Réalité de la destinée
Choix et illusion de choix
De la destination de l'homme
Toute évolution évolue d'un état vers un autre état. A partir du moment ou une espèce vivante est dite en évolution,
elle obéit à un développement progressif.
Lorsqu'une espèce en évolution atteint un état
indépassable et s'y maintient, on peut considérer
cet état comme étant une destination. Paroxysme (perfection) et extinction (mort), sont deux sortes de
destinations.
L'évolution du vivant vers la perfection
Le vivant peut être observé à trois niveaux différents
: Le vivant, l'espèce, l'individu.
- Le vivant lui-même qu'on nomme écosystème.
Son évolution est interne. Issu d'une première forme de vie, il a progressé jusqu'a l'homme. Cette évolution se schématise par la montée
progressive de l'esprit vers un esprit supérieur (de la bactérie à l'éponge au poisson au reptile au mammifère inférieur puis supérieur).
- L'espèce ensuite. Sa caractéristique
et de chercher à atteindre sa perfection
adaptatrice pour s'y maintenir.
- L'individu enfin. il est relativement
délimité entre
sa naissance et son extinction. Il cherche comme l'espèce
à atteindre durant sa vie son meilleur rendement, sa meilleure adaptation possible. Celui-ci atteint, il vise à s'y maintenir en luttant contre l'extinction.
Ces trois ordres du vivant, cherchent donc à atteindre une sorte de perfection indépassable et à s'y maintenir. On peut nommer ce summum
: perfection aboutie.
Par exemple, les ailes de la pie sont le résultat de la transformation progressive
des pattes d'un reptile. Aujourd'hui, elles semblent avoir atteint des proportions
idéales pour leur vocation. Nous pouvons ainsi considéré
que les ailes sont arrivées à leur destination. Et on peut qualifier
cette destination de : perfection aboutie.
Tout être vivant fini par l'extinction.
Nous pouvons donc
envisager l'extinction comme étant une destination
et qualifier celle-ci de finale ou intermédiaire*.
* Pour l'athée
il s'agit d'une destination finale, mais pour le croyant d'une
destination
intermédiaire.
Conséquence : la perfection aboutie
tout comme l'extinction, peuvent être considéré
comme étant deux destinations.
Dans le système vivant (hormis le vivant lui-même
qui ne connaît pas jusqu'a présent l'extinction) deux types
de
destinations sont donc remarquables : la perfection
et l'extinction.
Les destinées de l'homme
Vers un chemin conscient
Être au zénith et mourir
Nous retrouvons évidemment ces deux
types de destination à l'échelle de l'homme. Se perfectionner est
la destinée de tout être humain*.
*même s'il
s'agit de se perfectionner dans le négatives
comme pour le cambrioleur par exemple
L 'extinction est une autre de nos destinées.
Le sujet peut connaître ou ignorer ces 2 destinations. Par exemple, le bébé ignore qu'il est destiné à devenir
un adulte. il s'y dirige pourtant irrépressiblement. Si le sujet ignore sa destination
et s'y dirige malgré tout, cela signifie que la puissance
motrice de cette destinée n'appartient pas à la volonté
humaine mais à la nature même du vivant.
Lorsqu'un être humain cherche à atteindre
consciemment une
perfection particulière (par exemple la perfection du
corps ou la perfection artistique) il peut imaginer globalement
cette perfection sans savoir s'il y parviendra ni ce que sera
réellement
cette destination.
Donc, si le choix de la destination semble appartenir
au sujet, la réalité de la destination ne lui appartient
pas.
Le choix, un leurre nécessaire pour l'humain
Essayons de voir à présent
si le choix de la destination appartient
réellement au sujet. Prenons un exemple. Deux personne; un body bulder et un
ascète, vise chacune d'entre-elle
à atteindre une certaine forme de perfection. Perfection physique pour
le body bulder et spirituelle pour l'ascète.
Chacune des deux personnes à l'impression d'avoir fait un choix d'existence, mais est-ce bien le cas ? En réalité, leur décision a surtout été motivé par l'ensemble de leur historique. Par leur enfance, leur éducation, leur zone géographique. Par ce qui les a impressionné à la télévision et par les
valeurs du moment proposées par la société*.
*le libéralisme matérialiste initie peu de vocation
ascétique et beaucoup de body bulder.
A cela s'ajoute les dispositions psychiques et
physiques de chacune des 2 personnes. L'ascèse comme la salle de muscu,
nécessitent certaines dispositions, sous peine d'échec. Ce qui restreint encore le libre choix.
Nous sommes ce que nous devons être
Rien ne pouvait empêcher au final, à ce que nous soyons
ce que nous sommes.
Quand bien
même l'individu s'opposerait à ce vers quoi tout le
prédestine dans le but de prouver le libre
arbitre, cet esprit de contradiction dépend
lui-même de l'ensemble historique de la personne. Certains
en sont dotés, d'autres non.
Quoi qu'il en soit, dans les deux
cas, qu'il accepte, ou qu'il contrarie son choix, l'homme ne sera
pas maître de la réussite de son projet ni de la conformité
de celui-ci avec l'imagination qu'il en avait.
Et enfin , nous devons aussi tenir
compte de l'influence des pulsions, des désirs, des passions, sur l'acte accompli. Et ces puissances dépassent le libre arbitre.
L'homme n'est donc pas maître
de sa destination. Pourtant, quoi qu'il fasse, il est voué
à une destination. Peu importe les choix qu'il fera, l'homme
arrive toujours quelque part, quoi qu'il fasse.
L'illusion nécessaire du choix
La liberté est dans l'extase
Du futur
Quel choix si je ne peux essayer chaque alternative
?
Pour pouvoir faire un véritable
choix entre deux alternatives concernant le futur, il faudrait connaître
avec précision l'ensemble des événements composant
chacune des 2 alternatives. J'hésite pour aller à
Vladivostok, voiture ou train ? J'ignore tout de ce que chaque circuit me réserve.
L'homme n'a ni le don d'ubiquité
(pour expérimenter les deux itinéraires et faire un
choix réel) ni la maîtrise des
aléas futurs. Ses choix concernant son avenir, sont
donc une illusion. Les certitudes sont au mieux des espérances.
De l'immédiat
C'est la même chose à
propos des choix concernant l'immédiat (boire ou ne
pas boire une bière par exemple). Étant entièrement
conditionnés par notre passé, par les valeurs du moment, par notre organisme
et par nos pulsions, ces pseudos choix, ne sont, eux-aussi, qu'une illusion.
L'extase fait de l'homme un maître
La
seule façon d'être le véritable
patron de notre choix, serait de n'être influencé
ni par le passé, ni par le futur, ni par les tendances ni
par les morales, ni par les valeurs du moment.
Cet état supérieur existe. C'est la contemplation passive. Le pur
ressenti de l'instant présent. Autrement dit;
l'état de béatitude.
Seulement, dans cet état, l'être se laisse
entièrement guidé par son énergie interne. Par
son élan vital. Et donc il n'y a plus, ni de choix illusoire,
ni de choix véritable.
L'homme constructeur, privé de liberté
L'humanité n'ayant pas atteint
son indépassable perfection, elle doit encore motiver l'activité humaine. Et pour pouvoir construire,
l'homme à besoin de toutes ses tendances. Il a besoin de ses désirs, de ses tendances et
de ses pulsions. Il lui faut pouvoir se projeter vers l'avenir et faire référence au passé. Il lui est nécessaire d'avoir l'illusion qu'il a le choix et qu'il est maître de
sa destinée.
L'homme est l'outil de quelque chose de plus vaste
Si l'homme n'a pas le choix
tout en étant attiré vers des destinations*, c'est
qu'il est inclus dans une destiné. Il n'y a donc pas de hasard.
*atteindre
sa perfection, évoluer vers son extinction ...
Ce que nous attribuons au hasard, reflète simplement notre incapacité
(momentanée) à percer cette détermination. Il éclaire juste notre impuissance à calculer le déterminisme
dissimulé derrière chaque acte injustement
accordé à l'indéterminé.
Ainsi, si
aujourd'hui il est encore impossible de confirmer l'évolution irrésistible de l'humanité vers
l'extase, les progrès du calcul
de probabilité,
le permettront sans doute un jour.
Petit récapitulatif
De la vraie liberté
Le maître de la destinée humaine
En résumé. L'homme constructeur à l'illusion
d'avoir le choix de ses actes. Il
croit diriger les événements
de l'existence alors qu'il en est le jouet. Cette illusion est
nécessaire pour développer le progrès de
l'humanité. En réalité,
l'homme comme l'humanité, sont soumis à une
destinée inscrite dans la nature du vivant.
Mais le vivant n'est pas non plus le créateur de cette
destinée. Si c'était le cas, sa puissance serait supérieur à celle de l'univers. Impossible puisque la vie
est une composante de l'évolution de l'univers.
Le vivant
transmet simplement la destinée humaine dont le créateur
se situe au delà . Au delà de l'univers aussi. Autrement dit, le créateur de la destinée humaine, c'est le principe créateur, c'est Dieu.
La liberté est conformité au divin
Dieu est donc le maître du destin humain. Et la seule façon pour l'homme d'être libre, serait de ne faire plus qu'un avec ce divin. Ainsi, le seul moyen pour l'humanité
d'être
libre, serait d'accepter une sorte de fatalisme éclairé et
actif. Autrement dit, de comprendre le but de la création et la finalité réelle
des actions humaines. Comprendre la perfection
pour laquelle l'homme est fait. Tendre vers cette perfection et la réaliser
de façon consciente. L'homme doit également ranger les aléas, les obstacles* et les difficultés, dans le plan d'exécution*. Ils sont un moteur de créativité humaine.
*y compris l'extinction, dont il faut bien entendu se préserver
le mieux possible.
Pour déchiffrer les prescriptions du principe créateur, l'homme dispose de plusieurs moyens. L'analyse de l'évolution humaine et de sa logique en est un. L'observation de la nature* en est un autre.
*en écartant bien sur, toutes les utilisations perverses du darwinisme social
La liberté exige donc d'aller dans le sens de la nature
comme le préconisait le stoïcisme et l'épicurisme.
La logique universelle
Dans le sens de la marche
Vers une évolution consciente
Nous n'avons pas encore abordé l'ère
de l'homme sage.
Le destin de l'humanité est entre les mains d'une sagesse supérieure à la nôtre et encore indéchiffrée. L'entrée
de l'humanité dans sa sagesse débutera avec la prise de conscience par l'homme, de sa destiné.
Elle s'épanouira avec la soumission et l'agrément de l'humain à
celle-ci.
Le monde a été organisé
de telle façon qu'il existe une harmonie préétablie
entre un événement à venir et le signe qui
l'annonce (le stoïcisme, Jean Brun).
La sagesse pour l'homme constructeur
Selon notre théorie, l'humanité est orienté vers une
destinée se concrétisant dans l'extase, le nirvana. Mais il s'agit d'une destinée future à laquelle l'homme constructeur ne peut accéder*.
*pas facilement en tout cas
La
sagesse, pour lui, ne consiste pas à viser
la perfection finale (béatitude, nirvana, extase).
Elle lui recommande de construire du mieux qu'il le peut, les structures psychiques et physiques de l'humanité. Être sage pour lui, c'est aller dans le sens de
cette logique. C'est offrir idéalement son potentiel particulier
à cette fin. Il lui est d'ailleurs très difficile de viser les gratifications suprêmes. Sa vocation étant de construire les structures de l'humanité,
il doit aspirer aux récompenses en rapport à l'activité. Le
repos, les plaisirs de la vie courantes, les détentes, en font partie.
La recherche ascétique est
contre nature durant le temps ou se construit l'humanité. Elle demande trop de sacrifices à nos constitutions encore très pulsionnelles. Cela ne signifie pas qu'il soit interdit de tenter l'aventure ascétique, au contraire. Mais sa réussite ne peut concerner qu'une minorité d'entre-nous. Une minorité d'éclaireurs.
La configuration actuelle de nos esprits
est logiquement dirigée vers l'action et sa satisfaction
(le plaisir).
Idéal impossible, idéal possible
Des idéaux à l'idéal
A chacun son dû
Ne demandons pas à l'enfant de devenir
un sage sans passer par les autres étapes.
Il y a donc une différence
entre les idéaux de l'homme
constructeur et l'idéal vécu
par l'humain aboutie.
Prenons une image. Lorsqu'un homme construit sa
maison, il est un homme constructeur et il a des idéaux correspondant. Il vise à maîtriser parfaitement
la technique de construction, Ã se servir correctement de son outillage
etc. Quand il a achevé sa maison, il devient un homme jouisseur avec des idéaux différents. Il s'agit alors de profiter de sa construction, d'apprendre à jouir de la vie, à contempler son jardin et sa demeure ...
Des incohérences religieuses
Nous comprenons alors la dichotomie
entre l'idéal
préconisé par certaines spiritualités (nirvana,
béatitude, pureté, non désir, contemplation
etc.) et la capacité réelle de l'homme constructeur
à s'y soumettre*.
* heureusement, aucune religions n'en fait une obligation comme le ferait une dictature.
La nécessité de ne
pas mettre la charrue avant les bufs, semble
avoir été très bien perçue entre autre,
par le judaïsme. Pour cette religion en effet, le
temps messianique viendra après avoir fait ce que nous avons
à faire comme le dit Maimonide, et c'est par des actions concrètes
et non pas par l'idéal ascétique que se construit
l'humanité et qu'adviendra les temps messianiques ou cesseront
l'inimitié, les discordes, la tyrannie et le mal. Pour
le Maharal de Prague, l'unité du monde émerge peu
à peu et non en une seule fois.
Jusqu'à l'avènement
du Messie, le monde ne peut atteindre sa véritable unité
car cela serait en contradiction avec la loi fondamentale des choses,
à savoir, le développement graduel de chaque chose
vers sa perfection et l'unité réalisée.
Pour ce penseur la Rédemption ne résulte pas d'une intervention
miraculeuse, d'une puissance supérieure. Elle s'explique
par un processus immanent à la nature des choses, processus
conduisant inéluctablement vers la réalisation de
la perfection.
L'importance des sages
L'extase généralisée n'est pas pour tout de suite mais son expérimentation est fondamentale pour l'humanité. Les expériences
contemplatives et béates du christianisme de l'islam
ou du bouddhisme servent d'horizon à atteindre.
Elles évoquent la
finalité de l'esprit futur*
*les expérimentateurs de l'extase perpétuent la
flamme de ce concept.
Mais cette quête
doit encore rester dans la marginalité. Si l'ensemble humain sombrait aujourd'hui
dans la béatitude et la contemplation, l'humanité
ne pourrait techniquement* s'achever.
*condition fondamentale
pour permettre a l'ensemble humain futur de vivre pleinement sa
perfection psychique.
L'extase n'est donc encore qu'une recherche pour l'humanité. Ce qui nous permet de mesurer tout l'intérêt
de la diversité religieuse. Chaque religion, chaque spiritualité,
porte en elle en effet, une partie de
la réponse totale.
An 2000
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