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  • conscience

L'investigation et l'observation, la philosophie et l'expérience ne doivent jamais se mépriser ni s'exclure mutuellement ; elles sont garanties l'une de l'autre. Clauzsevitz

De l'ETRE par l'étant (suite)

 

Tu n'auras pas plus besoin de négation que d'affirmation, car Celui dont l'etre est nécessaire est déjà affirmé avant que tu l'affirmes, et ce dont l'être est impossible est déjà néant avant que tu ne le nies.! Ahmad Al-Alawi (1869-1934), philosophe et mystique.

En exprimant le premier nom, qui est le sujet, par ehyé, et le second nom, qui lui sert d’attribut, par ce même mot ehyé, on a, pour ainsi dire, déclaré que le sujet est identiquement la même chose que l’atribut.Maïmonide (1135-1204), philosophe et medecin.

La conscience peut se concevoir sous un aspect double :

  1. l'organisation dynamique et personnelle de la vie psychique (l'objet conscient)
  2. la modalité de l'être psychique par quoi il s'institue comme sujet de sa connaissance et auteur de son propre monde (le sujet conscient).
  • La conscience pure qui a conscience des choses par elle-même, sans passer par le sujet (l'égo, le je, la personne). C'est la conscience incarnée et seul l'état de béatitude, d'extase, de nirvana permet de descendre à ce niveau d'unité.
  • Et, il y a le sujet conscient, (ce je, ce moi, cet égo, nous, l'homme dans tous les autres cas de figures autres que la béatitude), Cette conscience suggestive est extérieure à l'être profond.

Il y a donc d'un côté la conscience et de l'autre le sujet conscient.

Conscience et sujet conscient

Pour être conscient de soi, il faut dédoubler sa conscience Dans tous les moments de la vie ordinaire et active, c’est la conscience du sujet pensant qui a conscience des choses. Pour l'homme constructeur, conscient d'être telle ou telle personne, d'appartenir à telle ou telle société, à tel ou tel groupe, club, entreprise ou communauté, d'avoir telle ou telle relations, c'est le « moi » superficiel et stéréotypal qui a conscience des choses.

La personne en moi, le sujet descriptible que je suis, est conscient de ce qui se passe et il est conscient à travers tout un tas de stéréotypes et de définitions, inculqué par la culture, l'éducation, le langage ... (Je vois un arbre, c’est un chêne, il est grand, c’est le printemps, il fait beau temps ect etc ).

Tous ces états de conscience au lieu d'être ressentis sont conscientisés par le sujet, transformés et intellectualisés par le je.

De l'extérieur à l'intérieur

La quête de l'unité se joue dans la conscience La conscience de l'homme constructeur est en permanence extérieure à elle-même, elle n'est jamais tout à fait en prise pure avec l'immédiat.

Bien sur elle est consciente du réel et de l'immédiateté (seul moment temporel réellement connecté à la Vérité absolue des choses), mais cette immédiateté est constamment bombardé de brefs instants de conscience illusoire liés au passé, à l'avenir, à l'ailleurs.

Je suis au calme sur mon balcon, je contemple les arbres devant moi en écoutant les sons communs de la nature. Tout est là pour m'offrir l'extase, la béatitude, pour immerger ma conscience dans le vide et l'immédiat.

Seulement, la relation directe entre mes sensations pures et la beauté de la nature, est en permanence parasité par d'imperceptibles activités cérébrales. Ces activités incessantes et presque subliminales de l'esprit, mélange de vigilance, de controle, de souvenir, de projets, de désirs, d'inquiétudes, de sensations variables ... , empêche ma conscience d'être en contact pur avec ce que je sens? entends et vois et ce sont ces activité parasitaires que les sages parviennent à éteindre à travers l'ascêse, la concentration, la méditation.

Le bonheur sans soucis, la détente de l'esprit, la tranquilité que je ressens sur mon balcon face à la nature, pourrait se confondre avec l'état d'extase et de contemplation, avec l'état d'ataraxie, de béatitude, de joie ou d'éveil dont parlent les expérimentateurs mystiques.

Mais ce n'est pas le cas.

Les instants de bonheur, de joie, de quiétude et de sérénité que je ressens parfois dans l'état normal lorsque je m'accorde une bonne détente, n'ont rien à voir avec le bonheur, la joie, la quiétude, la sérénité IMPERTURBABLE de l'extatique.

A la différence de l'impassible détente extatique, ma détente est superficielle et mal accrochée. Au plus petit craquement de branche, au moindre mouvement dans les feuillages, à la moindre traversé d'un souvenir, d'un dessein, d'un désir ou d'une envie, ma conscience quitte l'immédiat et mon esprit met en branle sa mécanique de réflexion, d'inquisition, de questionnement, de supposition, en aspirant avec elle toutes les bonnes sensations générées par l'esprit véritablement vide.

Je quittais le mât sur lequel j'étais assis écrit Chateaubriand dans ses Memoires d'outre-tombe, je remontais le Penfeld, qui se jette dans le port ; j'arrivais à un coude où ce port disparaissait. Là, ne voyant plus rien qu'une vallée tourbeuse, mais entendant encore le murmure confus de la mer et la voix des hommes, je me couchais au bord de la petite rivière. Tantôt regardant couler l'eau, tantôt suivant des yeux le vol de la corneille marine, jouissant du silence autour de moi, ou prêtant l'oreille aux coups de marteau du calfat, je tombais dans la plus profonde rêverie. Au milieu de cette rêverie, si le vent m'apportait le son du canon d'un vaisseau qui mettait à la voile, je tressaillais et des larmes mouillaient mes yeux.

Non seulement la conscience de l'homme constructeur, de l'homme normal, c'est à dire de l'homme dans tous les états hors extase, est incapable de rester longtemps dans le vide et l'immédiat (elle est constamment parcouru de remémorations, de projections, d'atentions ... ), mais son corps non plus, ne peut tenir longtemps en place, il demande rapidement d'agir, de s'exprimer, de créer, finalement de construire.

C'est au prix d'efforts sur-humain, ou plus précisément, d'efforts sur-homme-constructeur (pour garder les termes employés ici), que l'ascête parvient à maîtriser les mouvements indépendants de son corps et de son esprit pour rester en position méditative, l'esprit vide, sans désir, la vigilance animale remplacée par l'éveil au vide, à l'éveil absolue de la conscience vide.

Etre détendu et heureux, pleinement conscient de ce bonheur et de cette détente, ressentir les parfums de la nature ou le vent chaud sur son corps, vivre une certaine forme de bonheur, la plupart d'entre nous l'expérimentons de temps en temps, lorsque les contingences de l'action libèrent un moment nos existences du forcené et de l'inconscience, n'a rien à voir avec l'éveil ou la vacuité dont parle l'indouisme et le bouddhisme.

Il s'agit de deux états de conscience différents.

  • L'un est une ligne directe entre les sens et le monde. Je vois, j'entends, je sens, sans qu'il s'intercale entre ces sensation et les choses, de jugements, de souvenirs, d'idées, d'émotions variables, de variations quelconques. Cette conscience nous la disons ici objective dans la mesure ou c'est l'objet-conscience vide qui ressent sans les modifier, le monde et les choses qu'il contient
  • L'autre, pose sur cette conscience basique, infrasonore, tout ce qui constitue mon individualité, c'est à dire mon passé et mon avenir, mes désirs, mes idées, mes préférences, mes jugements, mes craintes etc., et les sensations que toutes ces facultées font varier dans mon corps brouillant l'immédiat et transformant ma conscience objective en conscience subjective.

La conscience extatique, la conscience du béat, de l'éveillé, du nirvanien, n'est pas parasité par les mouvements de l'esprit. Toute activité subjective est éteinte dans la béatitude. L'extatique devient donc l'émanation de son être profond, de l'Etre finalement, puisqu'il y a extinction de l'étant.


L'évolution de la conscience humaine correspond à la lente montée de la conscience subjective vers la conscience objective, du je au nous, de l'extérieur à l'intérieur.
Accéder à la conscience pure et objective, n’est pas dans les cordes de l'homme constructeur. Elle exige trop d'efforts pour notre constitution cérébrale actuelle.
Cela fait partie de la logique de notre évolution.
En effet, élaborer le monde, nécessite un regard extérieur et subjectif sur celui-ci. Il faut pouvoir mesurer, juger, analyser, penser, comparer et égocentriser les choses, car ce sont ces facultés qui nous poussent à agir.
La stucture cérébrale de l'homme constructeur n'est pas formée pour qu'il accède facilement à sa conscience pure mais il élabore celle-ci pour les humains aboutis futurs qui vivront eux dans cette configuration psychique supérieure, c'est-à-dire dans la sérénité, la joie, la quiétude et la contemplation. .

Approfondissons cette idée de dualité à travers l'extrait du livre la conscience morale de G. Madinier aux presses universitaires de France.
La philosophie de Jean-Paul Sartre souligne avec force un aspect de la conscience sur lequel nous voudrions, nous aussi, mettre l'accent. Beaucoup de philosophes voit en elle une plénitude de l'être, c'est là, nous dit Sartre, une vue inexacte. La conscience se définit comme présence à soi, mais elle est, par le fait même, non coïncidence avec soi, car le sujet pour être présent à soi doit se séparer de soi ; il n'est pas pleinement ce qu'il est, et il veut se faire être ce qu'il n'est pas.

En effet, pour que l'être soit dans la plénitude de lui-même, il faut qu'il se vive et non pas qu'il se pense, s'il se pense ou s'il s'observe, il est extérieur a sa conscience, il est double, il y a un être et un sujet pensant ou observant, et c'est ce sujet extérieur dans ce cas-là qui ressent à la place de l'être et non pas l’être qui ressent.

Le sujet ressent les sensations du sujet, de la personne, « moi, je ressens tel ou tel chose, à travers tout mon pathos qui surcharge mon véritable ressenti ». Le sujet perçoit les choses à travers son égo et son moi, qui sont extérieurs à l'être, extérieurs à la conscience objective et pure
Tant que c'est le sujet qui observe, perçoit ou commente ce qu'il ressent, il ressent l'observation ou le commentaire de la sensation, mais pas la sensation pure.

La véritable plénitude de l'être se vit sans se penser ni se subjectiviser, l'être devient cette conscience absolue.
C'est la béatitude, le nirvana, l'extase, c'est l'être en soi qui se ressent, c'est pourquoi, dans cette expérience, il y a dissolution de l'ego, du moi, c'est-à-dire du sujet, de la personne.

La conscience absolue écarte également tout ce qui est ressenti à travers nos pulsions, nos désirs et nos tendances, car toutes ces facultés appartiennent aussi au moi, à l'ego, au sujet.

Cest pourquoi il est très difficile à l'homme constructeur d'atteindre cet état de conscience absolue. Il doit en effet cesser de penser, de projeter, de se considérer à travers toutes les caractéristiques du sujet, il doit également cesser de réagir et de désirer ... Nous retrouvons bien là tout le travail de l'ascète.

A la lumière de ce qui vient d'être dit au-dessus nous pouvons résumer les choses ainsi : le moi imparfait correspond à la conscience individuelle. Les choses sont alors vues à travers des milliers d'étiquettes et de stéréotypes superficiels et trompeurs. Quant au moi parfait, il correspond à une vision des choses déliée du sujet et de tous ces stéréotypes, c'est la conscience pure des choses et plutôt que des choses nous devrions dire de la chose dans la mesure où lorsque les choses sont vidées de toutes leurs étiquettes et de tous leurs attributs subjectifs, il ne reste d'elles que leur essence, leur intimité absolue, intimité identique à toutes choses.

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Saint Thomas à propos de notre cpacité à connaitre Dieu (l'ETRE), (extrait de la somme théologique)

ARTICLE 1 : Un intellect créé peut-il voir l'essence divine ?
Objections : 1. Il semble qu'aucun intellect créé ne peut voir Dieu dans son essence. En effet, Chrysostome commentant ces mots (Jn 1, 18) : « Dieu, personne ne l'a jamais vu », s'exprime ainsi : « Ce qu'est Dieu lui-même, non seulement les prophètes ; mais ni les anges mêmes, ni les archanges ne l'ont vu. Car, ce qui est d'une nature créée, comment pourrait-il voir ce qui est incréé ? » A son tour, Denys, parlant de Dieu, écrit : « ni la sensibilité ne l'atteint, ni l'imagination, ni l'opinion, ni la raison, ni la science. »
2. Tout ce qui est infini, en tant que tel, est inconnu. Or Dieu est infini, comme on l'a fait voir. Donc, en lui-même, il est inconnu.
3. L'intellect créé ne peut connaître que ce qui existe ; car ce qui tombe en premier sous les prises de l'intellect, c'est l'étant Mais Dieu n'est pas un existant ; il est au-dessus des existants, comme l'affirme Denys. Il n'est donc pas intelligible, mais dépasse toute intelligence.
4. Entre le connaissant et le connu, il doit y avoir quelque proportion, puisque le connu est l'acte du connaissant. Or, il n'y a nulle proportion entre l'intellect créé et Dieu ; une infinie distance les sépare. Donc l'intellect créé ne peut voir l'essence de Dieu.
En sens contraire, on lit dans la 1° épître de Jean (3, 2) : « Nous le verrons tel qu'il est. »
Réponse : Tout objet est connaissable dans la mesure où il est en acte. Dieu qui est acte pur sans aucun mélange de puissance est donc en soi le plus connaissable des objets. Mais ce qui est le plus connaissable en soi n'est pas connaissable pour une intelligence que cet intelligible dépasse ; ainsi le soleil, bien que le plus visible des objets, ne peut être vu par l'oiseau de nuit en raison de l'excès de sa lumière. En raison de quoi, certains ont prétendu que nul intellect créé ne peut voir l'essence divine.
Mais cette position n'est pas admissible. En effet, comme la béatitude dernière de l'homme consiste dans sa plus haute opération, qui est l'opération intellectuelle, si l'intellect créé ne peut jamais voir l'essence de Dieu, de deux choses l'une : ou il n'obtiendra jamais la béatitude, ou sa béatitude consistera en une autre fin que Dieu, ce qui est étranger à la foi. La perfection dernière de la créature raisonnable, en effet, est en cela qui est pour elle le principe de son être, parce que toute chose est parfaite dans la mesure où elle rejoint son principe. Et cette opinion est étrangère aussi à la raison ; en effet, l'homme a le désir naturel, quand il voit un effet, d'en connaître la cause, et c'est de là que naît chez les hommes l'admiration. Si donc l'intelligence de la créature raisonnable ne peut pas rejoindre la cause suprême des choses, un désir de nature demeurera vain. Il faut donc reconnaître absolument que les bienheureux voient l'essence de Dieu.
Solutions : 1. Les deux autorités qu'on invoque parlent de la vision compréhensive. Aussi Denys fait-il précéder les paroles alléguées par ces mots : « Pour tous, universellement, il ne saurait être embrassé, et ni la sensibilité ... » De même Chrysostome, après le texte cité écrit : « Jean appelle ici vision la très certaine connaissance et la compréhension du Père, telle que le Père la possède a l'égard du Fils. »
2. L'infini qui provient de la matière non déterminée par la forme est de soi inconnu. Car on ne connaît un étant que par sa forme. Mais l'infini qui provient de ce que la forme n'est pas contractée par une matière est de soi le plus connu. Or c'est ainsi que Dieu est infini, et non dans le premier sens, ainsi qu'on l'a établie.
3. Quand on dit que Dieu n'est pas un existant, cela ne signifie pas qu'il n'existe en aucune manière, mais qu'il est au-dessus de tout existant, étant lui-même son être. Il ne s'ensuit donc pas qu'il ne puisse être connu d'aucune manière, mais seulement qu'il dépasse toute connaissance, c'est-à-dire ne peut être embrassé par aucun intellect créé.
4. Proportion se dit en deux sens : d'une part pour exprimer un rapport quantitatif ; ainsi le double, le triple, ou l'égal sont des espèces de proportions ; d'autre part, toute relation d'un terme à un autre est appelée proportion. En ce sens, il peut y avoir proportion de la créature à Dieu, car elle est avec lui dans la relation d'effet à cause et de puissance à acte. L'intellect créé peut ainsi être proportionné à Dieu pour le connaître.

 

 

Le Seigneur est miséricordieux ; mon âme le sait, mais il n’est pas possible de décrire cela avec des mots ... Il est infiniment doux et humble et si l’âme le voit, elle se transforme en lui, devient tout amour pour le prochain, elle devient elle-même douce et humble St Silouane l'Athonite (1866 - 1938), Moine, ermite

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Mise à jour le 15/03/2010 - Paris
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