Du plaisir au bonheur : l'évolution
L'homme est constitué pour agir. Philosophie de l'action
Le plaisir n'est pas un mal en soi, mais certains plaisirs apportent plus de peine que de plaisir Épicure
Pour assouvir son désir de plaisir, l'homme doit agir. En agissant, il construit son monde.
La quête de plaisirs, liée à nos pulsions, est un des plus grands moteurs de l'action humaine.
Malheureusement, ou fatalement, elle fait également parti des plus grands générateurs de violence et d'injustice.
Selon notre théorie, l'humanité est destinée à atteindre son seuil idéal de perfection. A force de travail et de réflexion, elle conduit ses structures (sociales, pratiques et éthiques) vers leur couronnement. Une fois parvenue à cette finalité, la paix universelle sera réalisée. L'homme ne sera plus, ni un loup, ni un maître pour l'homme.
L'action sera alors inutile et son moteur, le désir, aussi.
Le temps du bonheur, de la contemplation et de la sérénité, sera ainsi arrivé.
Autrement dit, quand le travail de construction
de l'humanité sera entièrement achevé, quand l'homme aura finalisé son unité et son rapport à l'environnement « l'agitation
de son coeur et de ses pensées » s'achèvera également.
Il pénétrera alors dans le royaume de la quiétude, de l'extase, du nirvana, du bonheur absolu ... telle est la philosophie de la mécaniqueuniverselle...
Physiologie humaine et action
Seulement, la perfection est encore loin de nous. Nous sommes de simples hommes constructeurs, condamnés à agir pour élaboré peu à peu ce monde et le conduire vers sa plénitude.
L'homme-constructeur est une « machine »
à agir. Nous sommes bâtis pour construire.
La majorité d'entre
nous serait incapable de passer une vie sans entreprendre, sans
créer, sans avoir le sentiment de travailler pour la communauté.
Rares sont les psychismes aptes à supporter le
vide, la non-action et le silence de l'ascète dans sa grotte.
Corps et esprit tournés vers l'action
Notre corps est une somme d'énergie exigeant d'être dissipé sous forme d'action
créatrice. Notre mental le conduit dans ce sens.
- D'un coté l'esprit sanctionne l'inaction en l'accompagnant de sensations pénibles (ennui, angoisse,
spleen) ...
- de l'autre, il stimule ces actions par le désir
du but à atteindre et les récompenses qu'il sous-tend. Je travaille mon jardin pour le plaisir de déguster de bons légumes et le plaisir de satisfaire mes amis ... j'écris des livres pour avoir le plaisir
de faire plaisir à mes lecteurs, etc. etc..
Dans l'obligation de bien construire
La difficulté de réussir ne fait
qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre Beaumarchais.
Non seulement nous sommes physiquement astreint à l'action constructrice, mais la forme de notre
évolution, nous condamne à agir le mieux possible.
En effet, chaque être humain est inscrit dans un tissu
social fortement interdépendant et moralisé. Voisins, amis, famille, collègues de travail, médias, justice etc., jugent nos actes à l'aune du bien
et du mal.
- Un travail bien fait, une bonne action réalisée,
sont gratifiés, de compliments, de félicitations où
d'éloges. Et ces récompenses nous procurent du plaisir.
- Au contraire, un travail mal fait, une mauvaise
action engendrent des reproches, des blâmes ou
des sanctions. Et ces condamnations gênèrent en nous du déplaisir où de la souffrance.
Notre morale intime, agit de la même façon.
Nous sommes habitués, dés l'enfance, à distinguer les
bonnes actions des mauvaises. À se rapprocher des actes valorisés pour fuir les actes dépréciés. Ce pli, non seulement sert
tout au long de notre existence à juger l'attitude d'autrui,
mais sert également à juger nos propres conduites. Nous utilisons pour nous-mêmes, ce même principe de sanction et de récompense. J'ai une sensation agréable de bonheur après avoir fait du bien à autrui et une sensation désagréable
si j'ai abusé de lui.
Ainsi, nous sentant « mieux » après avoir accomplie une bonne
action et plutôt mal après en avoir accompli une mauvaise, nous sommes naturellement enclins à nous orienter vers les bonnes actions.
Finalement, par la combinaison du plaisir, du déplaisir et de la conscience morale humaine, le principe créateur oriente non seulement l'individu vers l'action « bonne », mais il y pousse également l'humanité tout entière.
Nous ne sommes pas parfait
Mais nous allons,vers la perfection
Le travail est comme
une ancre immobile qui arrête l'agitation de notre
coeur et de nos pensées. Mabillon
Évidemment, même si l'humanité est globalement orientée vers le « bien », des « mauvaises actions » peuvent s'y produire.
Nous ne sommes pas des saints ni des héros !
Ou
plus précisément, nous ne sommes pas des saints mais nous sommes des héros ! des héros à l'image d'Héraclès, moitié homme et moitié Dieu, capable du meilleurs comme du pire ...
Par contre, nous ne sommes pas des saints, du moins, pas encore !!!
Autrement dit, nous ne sont pas encore à l'image de Dieu (ce qui est la définition du saint dans la plupart des grandes religions).
Il suffit d'éclairer la télévision et d'observer
sans complaisance les comportements humains,
pour apercevoir l'espace qu'il y a entre notre désir de faire des bonnes actions et la réalité effective. il suffit d'oser une introspection sans indulgence, pour mesurer notre distance entre l'être et le devoir être.
L'empathie et son défaut
En principe, toute mauvaise action commise, soulève un sentiment de remords chez son auteur.
Lorsque ce n'est pas le cas, lorsqu'elle ne provoque aucun regret, nous avons alors affaires bien souvent à un cas pathologique. Nous parlons alors de perversion narcissique, de psychopathologie etc., (même si pour l'instant encore, la plupart d'entre eux sont considérés Comme des psychotiques « sans symptômes » (en réalité, leurs symptômes sont à lire dans la souffrance de leurs victimes).
Parfois, l'individu est contraint à l'injustice, à l'égoïsme
où à la discrimination par la pression du tissu social,
par la coutume ou par des morales partisanes.
Bien souvent également la dureté et le manque d'empathie des êtres humains, découle de la société elle-même. C'est elle alors qui pousse l'homme à se conduire de façon tout à fait monstrueuse envers ses semblables. C'est évidemment le cas des guerres, mais pas seulement. On retrouve cette mauvaise influence dans certaines idéologies comme le communisme lorsqu'ils contraint les hommes à s'épier les uns les autres, ou du libéralisme quand il pousse (sous prétexte de compétition), l'individu a écrasé autrui simplement pour pouvoir survivre. Le film des frères Dardenne : « Rosetta » montre très bien cela.
C'est encore le cas lorsque le libéralisme oriente l'ensemble humain vers l'élitisme, la corruption, le népotisme et toute forme d'esclavage indirects et travestis.
Mais le monde va de mieux en mieux
Mais il s'agit là d'une phase ponctuelle dans l'histoire de l'humanité. Par ses excès, le libéralisme commence d'ailleurs à soulever suffisamment d'indignation, pour doper les philosophies contestataires. En réalité, ces « vieilles notions » sont globalement en régression
dans l'humanité.
Par exemple, si le racisme et l'antisémitisme
sont toujours présents dans la société, cette vision archaïque du monde est en voie d'être dépassé. Les nouvelles consciences humaines, nous le pressentons bien, veulent en finir avec cela et des
lois ont été institué pour commencé à nous en défaire.
Autre exemple, s'il existe toujours une certaine bourgeoisie « égoïste », capable de thésauriser
les privilèges et de rester sourde à
la misère d'autrui, globalement, son état d'esprit s'améliore. Elle est moins rigoureuse,
moins abusante et moins hermétique que la bourgeoisie du
19eme siècle (malgré la petite régression des trois dernières décennies).
La morale humaine est encore forte
En conclusion, nous pouvons le dire ainsi : «
majoritairement, les «belles conduites humaines» : justice, fraternité, paix ou partage -
recueillent encore aujourd'hui, tous les suffrages.
Dans son intimité et malgré la pression des appats du marché, la philosophie populaire vénère les grandes valeurs de l'humanité. Dans chaque village dans chaque ville où dans chaque pays du monde,
l'altruiste est généralement préféré
à l'égoïste, le juste à l'injuste, le
doux au violent ...
Et ainsi, la majorité humaine, baignant dans une ambiance
majoritairement éthique et friande
de récompenses positives,
tend naturellement à orienter ses actions vers le bien
de l'humanité.
Ce mécanisme auto fécondant, en incitant
chaque individu à tendre vers sa perfection, oriente, par
déclinaison, l'humanité vers sa perfection.
Béatitude / plaisir / Bonheur
Le désir d'un coté, la contemplation de l'autre
L'obligation faite à l'homme-constructeur de construire son
monde l'empêche d'accéder à la « non-action»
(dans sa dimension spirituelle).
Elle le ferme donc également à la gratification de « cette non-action » : la quiétude, le bonheur absolu, l'extase.
Le monde (selon notre philosophie), étant encore à finir de construire, il exige beaucoup
plus d'action que de contemplation. Autrement dit plus de désir que
de béatitude.
C'est pourquoi l'homme «constructeur de béatitude», n'a pas accès à la béatitude. Sa récompense se limite au plaisir. Le plaisir est la gratification de l'action constructrice. Le Bonheur de l'extase, est la récompense
de la non-action (au sens spirituel du terme)
... Et il y a entre les deux formes de ressentie,
une frontière infranchissable.
Il est
plus facile à l'homme constructeur d'accéder
aux divers plaisirs de la vie courante, qu'a l'expérience
béate de la contemplation. Celle-ci exige la plupart
du temps, une ascèse rigoureuse et un renoncement
au plaisir
Je
tiens l'inaction pour la véritable joie dit Tchouang tseu,
mais la coutume en fait un grand malheur.
Philosophie de Bergson
De l'extérieur à l'interieur
Cette «obligation d'action» aux dépens
du bonheur, nous pouvons la déchiffrer dans ce court extrait
de Bergson
Tout
le monde a pu remarquer qu'il est plus malaisé d'avancer
dans la connaissance de soi que dans celle du monde extérieur.
Hors de soi, l'effort pour apprendre est naturel
; on le donne avec une facilité croissante ; on applique
des règles. Au dedans, l'attention doit rester tendue et
le progrès devenir de plus en plus pénible ; on croirait
remonter la pente de la nature. N'y a-t-il pas là quelque
chose de surprenant ?
Nous sommes intérieurs à nous-mêmes,
et notre personnalité est ce que nous devrions le mieux connaître.
Point du tout ; notre esprit y est comme à
l'étranger, tandis que la matière lui est familière
et que, chez elle, il se sent chez lui. Mais c'est qu'une certaine
ignorance de soi est peut-être utile à un être
qui doit s'extérioriser pour agir ; elle répond à
une nécessité de la vie. Notre action s'exerce sur
la matière, et elle est d'autant plus efficace que la connaissance
de la matière a été poussée plus loin.
Sans doute il est avantageux, pour bien agir, de penser à
ce qu'on fera, de comprendre ce qu'on a fait, de se représenter
ce qu'on aurait pu faire : la nature nous y invite ; c'est un des
traits qui distinguent l'homme de l'animal, tout entier à
l'impression du moment. Mais la nature ne nous demande qu'un coup
d'œil à l'intérieur de nous-mêmes : nous
apercevons bien alors l'esprit, mais l'esprit se préparant
à façonner : la matière, s'adaptant par avance
à elle, se donnant je ne sais quoi de spatial, de géométrique,
d'intellectuel.
Une connaissance de l'esprit, dans ce qu'il
a de proprement spirituel, nous éloignerait plutôt
du but.
Nous nous en approchons, au contraire, quand
nous étudions la structure des choses. Ainsi la nature détourne
l'esprit de l'esprit, tourne l'esprit vers la matière. Mais
dès lors nous voyons comment nous pourrons, s'il nous plaît,
élargir, approfondir, intensifier indéfiniment la
vision qui nous a été concédée de l'esprit.
En conséquence, si pendant
la construction de l'humanité, l'homme dans son
ensemble n'a pas accès au bonheur absolu mais seulement au plaisir, et si le plaisir est la récompense de nos actions, il est donc naturel
de profiter, de valoriser et de développer les plaisirs humains.
Valoriser et humaniser le plaisir
Le plaisir mesuré et juste est bon pour la santé
Le plaisir est l'objet, le devoir et le but
de tout êtres raisonnables. Voltaire
Le plaisir étant la récompense de l'action, il est nécessaire
de le valoriser.
Mais encore faut-il que ce plaisir s'accorde
avec la philosophie et les valeurs fondamentales de
l'humanité.
Autrement dit, le plaisir ne doit pas se prendre au détriment
d'autrui, ni contre ses intérêts profonds.
-
Lorsque certains hommes politiques ou grands patrons faisant semblant d'ignorer que leur égoïsme plonge dans la nécessité une partie de l'humanité ... ils prennent leur plaisir aux détriments
d'autrui.
- Lorsque certains industriels utilisent une
main-d'oeuvre sous-développée en maintenant celle-ci
aux limites du seuil de pauvreté, ils prennent leur plaisir
au détriment de celui d'autrui.
- Lorsque des hommes, sous couvert de traditions
archaïques, imposent aux femmes une domination écrasante en les maintenant dans un état de réel
esclavage, ils prennent leur plaisir au détriment d'autrui.
-
Lorsque des castes de dominants, pour thésauriser
l'ensemble des richesses, empêchent leurs régimes d'évoluer vers des
systèmes plus égalitaires (comme la démocratie), ils s'approprient leur plaisir au détriment du plus grand
nombre.
La liste serait longue si nous voulions relever tous les plaisirs
égoïstes pris aux dépends des congénères. Et nous le constatons tous les jours, il reste encore beaucoup de
travail pour adoucir les plaisirs
humains et les rendre plus éthiques.
Mais peu à peu, notre conscience d'autrui
se développe. Et il s'agit là d'une des conditions fondamentales pour
que l'homme puisse parvenir un jour a s'interdire tout à fait
de prendre son plaisir aux détriments de ses congénères.
Ainsi, puisque le plaisir est le
moteur le plus naturel et le plus juste pour motiver l'action humaine
(l'esclavage étant le moteur le plus injuste), et puisque
le sens de l'évolution semble exiger que nous devenions de
plus en plus humain, nous devons préconiser les plaisirs
correspondants à l'éthique humaine.
Autrement dit, nous devons promouvoir les plaisirs partagés avec autrui,
sans gêner autrui, dans le respect d'autrui ... et dévaluer au contraire, tout plaisirs pris au
détriment d'autrui.
Pour résumer notre philosophie :
L'action est la valeur fondamentale de
l'humanité
en construction, la quête du bonheur en est le moteur, et
le plaisir éthique, sa récompense.
téléologie >
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