« Ce qui est universellement valable est aussi universellement valide ; ce qui doit être est en fait aussi, et ce qui est seulement censé être sans être n'a aucune vérité » Hegel. Phénoménologie de l'esprit.
Être et devoir être
Rien n'est mal qui est selon la nature. Marc-Aurèle Dès
que nous cherchons à définir ce qu'est
le «MAL», nous nous heurtons immédiatement à une
résistance.
Selon
une première interprétation, proposée
par Hegel,
le «MAL» serait « la
non-conformité entre
ce qui devrait être et ce qui est réellement ».
A première vue, cette définition semble efficace.
D'un côté, le
« MAL » semble effectivement
s'opposer à la CONFORMITÉ.
Mais cet angle de vision pose
un grand nombre de problèmes.
- Tout d'abord, même s'il existe bien des sortes de convention
de ce qui est NORMAL et ce qui ne l'est pas, nous
voyons à quel
point cette entente tacite varie en temps et en lieu
(ce qui était
normal pour les GRECS, ne l'était plus au MOYEN ÂGE
et ce qui l'était au Moyen Âge, ne l'est plus pour L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE)
- Ensuite, nous pouvons nous demander, qui,
dans L'HUMANITÉ, possède une sorte de DROIT DIVIN pour
définir ce qui est CONFORME et ce qui ne l'est pas ?
- Et puis, en classant certaines choses du côté de L'ANORMALITÉ,
nous nous considérons alors comme supérieur à DIEU puisque nous
contestons en quelque sorte, la présence d'éléments voulus par le DIVIN
puisqu'ils existent.
- Et
surtout, l'idée de non-conformité, nous
pose un problème parce qu'elle peut être utilisé, comme nous
le voyons tous les jours, pour JUSTIFIER L'EXCLUSION, pour repousser les DIFFÉRENCES,
pour maltraiter ses
« DISSEMBLABLES » et donc pour produire
du « mal ».
Conformité, non-conformité
Plus l'amour est parfait, plus la folie est grande et le bonheur sensible. Erasme
Prenons le cas de la TRISOMIE.
La médecine actuelle semble classer, de façon tout à fait arbitraire, cette FORME D'EXISTER du coté du « mal » puisqu'elle dit et agit comme s'il s'agissait d'une existence « NON CONFORME » qu'il faut supprimer.
Ce point de vue n'est évidemment pas propre à la médecine. Celle-ci reprend simplement la façon la plus ordinaire de concevoir la trisomie comme « anormale », « malformée ».
non seulement nous aurions aimé de la part d'une corporation réputée censée qu'elle réfléchisse avant de proposer systématiquement le dépistage et la suppression d'une forme d'existence différente des normes ordinaires, mais nous sommes là en présence d'un véritable EUGÉNISME SOFT.
En effet, si les BIENFAITS de la médecine
sur les organes malades sont incontestables, s'il est important
pour la recherche de bénéficier d'un maximum de LIBERTÉ dans la
mesure où elle ne déborde pas sa PHILOSOPHIE et son ÉTHIQUE, nous sommes obligés de
constater qu'elle dérive lorsqu'elle accepte d'adopter un point de vue initié par le MARCHÉ dans la SOCIÉTÉ, à propos de la NORMALITÉ PHYSIQUE.
De manière tout à fait
arbitraire et sans doute inconsciente, l'état d'esprit du milieu médical s'emble avoir quitté les rives de l'être pour se ranger du coté de l'avoir et du rendement. C'est en tout cas ce qu'elle nous montre, lorsqu'elle préconise,
indirectement, l'extinction progressive de ceux que
le marché , en surmenant le monde, nous oblige à penser comme « inutiles », « improductifs », handicaps pour la famille et la société.
Si simplement le milieu médical réfléchissait un peu à la mission de « résistant » remplie par les trisomiques face aux valeurs absurdes proposées par le marché à l'humanité, et devant lesquelles ils ne manifestent aucun intérêt (pouvoir, célébrité, domination, accumulation de richesses, etc.), le milieu médical saisirait alors, l'une des multiples raisons à la présence du simple d'esprit et du naïf dans l'humanité.
Ce ne sont pas les TRISOMIQUES qui sont « DE TROP » dans cette humanité, mais le système qui empêche aux familles destinés à recevoir ces ENFANTS MERVEILLEUX, d'accepter, d'accueillir, de s'occuper correctement de ces ÊTRES HUMAINS (la science aurait très bien pu se placer du côté de la vision
spirituelle, pour qui le simple
d'esprit, n'est
pas un problème, au contraire).

D'autre part, il n'est peut-être pas non plus nécessaire
de placer la MALADIE, au sens classique
du terme, du côté de
l'ANORMALITÉ pour la combattre.
En effet, cet angle obtus,
nous empêche de comprendre le rôle
majeur de ce signe avant-coureur.
La plupart du temps, le déclenchement d'une maladie
est un AVERTISSEMENT adressé à un individu ou à une société (si
c'est une pandémie
comme la dépression ou le cancer), un message l'engageant à changer
d'attitude, à assainir son comportement dans l'existence.
Dans la plupart des
cas, un homme tombe malade à cause de
sa conduite - mauvaise alimentation,
excès en tout
genre - où à cause de causes
produites par la société – stress, pollution,
angoisse etc.

Cette impossibilité d'établir une NORME UNIVERSELLE pour définir la
conformité d'un corps, se retrouve également
avec le MAL MORAL ou L'INJUSTICE.
Il est très difficile d'établir
clairement ce qu'est une MORALE et une JUSTICE conforme à partir
de laquelle nous pourrions décréter ce qui ne l'est
pas.
Nous savons très bien qu'au nom d'une « CERTAINE MORALE »
et d'une « CERTAINE JUSTICE », bien des IMMORALITÉS et
des INJUSTICES se réalisent.
La dichotomie entre ce qui devrait
être et ce qui est réellement, n'est donc pas suffisante pour
définir ce que nous appelons le « mal ».
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