L'homme est un animal qui du
moment où il vit parmi d'autres individus de son espèce
a besoin d'un maître. Or ce maître, à son tour,
est tout comme lui un animal qui a besoin d'un maître. Emmanuel
Kant
Philosophie et égocentrisme
L'âge, en nous libérant
de nos passions égocentriques, nous rend disponibles,
plus aptes à redécouvrir les êtres qu'on
a aimés. Madeleine Ferron
L'égocentrisme
gênant est une souffrance.
Si
L'ÉGOCENTRISME est une nécessité
pour devenir adulte, devenir adulte, nécessite de le maîtriser.
Égocentrisme : tendance de
celui qui se fait le centre de tout ...
Avant l'âge de sept ans, l'incapacité ou la difficulté à coordonner
l'ensemble des états et les transformations, définit
ce que l'on appelle, d'un mot qui peut faire équivoque,
l'égocentrisme. Ce terme se justifie, parce que le point
de vue du sujet reste éminemment prédominant, parce
que l'enfant rapporte régulièrement le réel à sa
position présente. Mais l'égocentrisme cognitif traduit
le manque de mobilité de la pensée, incapable de
coordonner méthodiquement les points de vue différents
ou successifs et non pas une hypertrophie du moi, comme le préfixe
ego pourrait le laisser supposer (Universalis).
Suivant cette définition l'excès égocentrique
adulte peut être assimiler à un infantilisme.
Comme pour l'élitisme, l'égocentrisme
offre deux angles de jugement.
1/ Nous pouvons le considérer comme positif lorsqu'il
vise consciemment le bien d'autrui, lorsqu'il est accompagné
de générosité et d'universalité.
2/ Il peut également revêtir l'aspect d'une force
négative au sens léger du terme, lorsqu'il
est motivé par l'égoïsme et l'indifférence.
Lorsqu'il accapare pour lui-même l'ensemble des regards,
spoliant ceux qui en ont le plus besoin.
Prenons un exemple
Depuis un peu plus de vingt ans,
date à laquelle le marché a pris le contrôle
de la télé, une petite société de célébrités
thésaurise la plus grande partie de l'antenne et à
des fins personnelles.
Cette thésaurisation n'est pas anodine.
Elle a
des répercussions
sur l'humanité toute entière.
a/ L'omniprésence dans les médias
de cette ÉLITE ÉLITISTE,au sens négatif du terme, transforme
peu à peu les grandes valeurs populaires en pulsions primaires
et élitistes (humilité, solidarité et
partage, deviennent narcissisme, vénalité et égoïsme).
b/ Cette thésaurisation subtilise un temps de parole
et de regard qui devrait revenir au peuple
en souffrance.
c/ Elle empêche l'élite
bienveillante d'exprimer ses idées pacifiques et
généreuses.
d/ Elle empêche également le peuple d'exposer ses
soucis et ses reproches (et cette surdité envers le peuple,
conduit une
partie de la population à se diriger vers
les extrémités).
e/ Et enfin, cette thésaurisation du temps d'antenne, nuit
à un traitement efficace des sujets graves (esclavage,
exploitation prostituante, corruption etc.) Ces grands problèmes
de société , parce que traités de façon
anecdotique et sporadique perdurent, se développent
et trouvent dans ce relâchement journalistique une
certaine légitimation. Cette démission de la part des médias,
non seulement participe à la maltraitance
de la population mondiale vulnérable, mais elle favorise
également les violences subies par les journalistes eux-même
et principalement par les plus intégres et courageux d'entre
eux.
En effet, cette démission de la critique face à l'expansion
des corruptions, des zones de non-droit, des mafias, des mercenaires,
bref de la violence impunie dans les pays pauvres ou émergents,
condamne à mort, en quelque sorte les
journalistes intègres qui tentent de s'y opposer.
Comme il y eut la raison d'état,
capable de museler la vérité journalistique, il semblerait
qu'aujourd'hui la raison du marché ait pris le relais (et
de façon plus puissante nous le verrons plus loin).
Cet abandon d'une partie de l'humanité,
cet oubli de l'autrui étranger, est la conséquence
directe de l'introduction dans le système médiatique
de trois pulsions bourgeoises ; égocentrisme,
vénalité et clanicité. La puissance
de cette combinaison fait perdre de vue à chaque journaliste
qui en est victime les trois valeurs de base de leur vocation
:
humilité, incorruptibilité, et
universalité.
Cet égocentrisme, cet occidentalocentrisme, cet embourgeoisement
des médias occidentaux est relativement récent. Il
correspond semble-t-il à la prise en main de ceux-ci par
le système commerçant.
Les pionniers de la télévision
semblaient avoir au contraire le souci d'interroger le peuple, de prendre la
défense des opprimés, et de manière universelle.
L'egocentrisme
politique
L'homme se réduit en acceptant
le jeu des délimitations politiques Chawki Abdelamir
Cette
surcharge narcissique et égocentrique
observée
dans les journaux et à la Télé,
se retrouve également dans le comportement du pouvoir occidental dominant,
face aux autres cultures.
Cette puissance qui semble aujourd'hui présider aux destinés
du monde, parait être dans une véritable
crise d'adolescence égocentrique.
Il est hyperactif, sourd,
agressif, et parricide. Il refuse d'écouter les conseils
et la sagesse du père (les civilisations anciennes, les
peuples premiers). Il est incapable de faire l'expérience
implicite d'autrui, de le reconnaître autrement que comme
un instrument, un subordonné,
un ennemi ou une proie.
Être adulte, c'est, au contraire, être capable de
prendre conscience de la globalité de son environnement.
C'est être apte à comprendre
la façon dont on agit, la logique et le sens de nos actions.
C'est être gouverné par sa conscience et non pas
par ses pulsions ou ses tendances ...
Est-ce qu'une idéologie
qui adopte la surconsommation comme système, à réellement
conscience du sens de la vie ? Pourtant, malgré tous
les reproches que nous pouvons faire au système américain,
il semble bien qu'il soit globalement le meilleur possible pour
l'humanité présente et pour l'oeuvre
qu'elle doit accomplir ... séparer le spirituel du politique,
finaliser techniquement et unifier l'humanité.
L'Occident a des choses positives
à apporter au reste du monde ... l'idée de démocratie,
d'égalité des femmes, certaines avancées
sociales et techniques ...
mais il a également beaucoup
de choses
à apprendre ou à réapprendre des autres cultures
... l'humilité, le non- gaspillage, le respect de la nature
et de certaines valeurs, le sens de l'accueil ...
Le narcissisme freine la démocratie
Grâce aux médias, le monde entier
a pris conscience de L'intérêt de la démocratie
et en désire l'avènement. Plusieurs
choses empêchent les
pays opprimés de
se libérer pour adopter les valeurs démocratiques.
1/ Il y a tout d'abord le narcissisme occidental.
En effet, l'arrogance
et l'égocentrisme
avec lequelles les pouvoirs narcissiques occidentaux imposent
cette idéologie
sur la planète,
conduit naturellement à une attitude de rejet de la part des peuples
même s'ils sont soumis à des régimes archaïques, (et cela devrait
interroger tout de même le monde occidental) ...
2/ Il y a la surdité de ces pouvoirs.
Son
refus d'entendre les critiques et les conseils émanant des
autres civilisations, et de
corriger ses dérives ...
3/ Il y a son attitude prédatrice, déloyale
et avide.
En effet, d’un côté ces dominants veulent piller
en toute liberté les richesses du monde (et pour cela soutiennent
et imposent des régimes antidémocratiques oppressifs
et corrompus) et de l’autre, ils soutiennent vouloir imposer
la démocratie ... Ce double langage, parfaitement schyzophrenique,
finit par désespérer
l'ensemble de l'humanité.
Évidemment, ces
dirigeants abuseurs, le sont contre leur volonté ...
ils ont le sentiment d'agir pour un bien. Seulement, il s'agit
d'un
bien particulier, d'un bien partisan et non pas d'un bien universel
...
La nature dominatrice et paranoïaque de certains
dirigeants, les poussent (par peur et vénalité),
à refuser l'égalité de relation pour préférer maintenir
une partie du monde en subordination.
Leur psychisme voudrait sans doute pouvoir profiter des deux.
Profiter des richesses du pillage et du confort pacifiste
de la démocratisation.
Seulement c’est impossible.
Choisir d'imposer la démocratie,
induit OBLIGATOIREMENT le deuil du pillage pour préférer
l'échange loyal et égalitaire. C'est, soit la
prédation
soit la démocratisation ...
Évidemment, pour ce monde en quête
de maturité, théoriquement la meilleure attitude
serait de choisir une démocratisation effective donc respectueuse.
Seulement,
l'homme ne semble pas encore avoir atteint un niveau de sagesse
suffisant pour démocratiser paisiblement.
Comme
l'écrivait Bergson si
nous avions un peu moins d'orgueil ce n'est pas homo sapiens que
nous emploierions
pour nous qualifier mais homo faber. Pour s'émanciper, l'élite occidentale
devra perdre un peu de son égocentrisme. Autrement-dit,
se confronter amicalement aux autres cultures et civilisations,
apprendre à les écouter.
Et n'est-ce pas ce type d'expérience que favorise la mondialisation
?
La clanicité est une souffrance.
Être curieux d'autrui
est inhérent à
l'homme comme à la plupart des mammifères Notre
intérêt pour les autres cultures dérive de
cette tendance naturelle.
Seulement l'attention spontanée portée à l'étranger,
s'accompagne bien souvent d'une crainte instinctive.
Cette peur
irréfléchie, empêche les hommes d'aller les
uns vers les autres de manière simple, pacifique et spontanée.
Cette appréhension naturelle nous la tenons également
de nos origines.
Dans bien des cas, un singe étranger au
groupe, a toutes les chances d'être accueilli par une démonstration
agressive.
L'homme, grâce à la culture, a acquis la capacité
de maîtriser cette réaction.
Tout être humain connaît les gestes de politesse
et de respect d'autrui capables d'éviter l'épreuve
de force.La peur instinctive n'a pas pour autant disparue.
Tant que la psychologie humaine restera une énigme, autrui
représentera un danger potentiel.
Cette peur instinctive de l'étranger est également
présente au niveau des communautés.
La peur est un des
facteurs, avec la cupidité et l'expansionnisme, qui a condamné
et condamne encore, les différents groupes, à utiliser
la violence pour se rencontrer.
La guerre en Irak est le prototype même de cet alliage
peur-prédation.
Elle éclaire aussi
le paradoxal résultat de certaines actions humaines.
En
effet certains desseins, que nous qualifions de mal (par
exemple la guerre), semblent malgré tout cadrer parfaitement
avec le sens naturel de notre histoire vers son unification
et sa perfection.
En effet, bien que ce soit théoriquement
déjà
possible de démocratiser paisiblement le monde, c'est-à-dire
par le traitement d'égal à égal, le respect,
l'exemplarité, la nature humaine n'a pas permis cette
voie paisible et c'est la guerre qui a été choisie.
Bien que les conséquences de cette intervention sur
la partie la plus vulnérable des êtres humains
fut désastreuse,
nous devons constater ; d'une part que les obscénités
de cette guerre renforcent de plus en plus le camp de la paix
et
du dialogue, et d'autre part qu'elle est un facteur de contact
entre deux types d'êtres humains qui sans cela ne se
seraient jamais croisés (il serai évidemment
préférable
que ce type de rencontre se fasse par le tourisme et l'échange
culturel.
Violences et ultralibéralisme
L'homme se réduit en acceptant le jeu
des délimitations politiques Faggiani
Aujourd'hui,
la plupart des humains, bien éveillés
par la télé, pourraient
assouvir leur désir naturel de rencontrer l'étranger par
des moyens paisibles (échanges culturels, immigration,
tourisme), seulement, un petit groupe de dominants claniques et
sans véritable opposant, multiplie le chaos sur la planète
réduisant de plus en plus les espaces de rencontre paisible.
En deux décennies, sous la pression de craintes irraisonnées,
de valeurs violentes, de pulsions vénales et de désirs
guerriers, le monde semble s'être surchargé de dangerosité.
Sur la plus grande partie de la planète, les valeurs populaires
traditionnelles - hospitalité, paisibilité, tolérance,
générosité, respect d'autrui - ont été
submergé par les pulsions du marché - cupidité,
égocentrisme, individualisme etc. - radicalisant d'autant
les attitudes claniques et mafieuses, la loi du plus fort et la
guerre.
25 ans de laxisme critique ont nourri la puissance
de l'ultralibéralisme et permet à celui-ci de continuer
à plonger une grande partie du monde dans la misère
et les valeurs agressives. Nombreux sont alors les pays fermés
au tourisme paisible.
Seuls se rencontrent, en ces lieux sans lois, les chefs de guerres,
les chefs de clans, les espions, les trafiquants, les ONG, les grands
marchands et les militaires.
Ailleurs et pour dominer à distance, les
puissants ont encouragé
la création de groupes violents et déloyaux (paramilitaires,
escadrons de la mort, mafia,etc) ... et ces derniers s'ajoutent
aux dominants classiques
pour piller et maltraiter les peuples.
Philosophie de l'abus.
C'est une expérience éternelle que tout homme qui
a du pouvoir est porté à en abuser. Montesquieu
Sans
critique ni contrôle,
les pulsions vénales n'ont d'autres choix que l'expansion
irrespectueuse et l'abus de l'être.
Un système marchand
soumis aux hautes compétitions et sans réelle
contrainte conduit irrésistiblement à ce type
de mécanismes
:
Le marché au mépris de la démocratie et
via la culture de masse, mondialise ses propres valeurs
- goût de l'argent, du pouvoir, de la domination.
Il
décuple ainsi dans l'humanité le nombre de
prétendants à ces 3 tendances primitives.
Tous ces
nouveaux prétendants au pouvoir et à
la richesse, viennent grossir la sphère des dominants.
Cette
sphère en grossissant a besoin de plus en plus
de richesse qu'elle prélève bien évidemment
sur la part du peuple.
C'est pourquoi, depuis 25 ans, la part lui
revenant toujours s'amenuise.
Du coup, se multiplie le nombre
d'abus envers la majorité paisible humaine,
qui, elle , par nature respecte les principes démocratiques
et n'a aucun goût pour
l'association déloyale, la violence ou la prédation.
Cette mécanique fatale accompagne toutes les
idéologies matérialistes motivées par les pulsions
plutôt que par la raison et évolue irrépressiblement
vers son paroxysme : la crise, la guerre ou la révolution.
En effet, non seulement il semble particulièrement difficile de
convaincre en douceur et par la conscience les dominants de lâcher
une partie de leurs privilèges, mais il semble également
impossible d'interrompre l'augmentation de leur voracité
de la part populaire.
Jusqu'à présent, lorsque ces dominants ségrégants
avaient acquis richesse, privilège et pouvoir, il leur était
impossible de se résigner au partage et la seule alternative
semblait être la violence de la révolution pour les contraindre à lâcher prise.
Philosophie de l'espoir
Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il
faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête
le pouvoir. Montesquieu
Dans
tous les cas, les excès
des dominants finissent par être positifs
pour l'humanité car ils provoquent des réactions
unitaires, développent l'esprit critique et la CONSCIENCE
populaire.
Mais nous sommes aujourd'hui en droit de nous demander, à
l'aune de la hauteur de notre raison acquise, s'il ne nous est
pas déjà posssible de passer d'une évolution inconsciente à une évolution consciente.
De grandes lueurs d'espoir nous laissent espérer l'entrée
de l'homme dans une nouvelle ère relationnelle.
Le développement de la psychologie, de la sociologie, la
sensibilité grandissante etc,oeuvre dans ce sens.
Si tel est le cas, le dialogue et la compréhension, prendront,
pour la première fois sans doute, dans l'histoire de l'humanité,
la place de la violence et de l'égocentrisme.
Pour accéder à ce niveau de conscience, il faudra
préalablement libérer les instruments de critiques parmi lesquels
se trouvent les médias.
En optant pour la démocratie, les peuples
sont en droit de réclamer :
- une écoute et une attention souveraine
- une vie libre et paisible dans la proximité des valeurs
supérieures humaines
- un état de droit
- d'être protégé de la prédation des
dominants, de l'arbitraire et des injustices caractéristiques
des aristocraties et des dictatures.
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