L'équité est-elle équitable ?
Justice et injustice. Philosophie éthique
Entre le riche et le pauvre, entre le fort et les faibles, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit l'abbé Lacordaire
Comme il est dit en page précédente, les hommes sont fondamentalement et ontologiquement égaux. Autrement dit, toutes différences qualitative dans la façon de traiter les individus est une injustice ...
Injustice encore nécessaire aujourd'hui, mais
injustice tout de même.
Ces injustices de traitement, utilisent bien souvent le concept d'équité pour se justifier.
Et nous voilà arriver au pied de deux grandes notions utilisées par l'humanité pour évoluer ; l'équité
et l'égalité.
Définition succincte
D'un premier coup d'oeil, l'équité
correspondrait à ce que vit l'humanité,
et l'égalité à c'est ce qu'elle
vise.
L'équité est le cheval de bataille du libéralisme,
et l'égalité celui du marxisme.
L'équité prend sa source dans le fonctionnement
des primates naturels,
l'égalité est une nouveauté
humaine.
A politique juste équité juste
Commerce, industrie avec l'équité
Nous n'avons pas à tirer profit de la coopération des autres sans contrepartie équitable. Les deux principes de la justice définissent ce qu'est une contrepartie équitable dans le cas des institutions de la structure de base. Ainsi, si le système est juste, chacun recevra une contrepartie équitable à condition que chacun (y compris lui-même) coopère. Rawls : Théorie de la justice
Que le système propose : « à
chacun selon son mérite » ou que l'ordre naturel impose
: « à chacun selon sa position hiérarchique », cela revient au même si les dominants sont aux commandes exclusives des rétributions de mérite.
Une société sans une présence forte de la
notion d'égalité, conduit invariablement aux mêmes
mécanismes. Un groupe
de dominant parvient a décider la valeur
de chacun et à
thésauriser l'ensemble des privilèges.
Par contre, quand les grands fondements d'une société (justice, éducation, soins, etc.) parviennent à considérer
sur un point d’égalité les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les intelligents et les simples d'esprit, alors sont équité devient équitable et véritablement humaine.
Aujourd'hui, les disciplines du marché (commerce, industrie,
etc.) doivent encore se stimuler à l'équité pour améliorer leur
rendement.
Politique, droit, éducation avec égalité
Mais les disciplines humanistes comme l'éducation,
la justice, la politique, la médecine,
les médias, doivent avoir l'égalité
et la justice en premier principe.
Professeurs, juges, politiques,
médecins, journalistes, doivent avoir conscience qu'ils ont comme vocation et impératif d'offrir
les mêmes chances et les mêmes droits à chacun.
Ces disciplines ne doivent en aucun cas être soumises à
l'autorité du marché. Appartenir à l'un de ces corps de métier sans faire du
désir d'égalité sa lumière principale,
démontre à mon sens une véritable perte de conscience. C'est une chute d'intérêt pour l'éthique profonde de ces vocations.
C'est donc aux écoles responsable de la formation de ces corporations vitales pour l'humanisation de l'humanité, qu'il
appartient d'exalter cette valeur transcendante.
Il est donc anormal de laisser le marché s'accaparer progressivement ces disciplines.
Aristote Éthique à Nicomaque
Il convient à présent de traiter de l'équité et de l'équitable, et de faire voir quels rapports il y a entre l'équité et la justice, entre ce qui est équitable et ce qui est juste. Car on trouve, en les considérant avec attention, que ce n'est pas tout à fait une seule et même chose, et qu'elles ne sont pas non plus de genres différents.
Tantôt nous louons ce qui est équitable, et l'homme qui a cette qualité ; en sorte que pour louer les actions autres que justes nous employons le mot équitable au lieu de bon, donnant à entendre par "plus équitable" que la chose est meilleure.
Tantôt, par contre, à ne consulter que la raison, si l'équitable est quelque chose qui s'écarte du juste, il semble étrange qu'on lui donne son approbation. Car, enfin, s'ils sont différents, ou le juste n'est pas bon, ou c'est l'équitable ; ou bien, si l'un et l'autre sont bons, ils ne sont qu'une même chose. Voilà donc à peu près ce qui fait naître l'embarras au sujet de l'équitable. Cependant ces affirmations sont toutes correctes d'un certain point de vue, et n'ont rien de contradictoire.
L'équitable, en effet, tout en étant supérieur à une certaine espèce de justice, est lui-même juste : ce n'est pas comme appartenant à un genre différent qu'il est supérieur au juste. Le juste et l'équitable sont donc une seule et même chose, et l'un et l'autre sont bons, mais l'équitable est le meilleur des deux.
Ce qui fait la difficulté, c'est que l'équitable, bien qu'il soit juste, n'est pas le juste conforme à la loi, mais il est plutôt un amendement du juste légal. Cela vient de ce que toute loi est universelle, et qu'il y a des cas sur lesquels il n'est pas possible de prononcer universellement avec une parfaite justesse. Et, par conséquent, dans les matières sur lesquelles il est nécessaire d'énoncer des dispositions générales, quoiqu'il ne soit pas possible de le faire avec une entière justesse, la loi embrasse ce qui arrive le plus fréquemment, sans se dissimuler l'erreur qui en résulte.
La loi n'en est pas moins sans faute ; car l'erreur ne vient ni de la loi, ni du législateur, mais de la nature même de la chose : c'est la matière des actions qui, par elle-même, est ainsi faite.
Aristote Éthique à Nicomaque Livre 5 chap 14
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