| Les philosophes : ils ne savent
pas comment excuser Dieu ; c'est pourquoi ou bien ils le nient,
ou bien ils le prouvent : ce qui revient au même. En effet
au lieu de chercher d'abord à le voir, ils commencent par
le concevoir. Jacques Rivière
Spiritualité et extase
Le vrai matérialiste, plus il descend dans la matière, plus il exalte la spiritualité. Geoges Braque
"Ne discutez pas les doctrines et les religions, elles sont une.
Toutes les rivières vont à l'océan.
La grande eau se fraie mille chemins le long des pentes.
Selon les races, les âges et les âmes, elle court dans des lits différents, mais c'est toujours la même eau." Ramakrishna
Insouciant, joyeux, contemplatif, naïf,
paisible, voici l'être béat.
Tous
les grands courants spirituels et philosophiques ont dépeint
dans divers écrits et sous différentes appellations
l'expérience extatique - que nous appelons ici pafois bonheur
absolu.
Certains la nomment béatitude, félicité,
d'autres ; ataraxie, épochè et d'autres encore ;
nirvana, splendeur, extase ...
Quand aux différentes techniques
proposées pour s'élever de façon volontaire vers
cet état sublime, elles sont toutes à peu près
équivalentes.
Le judaïsme
Pour atteindre la splendeur (zohar) un
des courants du judaïsme ; le hassidisme propose :
une ascèse vigilante et joyeuse (pour purifier l'âme),
le dépouillement, et l'humilité (anava) nécessaires
à la prière du coeur, à la concentration (kawana)
à l'adoration (aboda) à l'embrasement de
l'amour (nitlahavout) enfin au mystère et à
la consommation de l'union (debekut).
Le but est de décrire la vie intérieure de Dieu, les
itinéraires de l'homme en marche vers l'union mystique aïn
seuil indicible du non être.
La prière, la justice,
la pénitence réparent la brisure du péché
et permettent la rédemption venue du Dieu seul, la plénitude
du royaume sans frontières de l'amour.
La correspondance
entre dieu et l'homme est absolue. Extraits
du livre de la splendeur (sepher ha zohar)
L'hindouïsme
La voie du coeur dans la Bhakti hindou
conduit au même état et passe par les mêmes renoncements.
Si elle n'engage aucune qualification particulière
ce n'est pas qu'elle n'exige pas d'effort.
Lorsqu'ils sont tous rejetés, les désirs qu'il portait
en son coeur, alors le mortel devient immortel, des ici-bas il jouit
de brahman.
Purification et clarification du coeur. Un coeur trop alourdi par
les soucis et les anxiétés terrestres ne peut s'en
détacher, tandis qu'un coeur confiant s'élève
sans effort jusqu'à Dieu.
La Bhakti ne peut être utilisé pour satisfaire aucuns
désirs car elle est elle-même le frein de tous les
désirs.
Le christianisme
Même chose dans l'état d'oraison
du christianisme.
Dans l'expérience spirituelle de
la contemplation, le sujet éprouve de manière personnelle
et intime la présence de Dieu.
Pour que l'homme soit capable de Dieu, il
faut qu'il se désapproprie de lui-même.
La mort de l'amour propre, la purification des sens intérieurs,
l'abandon de la volonté constitue les principaux aspects
de ce chemin d'abnégation.
Le dépouillement de soi-même passe d'abord par l'abandon
de l'amour que l'on se porte, le renoncement à tous les besoins
de gratification sociale, affective et morale qu'éprouve
le moi.
Le bouddhisme
Idem pour le nirvana bouddhiste.
Le
but ultime du bouddhiste, fidèle à l'enseignement
fondamental du bouddhisme, est d'atteindre un état par nature
ineffable, indéfinissable, appelé Nirvana.
Ce terme signifie extinction. Il évoque la passion qui se
taît, le désir qui s'apaise, la soif qui s'épuise.
« L'anéantissement du désir, de la haine, de
l'erreur, voilà Ô ami ce qu'on appelle Nirvana »
le coeur du sage est comme un lac profond pur et immobile.
C'est la fusion du soi Atman dans le Tout, Brahman.
Pour celui qui se libère, l'agitation cesse.
L'agitation ayant cessée, le calme s'établit
le calme étant établi, il n'y a plus d'inclinaison.
L'inclinaison étant supprimée, il y a plus ni apparition
ni disparition. Cela étant, il n'y a plus ni mort ni renaissance.
Cela étant, il n'y a plus ni ici, ni au-delà ni rien
entre l'un et l'autre.
Ce n'est ni le néant ni la conscience, ni la non conscience.
L'Islam
Même chose en ce qui concerne la haqîqa
dans l'islam.
Pour l'islam, la troisième et ultime
étape de la vie spirituelle, conduit à la haqîqa,
à la vérité, et marque
la coïncidence des contraires, des opposés.
C'est le
domaine de l'union, de l'unicité, de la dissolution ou dilution
de l'humain dans le divin.
Le voyageur spirituel acquiert une humanité pour ainsi dire
angélique pour arriver enfin à une humanité
divinisée où il est dit que l'homme est annihilé
en dieu qui, seul subsiste.
Les attributs humains sont remplacés
par les attributs divins. Le chercheur devient ainsi l'objet de
sa quête. Il est lui-même le but.
Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu
n'est autre qu'Allah
Le Tao
La voie de la délivrance dans
le Tao réclame les mêmes conditions.
Pour accéder au salut, l'homme doit
se construire. Conjoindre étroitement esprit est corps, et
en outre réaliser l'unité de cet être humain
qu'il est une et qui est composé de forces multiples, divinités
diverses, pulsion vitale, passion, émotion, et surtout soi
originel qui constitue sa nature réelle et profonde.
Ce faisant, le corps raffiné et spiritualité devient
léger comme un oiseau et peut s'envoler au ciel.
La délivrance consiste à libérer l'esprit de
tous les concepts ainsi que de toute idée d'acquisition ou
de perte, au point qu'il n'y ait plus rien, pas même
l'absence de quelque chose que ce soit, ce qui constitue «
le vide véritable ».
Une voie vise à se libérer de tout trouble, ou attachement.
Une autre est dite de contemplation de sapience. Elle est comparable
à ce que le mysticisme chrétien appelle la grâce.
Ce désir humain de se réunir au divin nous, le retrouvons
également à travers toute l'histoire de la philosophie
en commençant par les Grecs où
il porte le nom d'eudaimonia.
Gérer un travail intérieur
qui permette d'atteindre l'ordre du divin, ce qui pour un courant
dont Platon et Aristote sont les représentants philosophiques,
est rendu possible par le fait que l'homme à une part divine,
l'intellect.
C'est à travers la contemplation que l'homme y parvient et
la contemplation suppose des conditions matérielles indispensables
: la santé, et de quoi satisfaire un minimum de besoin. Ces
besoins ne sont toutefois pas très important puisque la contemplation
est l'affaire du sage qui ne poursuit évidemment ni les richesses
ni le confort
Le désir est une tension douloureuse, un trouble de l'âme
d'ou l'idéal d'ataraxie absence de trouble, que vise le
sage qui cherche à atteindre l'état d'apathéia,
ou rien, aucun pathos, aucune preuve ne peut plus l'atteindre. Encyclopédie
des religions Bayard éditions.
Bossuet
«C'est donc là mon exercice, c'est
là ma vie, c'est là ma perfection et tout ensemble
ma béatitude, de connaître et d'aimer celui qui m'a
fait.
Par là je reconnais que tout néant que je
suis moi-même devant Dieu, je suis fait toutefois à son
image, puisque je trouve ma perfection et mon bonheur dans le même
objet que lui, c'est-à-dire dans lui-même, et dans
de semblables opérations, c'est-à-dire en connaissant
et en aimant».
Traité de la Connaissance de Dieu
et de soi-même.
Aldous Huxley à propos du saint
Le saint est un homme qui sait que chacun des instants de notre vie humaine est un instant de crise ; car nous sommes appelés à tout instant à prendre une décision de toute importance - à choisir entre le chemin qui mène à la mort et aux ténèbres spirituelles, et le chemin qui mène à la lumière et la vie; entre des intérêts exclusivement temporels et l'ordre éternel; entre notre volonté personnelle ou la volonté de quelque prolongement de notre personnalité, et la volonté de Dieu.
(...) Le but [de l'entraînement spirituel] est primordialement d'amener les êtres humains à un état dans lequel, parce qu'il n'y a plus, entre eux et la Réalité, d'obstacles qui éclipsent Dieu, ils soient capables d'avoir continuellement conscience du Fondement divin de leur être propre et de tous les autres êtres; et, d'une façon secondaire, comme moyen en vue de cette fin, même les plus insignifiantes, sans méchanceté, sans avidité, sans affirmation du moi ni ignorance volontaire, mais d'une façon cohérente, avec amour et compréhension. (...) Le but de l'entraînement spirituel est d'amener les gens à perdre leur moi dans toutes les circonstances de leur vie. (...)
Les saints, quelque imposants que soient leurs talents, et quelle que soit la nature de leurs activités professionnelles, sont tous et sans cesse préoccupés d'un seul objet - la Réalité spirituelle et les moyens par lesquels eux et leurs semblables peuvent parvenir à la connaissance unitive de cette Réalité. Quant à leurs actins, elles sont aussi monotonement uniformes que leurs pensées ; car, en toutes circonstances, ils se comportent en dépouillant leur moi, patiemment, et avec une charité infatigable.
(...) C'est en vertu de son absorption en Dieu, et précisément parce qu'il n'a pas identifié son être aux éléments innés et acquis de sa personnalité particulière, que le saint est en mesure d'exercer son influence entièrement non coercitive et, partant, entièrement bienfaisante sur les individus et même sur les sociétés entières. Ou, plus exactement, c'est parce qu'il s'est purgé du moi que la Réalité divine est en mesure de se servir de lui comme canal de grâce et de pouvoir.
(Extrait de La philosophie éternelle - philosophia perennis de Aldous Huxley, traduit de l'anglais par Jules Castier, 1948 chez Plon pour la première édition française, Editions du Seuil, point sagesse, 1997)
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