Histoire du mal
Vie et mort du concept de péché
L'homme et la transgression
Pécher n'est pas faire le mal. Le
vrai péché, c'est de ne pas faire le bien. Pier
Paolo Pasolini
Le mouvement darwinien n'a rien changé dans
l'humanité sauf, peut-être, qu'au lieu de parler philosophie
sans esprit philosophique, les hommes parlent maintenant science
sans esprit scientifique. Chesterton.
L'apparition de la
notion de péché fut un énorme progrès pour notre espèce. Depuis sa création, elle participe à la maîtrise progressive de notre comportement. Seulement, elle a fait son temps. Notre conscience a évolué et cette notion doit être dépassée.
Nous pouvons saisir à présent, le caractère inévitable et nécessaire
de la transgression pour
l'évolution humaine. Espèce humaine ne pouvait se constituer sans s'imposer des interdits. Et qui dit interdit, dit automatiquement transgression. La transgression, ne doit donc plus être considéré comme un « péché ».
Un concept irrésistiblement intelligent
Replacée dans son contexte historique, la « découverte » religieuse de
ce concept, fut une évolution pour l'humanité.
Elle permit l'expansion de l'autocensure, de la psychologie et du principe de responsabilité.
1/ A la racine de l'autocensure.
Schématiquement, l'histoire humaine c'est
: « la lente compression de certains instincts primates au profit des valeurs humaines ».
Dans cette « compression ininterrompue » la notion de « péché » représentait un progrès par rapport aux méthodes précédentes *.
* un progrès par rapport aux anciens moyens de coercition
essentiellement basées
sur la violence, la torture et la perversité.
La crainte de l'au-delà, la
peur du châtiment divin et l'angoisse de
l'enfer, succédaient à la violence. Les hommes se sont mis, d'eux-mêmes, à opprimer leurs « instincts négatifs ». A tenter
d'agir le plus humainement possible.
L'angoisse d'être châtié après
sa mort, a empêché (et empêche encore) bien
des infractions à la
morale.
2/ A la racine de la psychologie.
Les religions peuvent être considéré comme les
mères de la psychologie. En incitant l'homme
au repentir (le yom Kakkipourîm) le judaïsme en a ouvert la voie. Cette obligation au retour sur soi exigeait de l'être humain qu'il visite intérieurement ses actions. Qu'ils pratiquent une sorte d'auto
analyse en somme et dans le but d'améliorer lui-même son comportement.
La fréquence de cette pratique, s'est multipliée
dans le christianisme à travers
la confession.
Elle s'est également enrichit d'un tiers « impartial » et « silencieux » (en principe) ; le prêtre.
Pour les chrétiens, tout homme à tout moment peut confesser ses fautes.
Nous savons aujourd'hui l'importance de l'aveu pour la victime et ses proches. Nous savons également à quel point avoué est important pour la libération du délinquant
3/ A la racine du principe de responsabilité.
L'apparition du
concept de péché a également eu une influence certaine dans l'émergence
du concept de responsabilité.
En effet, le péché fait de l'homme un responsable de ses agissements. La faute commise « intentionnellement » contre
le divin ou contre autrui engage la responsabilité de l'auteur. Et parce qu'il est responsable de ses actes,
il doit en répondre et en accepter les conséquences..
La responsabilité humaine, notion phare de l'humanité, est devenu l'emblème de la société contemporaine.
Elle est le fleuron de la liberté.
De la morale à la loi laïque
Évidemment, comme tout matériel de construction utilisé par l'homme, le péché, au cours des temps s'est sclérosée. Il a pris du retard sur l'évolution de la société. Est bien souvent il fut détourné de
sa vocation originelle ...
Pourtant, malgré sa désuétude, ce concept permet de compenser les carences du droit. Le droit laïque n'est pas encore tout à fait capable de contenir
les pulsions abusantes de l'homme.
C'est pourquoi la notion
de péché à encore du travail à accomplir
dans l'humanité.
Même si cette notion tombe
en désuétude, n'oublions pas qu'elle
fut un véritable progrès civilisateur.
Comme les tabous ou les sacrifices rituels avant elle,
la notion de péché est un outil temporel.
Elle est destinée à être
remplacé par la psychologie, le droit, la justice, le principe
de responsabilité ... Une fois ces derniers suffisamment bien intégrés par la société humaine.
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