Une définition du mal
Être et devoir être
Rien n'est mal qui est selon la nature. Marc-Aurèle
Le concept de « mal » englobe plusieurs significations.
Selon Leibniz, il peut être utilisé métaphysiquement, physiquement ou moralement (théodiciée).
Notre théorie étudiera essentiellement le mal en liaison avec l'éthique, la morale, la loi. Le mal infligé à autrui en s'écartant des règles universelles.Â
Mais dégageons nous préalablement des autres interprétations.
Le mal comme non conforme
Pour Hegel
le mal est « la
non-conformité entre
ce qui devrait être et ce qui est réellement ».
Cette formule semble juste.
Le
« mal» s'oppose effectivement à la conformité de l'existence.
Par exemple, nous sommes constitués pour être bien portant. C'est la normalité de l'être humain. Le mal physique vient donc à l'encontre de cette conformité.
Un autre exemple. La majorité humaine obéit aux lois et aux règles de la société. Transgresser les lois s'oppose donc à ce qui devrait être.
Dans ces deux cas, Hegel à raison.
Mais cette définition pose également certains problèmes.
De l'évolution des normes
Comment en effet, établir une « conformité » parfaitement juste et universelle ?
Il existe bien des conventions
à propos du conforme et du non conforme. Mais nous
voyons à quel
point cette entente tacite varie en temps et en lieu. Une grande partie des normes grecques sur le bien et le mal avaient changé au moyen âge. Certains standards moyenâgeux (le servage par exemple) ont disparu aujourd'hui. Et certains abus légaux actuels (la VIPisation par exemple) sont destinés, espérons le, à disparaître rapidement.
De la validité des normes
La deuxième anguille sous roche, concerne la validité des normes.
Quel être humain en effet, possède l'aval de dieu pour
distinguer le conforme du non conforme ? Quelles lois divines autorisent des hommes à classer par exemple, certaines existences du côté de l'anormalité* ? Quelle autorisation transcendantale concède à certains humains le droit de contester la présence d'autres humains sur terre ?
*C'est malheureusement ce qu'a fait (et fait encore) la science en situant certains êtres humains du côté des anormaux. Génétiquement, intellectuellement ou socialement nous sommes tous des anormaux.
Nous le voyons, la notion de « non-conformité » est un véritable problème pour l'humanité. Allié au sentiment de toute-puissance, elle peut engendrer les pires des mots.. Elle peut être utilisé à des fins particulièrement perverses. Elle peut servir à justifier des exclusions, des maltraitances, du mépris ou du racisme. Elle peut conduire tout simplement des êtres humains, à s'estimer supérieurs au principe créateur.
Une perversion possible
Tous les grands mécanismes pervers, utilisent l'argument de l'anormalité pour stigmatiser les différences.
Ils l'utilisent pour maltraiter les
« dissemblables », et donc, pour produire
du « mal ».
L'humanité à venir aura à relever le défi de la perversion. Celle-ci, à l'art de transformer chaque manque de précision en outils d'injustice et de persécution.
Voir l'exemple de la trisomie 21
Maux et l'anomalie
Le langage de la maladie
De l'a fatalité à l'ennemi
Le mal physique, la maladie, est un autre point sur lequel vient heurter la normalité.
Pendant longtemps l'altération de santé fut rattachée à la fatalité ou au bon vouloir des dieux. Sous l'influence de l'athéisme et des sciences modernes, l'homme est partie complètement à l'opposé. Pour la combattre, le monde médical a rejeté la maladie du coté de l'aberrant, de l'antinaturel*. Ce mouvement est courant dans l'évolution. On passe d'un extrême à l'autre, pour trouver enfin le juste milieu. Le matérialisme actuel, en tout cas, sous-évalue le rôle de la maladie.
* Le marché contemporain faisant un bizness de la maladie, entretient cet état d'esprit.
Il ne nous permet pas de comprendre la mission majeure de ce signe avant-coureur.
Nous avons donc besoin de retrouver une position médiane. Une vue suffisamment large et consciente pour intégrer les différents niveaux de langage des choses.
Le messager de l'intérieur
La plupart du temps, le déclenchement d'une maladie
joue le rôle d'annonciateur. Elle s'adresse à un individu ou à une société* qui s'est écarté des règles de la vie.
* Dans le cas d'une société toute entière, nous parlons alors de pandémie
comme la dépression ou le cancer.
C'est un message appelant l'homme à changer
d'attitude. À équilibrer son comportement dans l'existence.
Bien souvent, les hommes « tombent malades » à cause de
leur conduite. Une mauvaise alimentation,
des excès en tout
genre, en font partie. D'autre fois, les causes
sont produites par la société. Le stress, la pollution, l'angoisse, engendre des maladies liés aux conditions de vie et de travail.
En résumé
Nous le voyons, il est difficile d'établir une norme universelle pour définir une
conformité de corps*.
*s'il en existe une, elle concerne uniquement le meilleur fonctionnement possible des organes
Cette difficulté se retrouve également
avec le mal moral ou l'injustice. Comment en effet, établir
clairement ce qu'est une morale et une justice conforme ? Une justice à partir
de laquelle nous pourrions décréter ce qui ne l'est
pas ?
Au nom d'une « certaine morale »
et d'une « certaine justice » bien des immortalités et
des injustices se réalisent.
La proposition de Hegel* est donc insuffisante pour
définir ce que nous appelons le « mal ».
*
non-conformité entre
ce qui devrait être et ce qui est réellement,
jugement >
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