philosophie naïve du devenir humain

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L'extase et le temps
 

Le temps s'en va, le temps s'en va, madame ; Las ! Le temps, non, mais nous nous en allons. Ronsard

L'humanité est vouée à atteindre sa perfection

Paradoxes du temps

natureO temps suspends ton vol implore le poète comme pour d'un doigt détourner un cours d'eau ...
O mon esprit, suspends en toi le vol du temps demande le sage, se laisser tout simplement glisser sur l'eau
.

Même si la notion de « TEMPS » est indissociablement attachée à la matière au mouvement, à l'univers, donc à notre réalité, rien n'est plus incertain que sa réalité.

Tout d'abord, cette notion, telle qu'on l'utilise couramment pour organiser notre monde, est une valeur apprise et ne semble utile qu'à l'homme. Même si certaines facultés cérébrales nécessaires à son existence, existent chez d'autres espèces (la MÉMOIRE, l'anticipation), être « conscient » du temps semble une spécificité typiquement humaine.

La capacité de fractionner le déroulement constant des choses en minutes, secondes, heures, jours, siècles, etc., est un formidable instrument dont nos disposons pour élaborer notre monde.

Cette notion était une nécessité pour développer et organiser le PROGRÈS, pour créer les SCIENCES, pour comprendre notre univers et pour pouvoir penser « l'intemporel » et « l'éternel » autrement dit, pour donner naissance à « dieu » et à « l'au-delà ».

Autant dire que le temps caractérise « l'humanité constructrice ».

 

Philosophie du temps

Le temps n'est pas moins pollué que l'espace : je viens de passer un sale quart d'heure. » Roland ToporLorsque nous décidons de nous mesurer à la réalité du temps, nous sommes rapidement confronté à un problème.

Au niveau de l'expérience sensible, le temps semble effectivement avoir une consistance. Le monde change, les saisons passent, mon corps se transforme et tout cela nous pouvons l'attribuer au temps.

Mais lorsque nous essayons d'en palper la réalité, rien de tangible ne semble pouvoir le faire exister réellement.

En effet, le PASSÉ est passé, il ne peut exister concrètement, et lorsqu'il existait concrètement, il s'appelait présent.

Le FUTUR n'existe pas non plus concrètement et lorsqu'il existera concrètement, il s'appellera PRÉSENT.

Donc le passé comme le futur, sont des constructions mentales.

Si l'existence du temps est relative à l'existence du passé et du futur, et si le passé et le futur n'existent pas de manière concrète, le temps n'existe pas de manière concrète.

D'autre part, il nous est impossible d'être concrètement en même temps dans le passé et le présent ni en même temps dans le présent et le futur, concrètement donc, nous ne pouvons être que dans le présent.

Donc, concrètement, le temps n'existe pas pour l'homme (et si le passé et le futur n'existent pas et si l'homme constructeur passe la plupart de « son temps » dans ces deux notions fugitives, l'homme constructeur, la plupart du temps, « n'existe pas », au sens « d'exister pleinement », comme existe l'extatique aux contacts permanents du présent).

 

Difficulté «d'être»

temps-daliLe temps n'existe pas pour « L'HOMME AU CONSTRUCTEUR » et pourtant cette notion l'englobe, l'enserre, étreint entièrement son existence.

En effet, pour construire l'humanité, nous avons besoin de passer la plus grande partie de notre existence, dans le passé où l'avenir .

Notre esprit a besoin d'aller prendre des repères dans les choses révolues, et doit se projeter dans le futur pour l'imaginer, le prévoir, le bâtir, le faire exister.
.
L'« homme constructeur » n'est pas « prévu »pour profiter en permanence de l'existence présente ni pour jouir constamment de L'IMMÉDIATETÉ (contempler, ressentir, ne penser à rien, ne rien projeter).

Nous sommes fait pour travailler à l'humanité (et la conduire progressivement à sa perfection).

En effet, à cause des difficultés qu'elle nécessite (ascèse, abstinence, renoncement etc.), « l'immédiateté permanente » (l'extase), est interdite, d'une certaine manière, à l'homme constructeur.
Même la « forme ordinaire de l'immédiateté », autrement dit « les plaisirs » (repos, jouir etc.), ne peuvent être des fins en soi sans mauvaises conséquences. L'excès de repos engendre de l'oisiveté difficile à supporter … L'excès de plaisir (sexe ou « paradis artificiels ») conduisent à la compulsivité et à ses déboires.

La «ruse de la raison» dont parle Hegel, nous interdit, en quelque sorte, le libre accès à un présent parfait et durable, autrement dit au bonheur absolu, au souverain bien, à l'extase.

 

L'inexistence du temps

« Le temps est l'image mobile de l'éternité immobile. » Platon, philosophePar principe, la seule chose qui existe réellement c'est le présent, l'immédiat.

Le passé n'existe plus concrètement, il ne peut se refaire ni se revivre.

Le futur n'existe pas concrètement, il ne peut jamais se vivre (quand il se vit il s'appelle à «présent».

Si le passé et le futur n'existent pas concrètement, ils ont pourtant un rôle majeur dans l'humanité.

Grâce à eux, nous pouvons développer toutes sortes de progrès (technique, social, philosophique, progrès de la conscience etc.).

Donc, tant que l'humanité a encore à progresser, l'esprit de l'homme doit naviguer en permanence entre le passé, le présent et le futur.

Comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, la création semble être une véritable merveille d'INTELLIGENCE.

Tant que nous avons besoin d'utiliser le passé et futur, ces deux notions se présentent à notre conscience en dépit de notre volonté. Les imperfections de notre éducation, ses traumatismes inévitables, l'autocritique nécessaire de nos actes, nous maintiennent en permanence au contact de notre passé. et de l'autre côté, notre besoin de progresser, d'évoluer, de construire, impose constamment de l'avenir dans notre présent.

Le temps court sans cesse vers l'avenir dit Plotin.

Le temps et l'effet de la course inachevée de l'âme qui anime le monde.
L'expérience de notre complétude, comme de l'incomplétude de toute chose dans ce monde visible, de la course de notre existence humaine, de la vie de tous les êtres vivants, des astres dans le ciel, comme pour tenter -en vain - de combler cette incomplétude, cette expérience et celle du temps. En revanche en détachant notre âme et notre intelligence (individuelle) du monde sensible, en l'élevant de l'âme du monde vers l'intelligence, nous nous éloignons de la « roue » du temps pour contempler les formes (unité) éternelle qui donnent à ce monde ce qu'il peut posséder de stabilité et d'ordre. Mieux en faisant en sorte qu'elles s'unissent à l'Un et s'abolissent dans l'Un, principe divin de toute chose dans la plénitude de l'union avec l'Un, délivré alors du mouvement inquiète de la vie, du souci de l'avenir ou du regret du passé, délivré même de l'effort de l'intelligence et du discours qui se poursuit dans le temps, nous accédant à l'éternité, une, indivisible inéluctable.

C'est quand notre âme est séparée du principe unique originel de toute chose que, séparée par la même occasion d'elle-même, agité, inquiète, insatisfaite, occupé sans cesse par un nouvel objet, passant d'un état à un autre, elle est alors dans le temps.
« C'est donc la séparation de l'âme (diastasis en grec) qui occupe du temps » séparation d'avec l'Un (avec Dieu), éternel et ineffable. B. Piettre (Philosophie et science du temps)

 

L'extase et le temps

Le monde et le temps ont été crée ensembles. Saint Augustin.

Le temps, pourrions dire à la suite de ce très beau texte du philosophe, tire son existence de la naissance de l'univers. Il a besoin du monde sensible, solide et muable, pour exister, mais l'homme peut s'en détacher.

Il y a donc, le temps pré univers, le temps pour l'univers et le temps pour l'humain.

Avant l'univers, nous dit généralement la SCIENCE, une sorte de « VIDE » (quantique) palpitait irrésistiblement. Ce vide donc, devait receler en son sein (sous forme de potentialités, ou de virtualité), toute la structure, de l'univers.
Si dans cet espace « près univers » tel qu'il nous est décrit, le temps ne pouvait pas exister concrètement (puisqu'il a besoin de matière et de mouvement pour « être »), il devait quand même exister potentiellement.

1/ Il est impossible aujourd'hui à mon sens, de se faire une idée raisonnable ou rationnelle de la nature et de la forme du monde pré univers.

Si comme nous le pensons ici, cet espace est le siège d'un « principe créateur » de nature « amour absolu », nous ne pouvons alors nous contenter des définitions scientifiques proposées pour décrire le monde d'avant l'univers (intemporel, immatériel, infini, vide mais palpitant), même si ces définitions se rapprochent étrangement de celles proposées par les religions pour décrire Dieu.
Disons qu'il s'agit d'un espace inconnu, insoupçonnable et inimaginable dans l'état actuel des choses, un espace divin, non soumis au régime de l'univers temporel, matériel, et spatial.

2/ À l'opposé (mais pas tout à fait), l'univers et tout ce qu'il comporte, est soumis (mais sous une certaine forme seulement) à la flèche du temps (parce que soumis à la finitude).

3/ Et enfin, il y a le temps selon l'homme.
Ce temps est à deux formes.
Le temps de l'homme en état ORDINAIRE et le temps de l'homme en état EXTATIQUE.
Si l'être humain possède un corps soumis, comme tous les autres corps de l'univers, à un temps qu'il ne maîtrise pas, il a également une conscience et une volonté capable de l'affranchir du temps lorsqu'il parvient à accéder à la béatitude au nirvana, à l'extase.
Dans l'état ordinaire, autrement dit dans l'état de « l'homme constructeur », le corps et l'esprit sont entièrement soumis à l'épreuve du temps. Nous espérons ou redoutons le futur, et nous sommes nostalgiques, souffrant ou rêveurs de notre passé.  

Dans l'état extatique, même si physiologiquement le corps entretient une relation au temps, l'esprit lui, ne fait plus aucune référence (consciente ou inconsciente) vers son passé (il n'a plus ni remords, ni nostalgie, ni besoin d'utiliser son passé pour construire), et plus aucune référence vers son avenir (il n'a plus ni angoisse, ni de projection, ni espérance). En un mot, l'homme en extase, est soumis au temps, mais il n'en a plus aucune conscience.

Nous voyons donc ce que le temps n'existe ni pour le monde avant l'univers ni dans l'état extatique.
Il y à donc dans l'extase, une sorte d'identité entre l'homme et le monde pré univers, autrement dit entre l'extatique et Dieu.

En nous appuyant sur ce principe, si comme nous le pensons sur ce site, l'humanité évolue progressivement vers sa perfection dont nous pensons ici qu'elle correspond à une sorte de « capacité généralisée àL'EXTASE », cela voudrait dire que l'humanité avance progressivement vers une union avec ce principe créateur.

Le temps tient toute sa réalité par et pour l'homme. Mais le temps de l'extase, donc de l'abolition du temps dans l'esprit humain, n'est pas encore venu. Pour finir de construire toutes les structures de l'humanité La notion de temps nous est encore nécessaire.
Notre type d'évolution ne peut se concrétiser en dehors de la conscience du temps.

C'est parce que nous avons pris CONSCIENCE de notre FIN, et de la fin des choses de ce monde, donc conscience du temps, qu'une connaissance fût possible.
C'est parce qu'une connaissance est possible que l'évolution peut atteindre sa perfection, autrement dit : « l'abolition du temps dans l'esprit humain ».

L'état extatique étant un état de présence absolue au monde, un état sans passé ni futur dans lequel donc, le temps n'existe plus, si l'ensemble humain accédait dès aujourd'hui à l'état de béatitude, son évolution cesserait.

 

L'être et l'étant face au temps

L'Être (au sens HEIDEGGERIEN du terme), est ce qui est délié de l'espace et du temps.
· L'étant au contraire, est intimement lié à l'espace et au temps.

L'être et l'étant correspondent aux deux formes de la matière ; forme immatérielle (quarks), forme matérielle (corpuscule, atome, organes, biologie ...)

La matière est donc en même temps immanente (étant) et transcendante (être).

L'être humain est donc en même temps IMMANENT (étant) et TRANSCENDANT (être).

La plupart des choses qui composent l'univers (la matière, la nature, les animaux) appartiennent au domaine des « étants ». Elles sont inconscientes.
Elles sont maintenus dans le monde des étants par certaines forces (chez l'animal l'instinct de perdurer, de se reproduire ... ), les forces fortes, faibles, gravitationnelles etc, qui maintiennent l'esprit de la matière (les quarks) dans la matérialité.

Lorsque l'étant atteint la béatitude, il se trouve psychologiquement délié de l'espace et du temps et devient donc « être ».

Il est être parce que son esprit est uniquement activé par ce qui est « être » en nous c'est-à-dire les particules élémentaires et immatérielles : les quarks

 

Le temps, la mort, la béatitude

Dans la béatitude l'homme est « être » mais il n'en a pas conscience car il est hors de la pensée du temps, il ne peut que le ressentirLa conscience ne peut étudier l'être qu'en s'appuyant sur le temps mais elle ne peut ressentir l'être qu'en cessant de penser en tant que temps.

Si la conscience à un tel besoin de comprendre son monde et le sens de sa présence au monde, (si elle a donc un tel besoin de penser en termes de temps) c'est parce qu'elle a pris conscience de sa finitude.

Ce n'est donc pas tant le passé qui oblige l'homme a chercher et par là même, à construire son monde, c'est au contraire son futur, son avenir dans lequel se trouve l'angoisse de sa finitude.

C'est pour dépasser ce problème de la fin, pour dépasser la MORT, que l'homme s'élabore en s'appuyant sur le temps

A la fin de son « travail de construction », quand l'humanité aura entièrement finalisé et déchiffrer son monde, quand elle aura atteint cet état de perfection elle aura transcender le TEMPS et donc par là, transcender la mort.

En prenant CONSCIENCE qu'il était mortel, l'homme a pris conscience du temps.

Grâce à cette conscience du temps l'humanité peut s'élaborer, découvrir ses énigmes, accéder à la béatitude, et finalement dépasser sa condition de mortel.

L'esprit humain et donc a 2 positions : celle de l'homme constructeur délimité par les questions d'espace et de temps vers lesquelles convergent toutes ses références, et celle de L'HUMAIN BÉAT, délié de l'espace spatio-temporel.

L'homme constructeur ne peut penser l'éternité, ou plus précisément la sempiternité du monde pré-univers (c'est-à-dire Dieu) parce que son esprit rencontre constamment les limites de l'espace et du temps, la sempiternité lui est inconcevable en profondeur (il peut en parler en surface, l'utiliser en tant que concept) .
En revanche l'humain abouti (le béat) pourra concevoir cette sempiternité puisque son esprit est immergé dans un monde sans référent spatio-temporel.

Seulement cet état ne permet pas de penser, d'analyser, de travailler en quelque sorte sur cette valeur qu'il ne peut que ressentir.

 

Phénoménologie et béatitude

La phénoménologie comme PHILOSOPHIE, prétend revenir à « l'expérience directe », au « contact immédiat avec la réalité », pour se rapprocher de la vérité. Il est vrai que la seule vérité est dans le présent immédiat puisque le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore.

Seulement, la seule expérience possible de parfait immédiat, c'est la béatitude, le nirvana, c'est la seule épreuve qui permette de se délier totalement du passé, du conditionnement, de toute pression de la société, de tout déterminisme, de tout inconscient et surtout de toute idée, réflexion, analyse, étude, qui sont des activités rattachées au futur, au passé, au désir, à l'honneur, à la réussite ... (mais la phénoménologie est une des réflexions les plus proches de la vérité).

Le béat est coupé du temps de manière totale, il est dans un état de naïveté et de pureté psychique proche de celui du nouveau-né à cela près que ses années d'éducation lui ont permis d'accéder à un psychisme capable de maîtriser totalement son ego (chose que le nouveau-né ne peut pas faire).

L'éducation est donc nécessaire à la béatitude, même si, dans l'extase, plus aucune référence à cette éducation n'émergesi clairement dans le psychisme.

 

Philosophie, dieu et platon> Matiere

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