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Dans la page précédente, nous avons esquissé l'idée selon laquelle, les contraintes permanentes de l'éducation, de la morale et des interdits sur la tendance naturelle à abuser d'autrui, ainsi que la pression constante du « contrat moral » engageant l'homme à la fraternite et à l'amour du prochain, modifie progressivement la structure même du cerveau humain.
A présent nous allons tenter d'expliquer, (de façon plus « artistique » que scientifique), les mécanismes de cette métamorphose cérébrale.
Schématiquement, la cavité cérébrale humaine se présente sous cette forme :
Le CERVEAU REPTILIEN ou PRIMITIF.
Il a pour fonction de gérer les processus biologiques et réflexes du corps humain (coeur, poumon, circulation sanguine, mouvements spontanés etc.).
Normalement son activité reste inconsciente.
Le CERVEAU LIMBIQUE ou MOYEN et le siège de nos pulsions, de nos émotions, de notre apprentissage et de notre mémoire profonde (habitudes, « savoir inné » etc. ). Son activité est généralement inconsciente. Par contre, avec un effort de réflexion et de concentration, l'homme peut prendre conscience de cette activité spontanée et en modifier la forme et la spontanéité.
Si cette partie du cerveau est moins rigide que le cerveau reptilien, elle réagit malgré tout plus ou moins difficilement à toute tentative de modification (c'est le cas des difficultés à perdre nos habitudes, à modifier notre caractère, à dominer nos émotions ou nos pulsions).
Le CERVEAU CORTICAL ou CORTEX.
C'est l'étage le plus récent du cerveau humain. C'est également le plus « adaptable ». Il est à l'origine de la pensée, de la logique, du raisonnement ... C'est le siège de l'intelligence, de la conscience morale, de la raison et de la réflexion humaine.
Pour simplifier encore un peu plus cette façon de concevoir le cerveau, nous pourrions dire qu'au :
- « premier étage », il y a la vie organique (fonction neurovégétative, manger, boire, dormir, fonctions sensorielles et motrices). Elle est tout à fait autonome, et n'engage pas la conscience de l'individu.
- Au-dessus les fonctions reproductrices et adaptatrice (désir, activités constructrices, domination, prédation, etc)
- Au troisième étage, viennent les fonctions les plus récentes, (fonctions intellectuelles, artistiques, conceptuelles, religieuses, etc)
Les 2 derniers étages sont entièrement « modifiables ».
En effet, la volonte humaine a les moyens d'agir sur les pulsions et sur l'intelligence, sur les désirs et sur les activités (avec des résistances plus ou moins fortes).
Ce sont ces deux derniers étages que l'ascète était complètement lorsqu'il entre en béatitude, en eveil ou en contemplation.
En effet, l'état extatique (béatitude, nirvana, etc.), est un état de contemplation (pas au sens du luxe dont profite la bourgeoisie comme l'entendait par exemple Jean-Paul Sartre).
Dans cet État de contemplation, il y a cessation de toute activité et de tout désir (qu'il soit relié à la reproduction, à la domination, ou à l'adaptation), extinction également, de toutes les activités cérébrales supérieures (réflexion, intellectualisme, religiosité etc).
Seules restes en activité, les activités inconscientes du premier étage, autrement dit, les fonctions neurovégétatives.
Lorsque l'extatique est en parfaite contemplation et en totale jouissance de l'extase, il est totalement « géré » par une sorte d'« horloge biologique ».
Cette horloge biologique prend charge son corps en lui signalant par exemple quant il doit boire, manger ou dormir.
Même si le « cerveau moyen », siège des activités primaires (inné, désir, pulsion, tendance), est relativement difficile à modifier, il n'est pas immuables comme le cerveau reptilien.
Il peut être « vidé » de ses fonctions primitives pour être remplacées par des fonctions plus récentes (la libido peut être transcendé par l'art par exemple) ou tout simplement remplacé par le « vide » comme les expériences ascétiques le prouvent.
Evolution, cerveau et béatitude
Ainsi donc, l'évolution du cerveau humain, apporte lui aussi du crédit à l'évolution de l'humanité vers la béatitude.
Si l'humanité ne cesse de travailler à la gestion du deuxième étage cérébral, autrement dit, à la gestion des pulsions, des tendances, des habitudes etc., il viendra forcement un temps où notre espèce sera entièrement devenu maître de ces forces primaires.
Quant à la strate la plus récente du cerveau, celle que nous utilisons pour nous adapter le mieux possible au milieu, pour élaborer nos idéologies et nos jugements, pour évoluer vers l'unification et la paix universelle, inventer des objets de plus en plus « propre » et respectueux, bref, pour construire peu à peu notre « paradis terrestre », et bien cette zone cérébrale appartient à la sphère de l'acquis et non pas à l'innée.
Elle se développe à l'aide de la civilisation et de la culture.
Cette zone qui accueille aujourd'hui des connaissances comme les mathématiques, le temps, la musique, la technique, la science, la religion ou la philosophie etc., peut tout aussi bien faire abstraction de tout cela, pour atteindre le vide, comme c'est le cas du béat.
Ainsi donc :
Si l'humanité parvient à acquérir la maîtrise absolue de ses tendances, de ses instincts et de ses pulsions, sachant qu'elle a dors et déjà la maîtrise du troisième étage, elle se sera alors ouvert un accès facile à l'extase, à la béatitude, au nirvana.
Evolution et temporalité
L'extase est contradictoire avec la notion de temps
Le concept de temps tel que l'homme constructeur l'utilise pour « travailler » et construire l'humanité, n'est pas un concept inné.
Il s'apprend entre l'age de 4 et 9 ans. Un enfant élevé en dehors du langage et de la culture humaine, ne possèderait aucune de nos représentations conscientes et intellectualisées du temps.
Cette notion, ou tout au moins la perception consciente que l'homme constructeur en à, se situe donc dans la sphère la plus récente du cerveau ; le cortex, (espace dans lequel nous l'avons vu plus haut, la modification ou l' extinction est facile).
Le corps, les organes, les cellules disposent Delors horloge biologique propre et capable de régir l'ensemble des besoins vitaux de l'organisme.
À midi mon corps réclame son repas, le soir son sommeil, et cette temporalité organique subsiste bien entendu, dans l'expérience béate (sinon l'être mourrait) ...
Seulement cette temporalité émane du première étage cérébrale, du cerveau reptilien, elle n'apparaît pas directement à la conscience de l'extatique.
Dans l'état d'extase, qui est un état de pur immédiat, l'esprit n'a plus conscience du temps culturel car il ne se projette plus dans le passé ni dans l'avenir.
Le corps par contre obéit toujours à son « horloge » biologique, « câblée » sur « l'horloge » invisible de la nature, et elle y obéit de la manière la plus précise qu'il soit.
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