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Le hasard

Philosophie d'un illusoire

bernard demiauxL'accident survenu devait survenir.

Le hasard n'est que la mesure de notre ignorance. H. Poincaré

Toutes les définitions du hasard se rapportent à nous même. Concours de circonstances imprévu et inexplicable (imprévu et inexplicable par nous même). Événement inattendu (inattendu par nous même).

Selon notre philosophie, le monde obéit à une destinée. Le hasard n'est donc qu'une apparence. Il nous sert à expliquer l'inexplicable.

Une quantité de choses dans la vie d'un être humain semble appartenir au hasard, mais est-ce bien le cas ?

L'exemple de l'accident

Prenons un exemple. Je décide d'aller faire une promenade en voiture .... 30 mn plus tard j'ai un accident. Avec ma 2cv je pulvérise le hummer d'un gouverneur américain en vacances sur la côte d'azur et qui vient de griller un feux. Il n'y a, fort heureusement, aucun blessé. Ce type de mésaventure nous l'attribuons en général au hasard, ou plus précisément à la contingence*.

*contingence : qui peut arriver ou non, qui n'est ni nécessaire ni impossible.

Autrement dit nous pensons de cet accident qu'il aurait pu ne jamais arriver. Nous avons du mal à admettre qu'il était programmé en quelques sorte. Qu'il est déterminé. Seulement, ce carambolage ne pouvait pas ne pas advenir. Pour qu'il n'arrive jamais, il fallait qu'une véritable possibilité de l'éviter m'eut été offert. Il aurait donc fallut qu'au moment de prendre chaque décision* m'entraînant vers l'accident, j'en connaisse les conséquences.

*sortir ou rester chez moi, choisir tel ou tel itinéraire, ralentir ou accélérer etc.

Seulement c'est impossible. Je ne pouvais pas savoir qu'il m'arriverait cet accrochage. Le simple fait d'ignorer notre futur, fait qu'à aucun moment, nous pouvons réellement choisir entre deux possibilités. Pour faire un véritable choix, il faudrait connaître à priori, toutes les répercussions futures de nos décisions immédiates.

Nous pouvons bien sur, choisir consciemment entre deux actions concernant l'immédiat. Je peux décider de boire ou de manger et anticiper la répercussion immédiate. L'étanchement de ma soif ou la satiété de ma faim. Mais au niveau des répercussions à long terme d'un acte immédiat, aucun choix n'est possible. il manque en effet, trois choses inexistantes pour le rendre possible et authentique : le don d'ubiquité, la connaissance du futur et le degré zéro de danger.

  1. Le don d'ubiquité nous est (encore) interdit. Il ne nous est pas permis d'être au même moment, à deux endroits différents.
  2. La connaissance du futur. Il est impossible de savoir avec précision ce qu'il va nous arriver dans le futur, qu'il soit proche ou lointain.
  3. L'inaccession au degré zéro de danger. Même s'il y a "une malchance sur 10 milliards" pour qu'un boulon de Boing m'arrive dans les 5 mn qui suivent au sommet du crâne et stoppe mon existence, cette "malchance" m'empêche de certifier ce futur. Je ne peux être sur de lui à 100 %.

Pour qu'il y ai un réel choix projeté, il me faudrait connaître en détail le résultat de toutes les décisions prises. C'est impossible, nous avons droit tout au plus, à des probabilités.

Des pulsions

D'autre part, beaucoup d'actions humaines, sont motivés par des pulsions et des passions. Celles-ci dépassent bien souvent notre conscience et notre volonté. Le choix est alors entièrement entre les mains de ces tendances. Il n'appartient plus du tout à la conscience et à la raison.

Donc, non seulement nous ne sommes pas maître de notre futur, mais il arrive nécessairement comme il doit arriver.
En conséquence de quoi : tout ce qui arrive, est déterminé.

 

Un seul choix possible,

l'autre est imaginaire

J'aurais pu, tu aurais pu ..

Il n’y a point d’absurdité qui n’ait été soutenue par quelque philosophe. Cicéron

Si j'avais su !!! Voila bien le type de phrases vaines et chimériques que nous employons souvent. Elle est imaginaire. En réalité, on ne pouvait jamais savoir.

D'un coté nous avons une possibilité imaginaire : si j'avais pris cette route je n'aurais pas eu d'accident, et de l'autre l'itinéraire réel m'ayant conduit à l'accident. Ce dernier était le seul choix possible dans la mesure ou je n'ai pas pu visualiser dés le départ ni en cours de route, ce qui allait se passer.

En réalité, quand nous entreprenons une action concernant le futur, nous n'avons aucun choix. Que l'on prenne tel ou tel itinéraire, une fois pris, il devient le seul itinéraire possible. Les autres n'existent pas. Notre esprit les imagines, les fait exister par des concepts du type :
- j'aurai pas du !
- si j'avais su !
.Autrement dit par des regrets, des remords, des reproches, des idées de chance ou malchance etc.

Ces concepts sont utiles à la construction de l'humanité mais ils sont de simples matériaux imaginaires et ponctuels.

Du temps et du libre arbitre

Notre capacité à concevoir le passé et l'avenir, est à l'origine du concept de temps et de libre-arbitre. L'animal est étranger à ces 2 notions.

L'homme constructeur à besoin de ces 2 éléments pour construire son monde. Ils s'aboliront d'eux-mêmes lorsque l'humanité aura atteint sa perfection. L'humain abouti vivra alors dans l'immédiat. Comme le préconisait Spinoza, il accueillera avec amour ce qui lui arrive. Sans attente ni regret. Sans remord ni illusion.

Si la période intermédiaire* est tellement impliquée dans les notions de temps, c'est qu'elles sont facteur de progrès. Et le progrès a pour vocation d'éliminer peu à peu les obstacles primates qui nous empêchent d'atteindre la béatitude (pulsions, dangers, quête de nourritures etc.)

*La période entre l'animal que nous étions et l'humain accompli à venir.

 

Des stoïciens à Spinoza

L'humanité vers sa sagesse

céramique de jean marc tonizzoAccepter le monde tel qu'il vient

Aucune religion au monde ne nous demande de croire à un aussi grand nombre de miracles que la philosophie du hasard ! Thierry Maulnier

Si l'on se soumet au destin on fait disparaître du coup le hasard.

Pour abolir de son esprit le concept de hasard, l'homme doit accepter ce qui lui arrive, ce qui arrive, n'ayant d'autre choix que d'arriver. Tout ce qui arrive, arrive justement écrit Marc Aurele. Si l'homme acceptait ce qui lui arrive comme devant arriver*, il accéderait à la sagesse et au bonheur suprême.

* il rejoindrait en cela l'état d'esprit grec qui nous enjoint d'aimer ce qui arrive, plutôt qu'espérer ce qui nous attend.

C'est ce que parvient à faire le sage, le nirvanien. La mecaniqueuniverselle pense que cet état d'esprit est l'avenir de l'humanité.

L'extase avale le hasard

Une fois la conscience globale de la société humaine arrivée à son sommet (la béatitude) la notion de hasard disparaît. Le béat, vide de toute tendance et de tout projet, se contente de savourer chaque instant dans la plénitude. Il se laisse porter par la puissance créatrice. Il n'a plus besoin de faire de choix. Plus besoin de références au passé. Il est ainsi exempt de remords. Le sage en ce sommet, se laisse guidé par son horloge biologique*

*boire manger dormir se mouvoir etc.

Dans l'état de béatitude, l'homme agit de façon idéale. Il est totalement géré par l'élan vital. Cette puissance régente parfaitement et sans défaillance les besoins organiques. L'élan vital gère le béat comme elle gère n'importe quel organisme simple vivant.

Évidemment cet état d'esprit dépourvu d'agressivité rend l'homme vulnérable. D'ou la logique du progrès dont le but est d'arriver au degré zéro de dangers.

an 2001

 

 

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aristote

La science du philosophe est celle de l'être en tant qu'être, pris universellement et non dans une de ses parties Aristote, métaphysique

 

 

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Mise à jour le 05/02/2012 - Paris
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