Les religions et l'extase
Dieu, l'homme et l'extase
Le bonheur absolu
Les philosophes : ils ne savent
pas comment excuser Dieu ; c'est pourquoi ou bilu len ils le nient,
ou bien ils le prouvent : ce qui revient au même. En effet
au lieu de chercher d'abord à le voir, ils commencent par
le concevoir. Jacques Rivière"
Ne discutez pas les doctrines et les religions, elles sont une.
Toutes les rivières vont à l'océan.
La grande eau se fraie mille chemins le long des pentes.
Selon les races, les âges et les âmes, elle court dans des lits différents, mais c'est toujours la même eau." Ramakrishna
Insouciant, dans la joie, contemplatif, naïf,
paisible, voici le béat.
L'humanité est vouée à atteindre sa perfection. Cette perfection, c'est la sagesse et l'extase. Telle est la base de notre philosophie.
Une expérience universelle
En divers écrits et sous diverses appellations,
les courants spirituels et philosophiques ont dépeint
l'expérience extatique.
Certains l'appellent Bhakti (l'hindouisme) devekout (le judaïsme) béatitude ou félicité (le christianisme). D'autres l'a nomment hâqiqa, fanâ (l'islam) nirvana ou éveil (le bouddhisme). D'autres encore, l'intitulent ataraxie, époché, splendeur, joie (Spinoza) ou souverain bien (Aristote)..
Tout ces termes, décrivent la même sensation psychique.
Une technique identique
Pour atteindre cet état, les religions proposent des techniques fondamentalement similaires. Prière et ascèse pour le christianisme. Méditation, éveil et ascèse pour le bouddhisme et le zen. Prière et récitation pour le judaïsme, le bouddhisme et l'islam. Etc.
Ces techniques ont le même but : conduire au renoncement, à l'anéantissement du moi et à la sublimation. Elles font toutes appel à la méditation, au contrôle du corps, au jeûne, ou au monachisme.
Le judaïsme
La splendeur dans le judaïsme, le Zohar
L'intention de s'unir physiquement avec Dieu, apparaît dés le départ du monothéisme. Elle est au centre des préoccupations de sa religion mère : le judaïsme.
Pour atteindre la splendeur (zohar) le hassidisme (un
des courants du judaïsme) propose :
une ascèse vigilante et joyeuse (pour purifier l'âme)
le dépouillement, et l'humilité (anava) nécessaires
à la prière du cÅ“ur, à la concentration (awana)
à l'adoration (aboda) à l'embrasement de
l'amour (nitlahavout) enfin au mystère et à
la consommation de l'union (devekut).
Le but est d'incarner la vie intérieure de Dieu. C'es l'itinéraire de l'homme en marche vers l'union mystique, aïn,
seuil indicible du non être.
La prière, la justice,
la pénitence réparent la brisure du péché.
Elles permettent la rédemption venue de Dieu seul. Elles ouvrent sur la plénitude
du royaume sans frontières de l'amour.
La correspondance
entre dieu et l'homme est absolue. Extraits
du livre de la splendeur (sepher ha zohar)
L'hindouïsme
La Bhakti dans l'hindouisme
La voie du cÅ“ur dans la Bhakti hindou conduit au même état et passe par les mêmes renoncements.
Si elle n'engage aucune qualification particulière
ce n'est pas qu'elle n'exige pas d'effort.
Lorsqu'ils sont tous rejetés, les désirs qu'il portait
en son cœur, alors le mortel devient immortel, des ici-bas il jouit
de brahman.
Purification et clarification du cœur. Un cœur trop alourdi par
les soucis et les anxiétés terrestres ne peut s'en
détacher, tandis qu'un cÅ“ur confiant s'élève
sans effort jusqu'à Dieu.
La Bhakti ne peut être utilisé pour satisfaire aucuns
désirs car elle est elle-même le frein de tous les
désirs.
En résumé, l'amour dans la voie rapide de haute perfection comme le dit Utpaladeva, « le grand trésor digne d'être protégé, accru et profondément vénéré ».
Il n'est pas seulement la source de la vie du mystique, mais encore sa fin, car Siva est amour et la bhakti trouve son achèvement dans le désir divin ( Icchasakti ) lorsqu'elle rejoint le Cœur universel et vibrant et se met à l'unisson de la pulsation cosmique (spanda).
Tout commence par un regard d'amour de Dieu; et à l'intérieur de Siva sans limites; le mouvement d'amour qui émane de Lui retourne à Lui. C'est en ce sens que l'amour est un don gratuit de la grâce : Siva prend l'initiative de la quête d'amour; il révèle d'abord sa présence vivifiante dans le cœur de l'homme et celui-ci ainsi sollicité, répond aussitôt à la grâce, en un élan spontané de tout son être, si la grâce est intense, ou bien avec lenteur, s'absorbant amoureusement en elle, si l'appel est plus doux.
Le christianisme
L'état d'oraison dans le chistianisme
Cette quête de l'absolu, se retrouve bien entendu au sein du christianisme. Elle fait partie des socles sur lesquels est construit cette grande religion.
Dans l'expérience spirituelle de
la contemplation, le sujet éprouve intimement et physiquement la présence de Dieu.
Pour que l'homme soit capable de Dieu, il
faut qu'il se désapproprie de lui-même.
La mort de l'amour propre, la purification des sens intérieurs,
l'abandon de la volonté constitue les principaux aspects
de ce chemin d'abnégation.
Le dépouillement de soi-même passe d'abord par l'abandon
de l'amour que l'on se porte, le renoncement à tous les besoins
de gratification sociale, affective et morale qu'éprouve
le moi.
Le bouddhisme
Le Nirvana bouddhiste
La quête de l'extase est également au centre du bouddhisme.
Le
but ultime du bouddhiste, fidèle à l'enseignement
fondamental du bouddhisme, est d'atteindre un état par nature
ineffable, indéfinissable, appelé nirvana.
Ce terme signifie extinction. Il évoque la passion qui se
tait, le désir qui s'apaise, la soif qui s'épuise.
« L'anéantissement du désir, de la haine, de
l'erreur, voilà Ô ami ce qu'on appelle nirvana »
le cœur du sage est comme un lac profond pur et immobile.
C'est la fusion du soi Atman dans le Tout, Brahman.
Pour celui qui se libère, l'agitation cesse.
L'agitation ayant cessée, le calme s'établit
le calme étant établi, il n'y a plus d'inclinaison.
L'inclinaison étant supprimée, il y a plus ni apparition
ni disparition. Cela étant, il n'y a plus ni mort ni renaissance.
Cela étant, il n'y a plus ni ici, ni au-delà ni rien
entre l'un et l'autre.
Ce n'est ni le néant ni la conscience, ni la non conscience.
L'Islam
La haqîqa, le fanâ, pour les musulmans
On trouve, bien évidemment, l'extase au cœur de l'islam. C'est la recherche principale du soufisme.
Pour cette grande religion, la troisième et ultime
étape de la vie spirituelle, conduit à la haqîqa,
à la vérité. Elle marque
la coïncidence des contraires, des opposés.
C'est le
domaine de l'union, de l'unicité, de la dissolution ou dilution
de l'humain dans le divin.
Le voyageur spirituel acquiert une humanité pour ainsi dire
angélique pour arriver enfin à une humanité
divinisée où il est dit que l'homme est annihilé
en dieu qui, seul subsiste.
Les attributs humains sont remplacés
par les attributs divins. Le chercheur devient ainsi l'objet de
sa quête. Il est lui-même le but.
Lorsque tu te connais, ton ego illusoire est enlevé et tu
n'es autre qu'Allah.
Le Taoïsme
La voie de la délivrance du tao
La voie de la délivrance dans le Tao, engendre le même état et induit les mêmes efforts.
Pour accéder au salut, l'homme doit
se construire. Conjoindre étroitement esprit est corps, et
en outre réaliser l'unité de cet être humain
qu'il est une et qui est composé de forces multiples, divinités
diverses, pulsion vitale, passion, émotion, et surtout soi
originel qui constitue sa nature réelle et profonde.
Ce faisant, le corps raffiné et spiritualité devient
léger comme un oiseau et peut s'envoler au ciel.
La délivrance consiste à libérer l'esprit de
tous les concepts ainsi que de toute idée d'acquisition ou
de perte, au point qu'il n'y ait plus rien, pas même
l'absence de quelque chose que ce soit, ce qui constitue «Â
le vide véritable ».
Une voie vise à se libérer de tout trouble, ou attachement.
Une autre est dite de contemplation de sapience. Elle est comparable
à ce que le mysticisme chrétien appelle la grâce.
Cette liste des grandes religions n'est pas exhaustive. On pourra la compléter d'autres courants comme le zen, le confucianisme, le shintoïsme, la foi baia etc.
La philosophie
Platon Aristote, l'ataraxie
Le désir de fusionner avec le divin, parcours aussi l'histoire de la philosophie. On le retrouve chez la plupart des présocratiques (de Pythagore à Parménide). Puis chez Platon et Aristote, où
il porte le nom d'eudaimonia.
Gérer un travail intérieur
qui permette d'atteindre l'ordre du divin, ce qui pour un courant
dont Platon et Aristote sont les représentants philosophiques,
est rendu possible par le fait que l'homme à une part divine,
l'intellect.
C'est à travers la contemplation que l'homme y parvient et
la contemplation suppose des conditions matérielles indispensables
: la santé, et de quoi satisfaire un minimum de besoin. Ces
besoins ne sont toutefois pas très important puisque la contemplation
est l'affaire du sage qui ne poursuit évidemment ni les richesses
ni le confort
Le désir est une tension douloureuse, un trouble de l'âme
d'ou l'idéal d'ataraxie absence de trouble, que vise le
sage qui cherche à atteindre l'état d'apathéia,
ou rien, aucun pathos, aucune preuve ne peut plus l'atteindre. Encyclopédie
des religions Bayard éditions.
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