De Dieu à l'homme
Conscience de l'être à l'étant
La philosophie, entre science et religion
Qu'est-ce que prouver ? C'est ramener une affirmation douteuse,
par un raisonnement tenu pour valable, à une affirmation
tenue pour certaine. A. Lalande
Le fondement de toute les religions* c'est le divin, l'immatériel, l'être. Le fondement de toutes les sciences, c'est le phénomène, le terrien, l'étant. La philosophie fait le lien entre les deux.
* de toute les mystiques et les grandes spiritualités,
Née de la mystique et de la science,
la philosophie cherche à réunir l'être et l'étant. Elle entend rassembler
le scientifique et le religieux, de façon pragmatique.
Les pré-socratiques* sont les premiers
penseurs considérés comme philosophes par l'histoire de la philosophie occidentale.
*La période pré-socratique d'étend du VIIe au IVe siècle et va des milésiens jusqu'aux sophistes
Leurs recherches mélangent l'ésotérique et le scientifique. Une combinaison qui confirme leur position centrale entre le mystique, le mythique
et la recherche pragmatique.
En somme, la première philosophie
a le cœur dans le religieux
et l'esprit dans la logique.
Orphisme, Pythagorisme
En relation avec l'extase
Philosophie grecque et hindouisme
Quand elle est vraiment personnelle et
jaillie des origines, la prière se trouve à la limite
de la pensée philosophique, elle devient philosophie dans
l'instant où s'abolit toute relation intéressée
avec la divinité.” Karl Jaspers
Des rencontres entre l'hindouisme et le monde archaïque grec, se sont-elles produites ? Apparemment, les historiens l'ignore. A mon sens, ce type de télescopage a pourtant du existé. L'histoire du cyclope dans les aventures d'Ulysse, en est selon moi une preuve. Cette créature fantastique me semble représenter la figure de l'hindou avec son 3e oeil symbolique. Quelques aventuriers grecs sont peut-être parvenus au bord de ce monde indien. Trop impressionnés par ces étranges personnages, ils l'ont peut-être observé de l'extérieur. Ils en ont ramené des souvenirs dans une Grèce primitive encore loin de la philosophie. Cette image est ensuite passée dans la mythologie*.
*
Pour démontrer cette proposition, il faudrait pouvoir comparer la stature des Grecs archaïques avec la stature des Indiens de la même période. peut-être la différence de grandeur a-t-elle donné dans le mythe l'image du géant.
Si ce lien existe, il n'est pas absurde de penser que les expériences d'extase, depuis longtemps pratiquées en Inde, aient pu voyager jusqu'en Grèce présocratique. Cela expliquerait l'origine des courants religieux comme l'orphisme et le pythagorisme pratiquant des formes d'extase.
*
L'orphisme partage également avec l'hindouisme les concepts de réincarnation et de métempsycose
Les présocratiques et l'extase
D'ailleurs, la lecture de Thalès de Millet, d'Anaximandre, de Pythagore, d'Héraclite, de Parménide, de Démocrite, d'Anaxagore ou d'Empédocle, me paraît éloquente.
La plupart de ces
premiers philosophes me semble-t-il, ont été initiés aux expériences d'extase. La transcendance transpire de la plupart de leurs écrits.
« Les
cavales qui m'entraînent
sur les routes fameuses de la divinité » Parménide.
Dieu ou les Dieux choisissent qui ils
veulent parmi les mortels. Alors, celui qui reçoit la Salutation divine, se dresse
et les mots sortent seuls de sa bouche car ils ne sont plus de
lui. « dis leur : je suis le fils de la terre et du ciel étoilé - Ma race est céleste, vous le savez aussi » (Orphée).
Ces premiers penseurs sont autant mystiques
que philosophes. C'est pourtant la philosophie qui les a accueillis dans son giron et avec raison. En effet, si ces pré-socratiques
ont avec les purs spirituels de grandes similitudes, ils partagent également
de profondes différences.
1/ Le religieux
A partir de la même expérience extatique,
le religieux, convaincu que le divin est intraduisible
rationnellement,
se contente de préconiser l'expérience sensitive et
d'expliquer comment y parvenir (le bouddha par
exemple).
2/ Le philosophe
L'esprit philosophique, au contraire, va tenter de percer rationnellement
les mystères de l'être et dans le but de convaincre le monde de sa réalité.
Histoire simpliste de la philosophie
La prof de l'humanité
Le philosophe est un précepteur
Qu'y a-t-il de plus sage ? Le nombre, et après lui, celui
qui a donné leur nom aux choses. Pythagore
Le poème
de Parménide par
exemple, s'apparente encore par sa forme poétique et
métaphorique,
aux écrits ésotériques et sacrés*.
*
à la Kabbale, à la bible ou aux Upanishad
Mais il porte déjà, de
façon embryonnaire certes, le désir d'analyse et le besoin
de comprendre. Il a l'intention de démontrer l'indémontrable. Il voudrait faire en somme, la preuve mathématique et
scientifique de l'être
pour l'humanité.
Cette qualité nouvelle des pré-socratiques,
va constituer le socle originel de la philosophie. Elle marquera sa
véritable distinction d'avec la mystique.
A partir de cette rupture primitive, la philosophie va entreprendre
une grande ascension. Une ascension vers les sommets du cœur de l'être.
Cette quête, digne de don quichotte, comprend 2
phases bien distinctes : avant Kant et après Kant.
Avant Kant
Dans la première partie de l'histoire de la philosophie
(de Platon jusqu'à Kant),
les penseurs vont s'efforcer de prouver l'être, en s'appuyant sur l'être lui-même.
Autrement dit, on veut prouver
Dieu en posant Dieu comme point de départ.
Cette tentative de justifier Dieu par Dieu lui-même, est dite ontologique (on dit aussi psycho-théologique
ou cosmologique).
« Dieu possède toutes les perfections ; or l'existence
est une perfection, donc Dieu existe» Saint
Anselme (voir à droite).
« Les athées ne peuvent
prouver que Dieu n'existe ! » « Rien ne
prouve que Dieu n'existe » « Si Dieu
n'existait il serait imparfait, or Dieu est parfait ... donc
il existe » (Descartes).
En réfléchissant honnêtement à l'ordre
de la vie, et au fait de l'être, d'une façon métaphysique,
l'intelligence est obligée de reconnaître l'existence
d'un être supérieur, ce qu'on appelle Dieu.
Qui a fait l'homme pensant ?
Regardez la nature, elle est si belle.
Il faut bien qu'elle ait un créateur.
Voici un cours extrait tiré du proslogion de Saint
Anselme et caractéristique de cette
tentative de prouver l'existence de Dieu :
Ainsi Seigneur, toi qui donnes
l'intelligence à la
foi, accorde-moi de comprendre, autant que tu le trouves bon, que
tu es, comme nous le croyons, et que tu es tel que nous le croyons.
Or, nous croyons que tu es quelque chose dont on ne peut rien concevoir
de plus, grand. Est-ce qu'une nature pareille n'existe pas, parce
que l'insensé a dit dans son cœur : Dieu n'est pas
(,Psaum., XIII, 1) ? Mais certainement ce même insensé,
lorsqu'il entend ce que je dis : quelque chose dont on ne
peut concevoir de plus grand, comprend ce qu'il entend, et
ce qu'il comprend, est dans son intelligence, même s'il ne
comprend pas que cela existe. En effet, avoir, une chose dans la
pensée est diffèrent de comprendre que
cette chose existe. Ainsi, lorsque le peintre réfléchit
au [tableau] qu'il va faire, il l'a dans la pensée ; mais
il ne pense pas encore qu'il existe, parce qu'il ne l'a pas, encore
fait. Mais lorsqu'il l'a déjà peint, il l'a dans
l'intelligence et comprend aussi que ce qu'il a fait existe. Or,
l'insensé lui-même doit convenir qu'il y a dans
l'intelligence quelque chose dont on ne peut rien concevoir de
plus grand, parce que lorsqu'il entend [cette expression], il la
comprend, et tout ce que l'on comprend est dans l'intelligence.
Et certainement ce dont on ne peut rien concevoir de plus grand
ne peut être dans l'intellect seul. En effet, s'il n'était
que dans l'intelligence, on aurait pu penser qu'il soit aussi,
en réalité : ce qui est plus. Or, si l'être
dont on ne peut concevoir de plus grand est dans l'intelligence
seule, cette même entité, dont on ne peut rien concevoir
de plus grand, est quelque chose dont on peut concevoir quelque
chose de plus grand : mais certainement ceci est impossible. Par
conséquent, il n'y a aucun doute que quelque chose dont
on ne peut rien concevoir de plus grand existe et dans l'intelligence
et dans la réalité.
St Anselme Proslogion
Et un autre de Saint Thomas d'Aquin
Il faut dire sans aucune réserve que Dieu n'est un corps.
[ ... ] De ce que Dieu est individué, il ne suit donc nullement
qu'il aurait une matière. [ ... ] Il est manifeste que Dieu n'est dans le genre substance.
[ ... ] Mais Dieu n'est une mesure proportionnée à quoi
que ce soit. [..] Il ne s'ensuit que ce qui est accident en nous le soit
aussi en Dieu.
Saint thomas d'Aquin somme théologique
A partir de Kant
Dans la 2ème partie de son histoire (à partir
de Kant), la philosophie va
changer de méthode. Elle ambitionnera d'expliquer dieu en "négatif" en quelque sorte, en inversant
le point de départ de sa réflexion. Le philosophe s'efforcera alors d'éclairer
l'ensemble du monde phénoménal. Le but étant de séparer l'irrationnel du rationnel, l'inconnaissable du connaissable.
Les penseurs vont alors limiter leurs investigations à «
l'étant », à la réalité matérielle,
au phénomène. Nous entrons alors, comme son nom l'indique, dans l'ère
de la phénoménologie.
Prises indépendamment, aucune des deux façons
n'est satisfaisantes.
La preuve ontologique
La preuve ontologique est remarquablement subtile et montre toute l'intelligence des philosophes l'ayant utilisé. Mais elle s'édifie
sur une notion gazeuse
(Dieu) à partir de laquelle il est impossible de bâtir
du solide.
Saint Thomas à propos de notre capacité
à connaître Dieu (l'ETRE) (extrait de la somme
théologique)
ARTICLE 1 : Un intellect créé peut-il voir l'essence
divine ?
Objections : 1. Il semble qu'aucun intellect créé
ne peut voir Dieu dans son essence. En effet, Chrysostome commentant
ces mots (Jn 1, 18) : « Dieu, personne ne l'a jamais vu »,
s'exprime ainsi : « Ce qu'est Dieu lui-même, non seulement
les prophètes ; mais ni les anges mêmes, ni les archanges
ne l'ont vu. Car, ce qui est d'une nature créée, comment
pourrait-il voir ce qui est incréé ? » A son
tour, Denys, parlant de Dieu, écrit : « ni la sensibilité
ne l'atteint, ni l'imagination, ni l'opinion, ni la raison, ni la
science. »
2. Tout ce qui est infini, en tant que tel, est inconnu. Or Dieu
est infini, comme on l'a fait voir. Donc, en lui-même, il
est inconnu.
3. L'intellect créé ne peut connaître que ce
qui existe ; car ce qui tombe en premier sous les prises de l'intellect,
c'est l'étant Mais Dieu n'est pas un existant ; il est au-dessus
des existants, comme l'affirme Denys. Il n'est donc pas intelligible,
mais dépasse toute intelligence.
La preuve phénoménologique
La preuve phénoménologique pense
asseoir ses déductions sur un monde solide. Un monde réel
et sûr : le monde matériel. Mais la physique contemporaine nous démontre au contraire que la matière est instable et illusoire.
Pour la plupart des physiciens actuels en effet, elle se réduit au final, à une simple démonstration mathématique.
Elle n'a plus rien de tangible.
La matière est ainsi
incapable d'éclairer la vérité sous
sa forme absolue.
Incapable de se prouver elle même. La meilleure façon de prouver Dieu en sommes, serait la mienne* ..
*non non, je déconne !!
Écrit entre 1999 et 2001
dualisme/monisme > |