Le maître doit faire honneur à sa maison, et non la maison au maître. Ciceron
L'humanité est destinée à atteindre sa perfection
Construire l'extase, n'est pas l'extase
Dieu nous a faits pour la béatitude - et nous cherchons pauvrement le bonheur. H de Lubac Comme nous venons de le voir dans les précédents chapitres, la maîtrise progressive du comportement, de l'environnement et du questionnement (les trois grands ouvrages vers lesquels toute action aboutit in fine), semble trouver leur fin dernière dans l'état extatique.
En construisant peu à peu notre MONDE, nous élaborons donc et sans le savoir, la maison, le nid douillet au sein duquel nos futurs descendants viendront JOUIR de leur spiritualité (L'EXTASE).
Mais cet accès facile à la BÉATITUDE, concerne l'humanité future.
L'homme « ordinaire », dont nous faisons partie, a pour mission de construire toutes les structures PSYCHIQUES et PHYSIQUES de ce monde prochain.
Le texte précédent nous nous a également permis d'entrevoir certains processus et implications de ce que nous appelons extase où béatitude.
Il s'agit d'un état de CONTEMPLATION, d'AMOUR ABSOLU, et de connexion directe avec le divin.
Dans cette position, l'activité constructrice, le « TRAVAIL » est impossible.
Pour qu'un tel monde puisse exister, les structures de l'humanité doivent déjà être entièrement réalisées.
L'humanité ne peut donc pas en même temps ; construire l'extase et être en extase (l'extase nécessitant la suspension de toute activité).
Et comme la création est une pure merveille d'intelligence et de subtilité, « l'homme constructeur » (dont la tâche est de construire les structures de l'humanité), ne trouve aucun attrait à cet état extatique, qu'il associe à une vie végétative et sans intérêt.
En dehors des quelques éclaireurs (ascetes hindous, moines tibetains, moines zen, adeptes de l'hitbodedouth, du soufisme, de la contemplation etc...), l'homme ordinaire ne cherche pas à atteindre cet état auquel il n'accorde aucune attention.
Plaisirs : infimes extases
« L'homme constructeur », dans sa grande majorité, ne peut ni espérer, ni rechercher, ni aimer un état « dépourvu d'action créatrice », car dans le cas contraire, cela conduirait par la même, à l'échec de notre évolution vers cette forme de PERFECTION.
« L'homme constructeur » que nous sommes, est biologiquement conçu pour construire, pour créer, pour agir.
La hauteur de nos PULSIONS, de nos TENDANCES, de nos DÉSIRS, est beaucoup trop élevée pour préférer la béatitude aux plaisirs, la contemplation à l'agir et à l'aventure.
C'est « la ruse de la raison », formule oh combien magique de la philosophie de Hegel.
Tant que le monde est encore à construire, nos tendances, nos pulsions, nos désirs, nos envies prédominent sur la recherche de « L'ÉQUILIBRE ABSOLU », et sur l'acces à «LA PLEINE CONSCIENCE ».
Cette configuration psychique, conduit « l'homme constructeur » à une situation paradoxale :
- Intérieurement, nous aspirons à la paix, à la sérénité, à la quiétude, au bonheur suprême.
- Mais la puissante soif de nos désirs, de nos pulsions, notre goût pour les plaisirs, exigent d'être assouvies, et par là même, nous empêchent d'accéder à la béatitude.
Envies de CONSTRUIRE, de DOMINER, de s'enrichir, besoins de conquêtes ou de connaissance, soifs d'amour ou de reconnaissance, nous poussent sans cesse à l'action.
Chacune des actions accomplies par chacun des hommes, ont construit notre monde tel qu'il est, et le conduisent progressivement vers sa perfection.
Vers sa perfection, car notre désir d'équilibre, de sérénité, de quiétude, de bonheur et de paix, notre hantise de la souffrance, de la douleur, orientent de façon générale, la finalité de nos activités vers les notions de bien-être et de bonheur.
Grâce à ce double stratagème, le système créateur, non seulement nous contraint à construire l'humanité, mais il nous oblige à la construire dans un sens bien déterminé, celui du bonheur supreme.
Et ainsi, progressivement, comme le principe des vases communicants, l'ensemble de nos activités, bien qu'elles soient motivées par nos pulsions, diminue constamment leur influence dans notre cerveau. Cette diminution des pulsions développe notre conscience, et rend notre système neuronal de plus en plus apte à l'expérience extatique.
Dans les chapitres à venir, nous tâcherons de saisir l'état d'esprit béat et pour cela nous nous reporterons aux expériences vécues par certains philosophes, ascètes, sages ou saints des différentes spiritualités.
Philosophie et science> cerveau et extase
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