courageux que nous ne l'imaginons.
L'imagination du futur
Une valeur évolutive
Le futur
est l'imagination que l'on s'en fait.
a / L'imagination humaine évolue en fonction des progrès de notre connaissance.
Dans l'antiquité par exemple,
les hommes étaient terrorisés par certains monstres imaginaires, par certains esprits mauvais. Aujourd'hui, la plupart des êtres humains sont
affranchis de cette peur. Elle a disparue, car nos connaissances,
depuis, ont éclairé le sujet. Ce principe est valable pour le futur aussi. Ce que nous redoutons aujourd'hui, sera sans doute éclairé par le futur en perdant ses mystères.
b / Nos imaginations à propos du futur, dépendent également
de notre volonté et de notre conscience. Si je redoute un examen scolaire ou une future opération, je peux dominer ces
peurs en les relativisant. Je me dirais par exemple « après tout,
ce n'est qu'un simple examen ». « Même en cas d'échec,
j'en retirerai une expérience positive ». Par la simple force de l'esprit, je peux donc faire passer l'imagination, du négatif au positif.
c / Notre imagination de la fin, fluctue également en fonction de notre environnement. La relation à la mort diffère d'une civilisation à l'autre. Certaines valorisent le détachement quand d'autre stimulent au contraire l'attachement et les dépendances. Certaines exposent la mort quand d'autres l'a dissimule et l'a refoule. Certaines sont relativement détachées des croyances religieuses (l'Occident) quand d'autres sont encore fortement spiritualisés*.
*comme on pourrait le dire de l'inde et du monde arabe par exemple.
De la compétition à la collaboration
De ces deux grandes formes d'appréhension de la mort, aucune n'est supérieure à l'autre. Chacune d'elle est adaptée au monde qu'elle s'est créé. L'Occident, devenu matérialiste doit refouler ponctuellement la finitude pour la supporter. Il demande à la science de la comprendre et d'en repousser sans cesse la limite. Les sociétés traditionnelles vivent avec la mort à leur coté. Elles utilisent les solutions ancestrales pour la vivre le mieux possible et tenter de la transcender. Pour « s'affranchir définitivement de la mort », l'humanité aura besoin de ces deux hémisphères. Besoin de la recherche occidentale et des découvertes orientales ancestrales.
Car, nous le pensons ici, l'obstacle de la mort est dépassable. Pour le dépasser, il faut l'analyser (l'Occident) et apprendre à ne plus la redouter (l'Orient).
C'est pourquoi, l'humanité aujourd'hui, a besoin de toutes ses composantes. Besoin de ses sociétés traditionnelles et de ses sociétés avancées.
Notre rapport à la mort n'est donc
plus réellement une question d'instinct, mais de connaissance. De connaissances que seul un travail commun et respectueux parviendra à faire émerger.
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