Les chapitres précédents nous ont permis d'établir
les grandes bases de notre philosophie, à savoir :
L'homme est issu du monde animal.
Il s'en détache progressivement en travaillant trois points
fondamentaux :
L'extinction progressive de certaines de ses pulsions primates l'obligeant à s'affirmer aux dépens
de ses congénères.
La gestion progressive de
son environnement, vers son idéal.
Et le solutionnement progressif de ses questionnements.
Par cet énorme travail d'humanisation, la société humaine et l'esprit
humain évoluent peu à peu vers leur perfection.
J'entends par PERFECTION de l'esprit, l'accès facile de celui-ci à : « l' EXTASE ».
J'entends par extase, un état de plénitude physique et psychique, un état d'amour et de conscience absolu. l'extase est équivalent à la béatitude, au Nirvana, à l'épokhê, à l'éveil ... C'est la mise en relation directe de l'homme avec le « principe
créateur ».
J'entends par principe créateur, un principe incorporel, éternel sans début ni fin, ce
que les spiritualités nomment : Brahman, Dieu, Bouddha.
J'entends par « principe créateur »
(Dieu) une puissance présente dans la matière
sous forme immatérielle (quarks, neutrinos, bosons). Autrement
dit, Dieu est dans TOUT.
Conscience et extase
Rien ne dompte la conscience de l'homme, car la conscience de l'homme c'est la pensée de Dieu. Victor Hugo
Par-delà le fait qu'il y ait plusieurs niveaux de conscience, et ce sera le thème principal de ce chapitre consacré à cette étrange faculté, être conscient c'est tout d'abord être en vie.
En ce sens nous sommes d'accord avec l'évidence à laquelle Descartes aboutit en partant de son cogito lorsqu'il affirme : « je pense donc je suis ».
Mais cette définition est incomplète dans la mesure où il n'est pas besoin de penser, de réfléchir, de créer, pour être.
Voir, apercevoir, ressentir, contempler, avoir l'intuition d'être en vie, sont également des états de conscience.
Sous cette définition, être conscient équivaut donc tout simplement à l'ensemble des moments de « l'être en vie ».
A partir de là, nous pouvons définir deux grandes formes de conscience.
Une conscience active et pensante , conscience intentionnelle, consciente de quelque chose, conscience qui vise comme l'exprime Descartes à travers son cogito et Edmond Husserl dans sa phénoménologie.
Et une conscience totalement passive, rattachée à la vie elle-même et dés l'origine, dès la mise en service des sens (ouïe, odorat, vue, toucher) une conscience mêlée à la chair et à l'énergie vitale et sur sur le fond de laquelle l'homme n'a aucun pouvoir tant qu'il est en vie.
Cette dernière forme de conscience, totalement passive, va s'avérer très important pour notre philosophie.
En effet, c'est à partir de cet état de conscience « contemplative », autrement dit dans une épokhê complètement réalisé (la suspension totale de tout jugement et de toute intentionnalité) que l'individu, selon nous, se retrouve au contact le plus vrai avec les choses.
Pour atteindre donc l'essence de la conscience, nous devons non seulement dépasser l'épokhê pratiquée par Descartes et jugée à juste titre par Husserl insuffisant et parcellaire, mais également l'épokhê phénoménologique dont parle Husserl.
C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de suspendre tout jugement sur les choses, à partir d'une posture scientifique ou philosophique pour parvenir à la conscience la plus vraie de ces choses. Il est également nécessaire d'éteindre, en quelque sorte la posture scientifique, l'intention scientifique ou philosophique, pour réaliser l'épokhê véritable, autrement dit pour avoir la conscience la plus vraie des choses.
Se placer en tant que philosophe, scientifique, observateur ... autrement dit à partir de l'ego, entraîne déjà la conscience dans l'illusion. Tant qu'il subsiste de l'ego, il subsiste de la qualification de soi-même (être ceci ou cela) et des choses (ceci est ceci ou cela). Nous sommes alors dans une vision subjective des choses (ceci est une pipe ...) émise à partir d'une position humaine totalement illusoire (je suis un peintre, un philosophe, un scientifique ...) car en réalité ces qualifications : peintre, pipe, table, tableau, n'ont aucun sens au niveau de la création.
Autrement dit, la conscience en son sommet, est une conscience parfaitement vide de détermination (ou dans laquelle les déterminations sont subsidiaires, comme des ombres), c'est le nirvana des bouddhistes, l'extase des monothéismes.
Évidemment, à ce niveau de conscience, le terme de « conscience » perd lui-même toute signification.
L'individu ressent, vit, les choses à partir d'un esprit vide e établissant une relation directe entre l'énergie créatrice et la chair.
L'extatique ne se détermine pas à partir des qualités, des appartenances, des caractéristiques servant ordianairement à se définir, ni n'aperçoit ces superficialités dans le monde et les êtres qui l'entourent.
L'extatique est en relation avec sa propre essence et avec l'essence des choses. L'essence étant unique à toute chose, l'extatique se retrouve en harmonie absolue avec l'univers dans lequel il vit.
Voila pour la conscience en son sommet.
Seulement, cet état de conscience est particulièrement rarissime dans la période de l'humanité en construction. Sa généralisation concerne l'humanité future.
C'est pourquoi dans ce chapitre, nous étudierons plus particulièrement les divers états de conscience dans la vie ordinaire.
De la conscience primaire du prédateur face à sa proie, jusqu'à la conscience morale de l'individu totalement respectueux d'autrui.
Conscience ordinaire
On a conscience avant, on prend conscience après. Oscar Wilde
La question de la conscience est
sans doute un des problèmes
les plus complexes que la philosophie et la science ont à résoudre.
Pourtant
cette notion, de prime abord, paraît évidente.
Dans la vie courante, nous avons
en permanence la sensation d'être conscient de choses tout
à fait évidentes.
J'ai conscience d'être en vie, entouré
de choses dont il ne me semble pas possible de contester la
réalité : une table, des chaises, un fauteuil,
mes amis, etc. J'ai également conscience de vouloir faire telle
ou telle chose, de penser à demain,
de me souvenir d'hier, de ressentir des désirs, des sensations,
etc.
Le langage courant renforce en permanence
ces expériences
sensibles. Nous disons en effet : « Il faut avoir conscience
des autres », « ne pas se conduire inconsciemment », « prendre
conscience de ses responsabilités », etc.
Même lorsque nous dormons, une grande partie de ce sommeil
(celui où s'épanouissent nos rêves), nous donnent
encore la sensation et le sentiment d'être conscient.
Seule, la partie paradoxale du sommeil et certains accidents
cliniques, nous sortent de cet état permanent de conscience.
Et si je réfléchis à ces moment paradoxaux,
où je ne pense
justement plus à rien ou je
n'ai conscience
de rien, mon impression première serait
de dire que je ne suis « rien »,
que je n'existe pas.
Exister serait donc, avant tout, lié à la conscience. Nous « existerions »
uniquement quand nous avons conscience d'être.
Je suis la procession permanente de mes états de conscience
comme dirait Bergson.
« Je pense donc je suis » pour reprendre la célèbre
formule de Descartes.
Dans un premier temps, nous pourrions dire de la
conscience qu'elle est donc :
Le fondement
de l'être,
La frontière entre l'existence et la
non-existence,
Le révélateur de ce que nous appelons la
réalité,
Et le siège du moi.
Pourtant, dès que l'on plonge avec intensité dans
cet océan d'évidence, nous sommes rapidement confrontés à sa
volatilité.
En effet, la conscience est-elle la substance (la
matière grise) ou le résultat de cette substance (c'est-à-dire
la vision, le sentiment, la sensation, etc.) ? Est-elle une
construction exclusive du temps
et du changement ? Peut-elle exister dans l'immédiat permanent
et intemporel ? Est-elle porteuse de vérité comme
le pensait Bergson ou source d'illusions comme
le prétendait Spinoza ?
Selon moi, la conscience englobe tout cela à la
fois.
Elle prend racine dans la substance, pour
devenir sentiment, sensation ou idée.
Elle procure diverses niveaux de réalités en
fonction des pulsions, des tendances, des souvenirs, des
espoirs, des désirs etc., qui l'accompagnent.
La conscience s'étale sur plusieurs degrés d'intensité ou
de profondeur, allant de l'illusion
à la vérité.
Les consciences : instinctive, psychologique, introspective,
collective, phénoménologique,
(comme la voyait Husserl avec suspension du jugement), ou
conscience engendrée par l'EXTASE
offrent du monde extérieur des réalités différentes.
Hormis le dernier degré voué à l 'extase,
tous les autres niveaux procurent à l'individu
une parfaite ILLUSION des choses.
Au niveau de la temporalité, le lien qu'entretient la conscience
humaine avec celle-ci est relatif à l'histoire
de l'humanité.
Lorsque notre espèce en était encore au stade du
primate naturel, elle était inconsciente du temps tel que nous
le concevons aujourd'hui, (siècle, année, heure, minute, seconde,
etc.).
La période de l' « homme
constructeur dans laquelle nous nous trouvons,
a découvert le temps et l'utilise pour élaborer progressivement
toutes les structures matérielles de notre monde.
Une fois parvenu au stade ultime de notre évolution
(ce que j'appelle l'état de perfection), les notions
de temps seront devenues inutiles pour l'humain accompli puisqu'il
n'y aura plus rien à construire.
A ce moment-là, nous pourrons vivre
dans le pur
immédiat comme le primate naturel, mais cette
fois, un immédiat sans pulsion, sans désir, sans instinct,
équivalent à ce que nous appelons l'extase, la béatitude.
Les choses se passent comme si un immense courant
de conscience [ ... ] avait traversé la matière pour
lentraîner à lorganisation et pour faire
delle [ ... ] un instrument de liberté. » (LÉnergie
spirituelle ) Plus exactement, cest une supraconscience quil
convient de placer à lorigine de la vie et de son évolution,
car la conscience humaine individuelle, telle que nous lexpérimentons
ordinairement, nen est quune manifestation particulière,
limitée dans son ampleur et sa profondeur. Bergson