Du Fatalisme
Le nihilisme comme moteur
La toute puissance et l'action
La société humaine ne peut s'élaborer
autrement que comme elle s'élabore. Elle progresse grâce au sentiment d'être maître de ses actions. Cette impression d'autonomie est un dopant pour le progrès technique et social de l'humanité.
*à l'opposé du fatalisme et d'un certain nihilisme en découlant
Mais c'est également la source de l'orgueil forcené à l'origine d'un paquet de catastrophes. C'est la pépinière de l'antagonisme, de la violence et du rationalisme borné, générateurs des pires absurdités*.
*la marchandisation actuelle de l'humanité en est un parfait exemple.
L'honneur perdu du fatalisme
En théorie, le fatalisme serait la posture la plus logique dans un monde déterminé. Il conviendrait d'aimer le monde tel qu'il advient au lieu de le désirer à notre convenance, (comme le suggèrent les stoïciens). Seulement, l'humanité est encore à construire. Elle a donc encore besoin de progrès. Et le progrès réclame, par certains cotés, une opposition au fatalisme. Un certain rejet du monde tel qu'il est pour avoir l'énergie de le modifier.
L'idéal serait alors peut-être une sorte de fatalisme éclairé. Autrement dit comprendre et accepter la finalité de notre espèce et travailler consciemment à la réaliser.
Les fanfaronnades du marché
Évidemment, l'égotisme occidental obéit à une logique (même si celle-ci ne saute pas aux yeux).
C'est le cas par exemple, du monde industriel et marchand actuel. Sa conduite forcenée est en même temps un problème pour l'humanité et une aide à l'évolution. S'imaginant maître d'un monde sans dieu, le marché agit globalement avec le minimum de foi et de loi.
Sa faible moralité est parvenue à ré instaurer en quelques décennies, un nouvel esclavage. Il a ramené les pays émergents aux pitoyables conditions ouvrières de notre XIX eme siècle. Il abuse de l'humanité toute entière, pour augmenter des marges bénéficiaires proprement honteuses.
Cette attitude sourde et frénétique du marché, fait effectivement courir un danger à la planète toute entière. Elle maltraite une quantité considérable d'êtres humains et génère de graves problèmes qu'auront à résoudre nos descendants.
L'énergie du négatif
Mais l'humanité retire également sa substance du « négatif ». Les excès humains, enfantent et fédèrent des forces d'insurrection. Ils génèrent des oppositions aujourd'hui universelles, qu'il aurait été difficile de constituer sans cela. L'ONU, l'Unesco, le TPI, etc., sont nés en réaction de ce négatif. Des mouvements comme Attac et l'alter mondialisme, s'instituent aujourd'hui pour s'opposer au pire.
A sa façon, la surdité du marché contribue donc à l'universalisation de la société humaine. Elle oblige l'humanité à se réunir. Elle pousse les hommes à tisser des liens et des amitiés pour s'y opposer. Elle motive les réflexions pour trouver des alternatives.
L'égoïsme des uns, sert aussi de moteur à l'unité.
Même si la construction orgueilleuse et insensée du monde a un sens, même si cette évolution à tâtons et à court terme est inscrite dans une logique qui nous dépasse, la critique et la lutte sont également des nécessités. Elles font aussi partie de la destinée. Il nous faut donc critiquer les choses pour les faire évoluer.
D'ailleurs le progrès motivé par l'instinct (comme l'est celui du marché), me paraît aujourd'hui dépassé. Non seulement ce type d'évolution est humainement critiquable, mais il l'est également du point de vue pratique.
Il se dit en effet, en quête d'efficacité, mais l'est beaucoup moins que le progrès respectueux. Il est moins opérant qu'un progrès réalisé dans le calme, la mutualité, le respect, la conscience universelle. (C'est ce type d'évolution me semble-t-il, qui est souhaité par les mouvements, appelés à tord anti mondialiste).
an 2000
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