| Etre philosophe, c'est résoudre quelques-uns des problèmes de la vie non seulement en théorie, mais en pratique. Henry David Thoreau
Philosophie, religion et télos
Les tendances négatives humaines frelatent le progrès
La partie de la philosophie chargée
de réfléchir
au sens de l'humanité, à son avenir, s'appelle la PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.
On peut également parler de TELEOLOGIE ou science des fins de l'homme.
Ce concept de téléologie se rencontre pour la première fois dans la philosophie d'Aristote.
Mais c'est avec le JUDAISME que
le principe d'une fin dernière et positive de l'humanité, prend réellement
forme (la venue de la Jérusalem terrestre puis céleste).
Cette idée s'approfondira plus tard avec le CHRISTIANISME et
le concept
d'Apocalypse.
Évidemment, toutes ces paternités sont relatives. Les grandes idées sont bien souvent le fruit d' idées qui circulent dans l'air du temps et par dela les appartenances. En tout cas la puissance créatrice et spirituelle du cinquième
et quatrieme siècle avant notre ère, a été énorme et sans doute
fortement entremêlé. Cette époque à vu resplendir les ESOTERISMES de l'INDE et de l'EGYPTE,
le JUDAISME, le BOUDDHISME et la PHILOSOPHIE GRECQUE, autrement-dit, toutes les grandes forces ayant conduit à l'idée d'une puissance créatrice unique et aux développement des grandes expériences extatiques).
On peut d'ailleurs déjà distinguer une position
téléologique, dans le banquet de Platon.
En effet, dans cet ouvrage, on voit l'amour évoluer progressivement du désir
primaire jusqu'à l'extase. Mais Platon semble
s'intéresser avant tout à l'individu. Les monothéismes
au contraire, sous l'impulsions du JUDAISME, sont tournés vers l'évolution de
l'humanité dans son ensemble, et c'est, me semble-t-il,
toute la nouveauté.
L'optimisme vient de Dieu, le pessimisme
est né dans le cerveau de l'homme.
Proverbe Arabe Plus tard, en s'appuyant sur la Bible, les grands penseurs chrétiens, Saint-Augustin, Saint-Thomas, ont perpétué cette
vision téléologique de l'humanité.
Mais la première véritable analyse scientifique
du devenir humain s'est produite avec Kant.
Il est un des premiers à avoir
scruté méticuleusement l'évolution générale
de l'humanité sans prendre la bible comme point
de départ, mais les phénomènes historiques
et scientifiques.
Hegel à perpétuer
cette vision téléologique en englobant,
me semble-t-il, le matérialisme (autrement dit la réalisation
de l'histoire, la réalisation de l'absolu),
et l'idéalisme, (l'absolu lui-même).
Les grands systèmes idéologiques et utopistes du
XIX eme siècle
- socialisme, anarchisme, etc. – et ses penseurs – Saint
Simon, Owen, Marx, Fourier, Comte - en s'appuyant
pour la plupart, sur les thèses
de Kant et de Hegel, se sont
surtout intéressé aux
ressorts matériel et social de l'évolution
humaine, et ont milité pour leur réalisation concrète
et rapide.
Cette vision positiviste et militante du devenir
humain, a ainsi ouvert la voie au désir
d'accélérer
le cours
de l'histoire par la force, de libérer brutalement
l'homme
de ses aliénations, de construire un monde idéal
par la révolution.
Il s'agit là d'un désir
tout à fait
humain, respectable et généreux,
seulement, force est de constater
qu'il conduit à une aberration comme nous l'a
montré l'échec du communisme.
Impasse de la philosophie de l'histoire
Le fait que les hommes tirent peu de profit
des leçons de
l'Histoire est la leçon la
plus importante que
l'Histoire nous enseigne.
Aldoux Huxley
Si, en ce qui concerne le FOND, toutes les grandes PHILOSOPHIES rattachées au très large courant de la PHILOSPHIE DE L'HISTOIRE, (Kant, Hegel, Marx, et jusqu'aux contemporains Fukoyama), ont une vision juste de la finalité de l'humanité (la PAIX UNIVERSELLE, la réalisation de L'ESPRIT, la DESALIENATION de l'homme, la FIN DE L'HISTOIRE etc.), ces PHILOSOPHIES sont parfois erronées en ce qui concerne la FORME.
La cause en est qu'elles sont pensées par des hommes et l'homme n'est pas parfait. Parfois son EGOCENTRISME, son exaltation où son IMPATIENCE peuvent brouiller sa vision.
Plusieurs choses ont conduit à mon
sens, une grande partie de la PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE vers certaines impasses.
a / Tout d'abords la mésestimation du temps nécessaire à l'évolution pour se réaliser.
Scandalisé par la cruauté et l'injustice humaine, pressés de voir les choses se réaliser de leur vivant, certains homme, certains philosophes, voudraient changer le monde brutalement, le conduire à la perfection du jour au lendemain. Ce fut ce type de pensée qui motiverent les grandes révolutions . La révolution à était jusqu'a présent le seul moyen capable de transperser les étanchéités mentales de certains dominants. Mais il s'agit là d'un moyen radical d'évolution, à l'origine de beaucoup de violence et d'une trop vive accelération de la société *. Il est nécessaire à mon sens, de toujours lui preferer la révolution des consciences (Ghandi, M. L. King).
Certains philosophes, emporté par leur exaltation et un certain égocentrisme, peuvent imaginer qu'ils appartiennent au temps ou l'humanité est amenée à se réaliser complètement. Mésestimer le temps logique du développement humain
(il s'agit plutôt d'une surestimation du présent
en fait), à été l'erreur
de Hegel qui pensait son moment napoléonien comme
le sommet de l'évolution.
Nous retrouvons encore cette surestimation du présent
prés
de nous, chez Francis
Fukuyama, qui semble lire dans la fin du dualisme est-ouest et
l'apothéose de la démocratie libérale, le
point final des progrès
de l'histoire humaine. (Et cette erreur parcours également, j'en
suis conscient, ce travail. Pressé que
je suis, de voir les prémices d'un monde de paix apparaître de mon
vivant).
* C'est le cas par exemple des révolutionnaires du
19eme siècle, qui ont voulu imposer des
valeurs transcendantales comme l'égalité, bien avant que la conscience humaine, ne puisse vraiment
l'accepter.
b / il y a ensuite la négligence du sens spirituel d'une telle réalisation historique.
Par réaction à une EGLISE trop présente dans les rouages du POUVOIR, une église à la spiritualité parfois corrompue et archaïque dans sa pensée, certains PHILOSOPHES se sont focalisés sur la partie matérialiste de l'évolution, en sous-estimant sa vocation spirituelle.
Nous sommes (l'Occident), les enfants de ce type de pensée.
Si cette optique a le mérite d'accélérer le PROGRES TECHNIQUE et industriel, le CONFORT, l'accès au PLAISIR et aux LOISIRS, à la LIBERTE de pensée d'agir et de créer, sans véritable réflexion spirituelle, sans accorder de place à la spiritualité, ce type d'évolution conduit malheureusement à l'absurde et à la domination du système des objets.
L'homme pour ce type d'évolution, se réduit à la somme de ses organes, à sa valeur pécuniaire ou à son apparence. Il ne peut trouver de sens véritable à son existence.
L'homme est un être spirituel. Le retour au religieux après des années de communisme dans les pays de l'Est, en est le parfait exemple. L'écrasement spirituel par le marché qui signe les dernières décennies, conduit, comme nous le ressentons aujourd'hui, à une véritable impasse.
Si la religion a été bien souvent l'opium du peuple (aujourd'hui c'est le marché), le monde perd son équilibre mental sans spiritualité.
Logique de la philosophie de l'histoire
Le futur a été créé pour être
changé.
Paulo de Cuelho
Il est facile pour un PHILOSOPHE TELEOLOGUE,
de penser son présent comme une sorte de summum de civilisation,
une apogée aux portes du paradis (l'inverse est vrai également).
Vraisemblablement
un jour, des philosophes pourront le dire à juste
titre.
A priori, ce n'est pas encore notre cas.
Nous devons,
nous, au contraire, nous libérer de cette divagation égocentrique.
L'histoire nous en donne semble-t-il, les moyens.
Il suffit
en effet, d'analyser certaines logiques de l'évolution,
pour avoir une indication sur le travail qu'il reste encore à accomplir à l'humanité,
avant d'atteindre ce fonctionnement universel si cher à Emmanuel
Kan
Par exemple, après s'être dispersé sur
l'ensemble de la planète, notre espèce, depuis
quelques dizaines de milliers d'années, a entamé une
sorte de lent processus de réunification.
Nous sommes passé de
la troupe à la tribu, de la tribu à la cité,
de la cité au pays, du pays à la NATION, et à présent,
les pays et les nations se regroupent autour d'un FONCTIONNEMENT CONTINENTAL (l'europe, l'asie, l'afrique, l'amerique). Cette phase continentale, semble
être un préalable à un FONCTIONNEMENT UNIVERSEL que
beaucoup de PACIFISTES et d'UNIVERSALISTES appellent de leur voeux.
L'étape dans laquelle nous sommes, l'étape
continentale semble devoir encore se construire à travers l'antagonisme et la violence, car nous n'avons pas encore appris à utiliser l'osmose, le partenariat, le mutualisme. Mais il s'agit d'une étape indispensable,
avant d'accéder à un
fonctionnement global (prometteur lui, au contraire, de paix,
de justice et de fraternité) …
Cette forme d'évolution violente, on a beau la chasser de nos voeux, elle semble en réalité tout à fait cohérent avec un
psychisme global humain, encore puissamment chargé de désir
de compétitions, d'agressivité
et d'innovation.
Et la construction des grandes communautés
- européennes,
africaines, américaines, asiatiques – est une façon
idéale, pour les générations qui arrivent,
de l'exprimer.
Le mal et le progrès
Nous sommes réticents aux meurtres particuliers,
mais permissifs aux génocides et résignés
au meurtre général, biologique.
V. Forrester Pour pouvoir
imaginer un SENS à l'évolution de l'humanité,
il faut disposer d'un regard historique assez large.
En effet, si nous nous
contentons d'observer les résultats
du progrès à l'échelle des quelques décennies
entourant notre EXISTENCE, il est impossible de distinguer
la moindre ORIENTATION à l'évolution.
D'autre part, une vision à court terme,
nous empeche de replacer les soubresauts
naturels et les régressions ponctuelles de l'évolution, dans
l'ensemble progressif de l'humanité.
Par exemple, à la sortie de la guerre 14 / 18 comme à la
sortie de la guerre 39 / 40, il était impossible de parler
de progrès positifs.
Stupéfaite par d'impensables monstruosités
perpétrées grâce aux progrès et à la
technologie, l'homme ne pouvait plus considérer le développement
technique comme un bien pour l'humanité.
Seulement, le progrès n'est pas en cause dans ces
horribles inhumanités (le génocide du Rwanda nous
l'a démontré), c'est bien plutôt certaines
tendances humaines
qu'il faudrait incriminer. C'est l'INSTINCT DE DOMINATION , de ségrégation et de prédation, le désir d'hégémonie
et la capacité à utiliser
les dernières
inventions à des
FINS PERVERSES, qu'il faudrait accuser.
De la même façon, si nous observons de façon myope, les 3 dernières décennies ultralibérales sous la toute puissance du marché, nous pouvons juger ces années régressives au plan moral,
social, écologique ... Mais lorsque nous tenons compte du
véritable niveau d'humanité atteint
par l'humanité (et non pas du niveau que
nous pensons avoir atteint), et lorsque nous resituons ces trois
décennies dans la grande histoire de l'évolution,
et plus particulièrement dans LA GRANDE MONTEE DE L'HUMANITE VERS SON UNIFICATION, ces années
chaotiques, compulsives et injustes, trouvent alors un sens.
Évidemment, de tout temps, le progrès a comporté des
risques. Les premiers outils de silex, contenaient en elles-mêmes,
la capacité d'entraîner
les premiers hommes, à leur MASSACRE MUTUEL. Elles étaient capables de conduire l'humanité à l'extinction.
Par-delà tous les bienfaits qu'il engendre, le progrès
comporte donc certains risques et enfante une quantité d'incidents,
de complications, de craintes et de dangers, donc de désillusions
et de déceptions.
L'empire de nos pulsions (peurs, surdité, agressivité,
envies de dominer ...), déborde bien souvent notre
conscience et retourne la technologie contre nous-même et
nos congénères.
Notre INSTINCT DE DOMINANTION et nos TENDANCES
prédatrices sont
encore très fortes et détournent quelques fois nos
inventions de leur but principal pour les orienter vers des fins
autodestructrices et dangereuses.
Le progrès pouvant être utilisé
par l'homme pour tuer et faire tuer ses congénères,
les outrances qui en résultent, repoussent parfois notre
espèce bien loin dans la hiérarchie pacifiste du
vivant, derrière les herbivores ou les baleines ... (n'oublions
pas que nous partageons avec certains prédateurs, comme
le lion par exemple, la triste capacité de tuer nos propres
enfants, comme la mythologie l'avait déjà très
bien saisit ... voir Hercule)
La question du sens
Ou allons nous ?
Après avoir été mise
de côté pendant
plus d'un siècle, la question du SENS de
l'humanité aurait-elle une chance de revenir éclairer les sillons
neuronaux de la PHILOSOPHIE.
Nous savons qu'il est encore extrêmement
difficile d'avancer des certitudes quant à la réalité du
progrès
humain, au moins si l'on veut donner un sens POSITIF à celui-ci. Nous savons également, qu'observée sous un certain angle, le MONDE matériel peut être considéré comme une ILLUSION, y compris bien entendu l'évolution.
Pour pouvoir émettre quelques évidences, il faudrait
disposer d'une vision tout à fait claire de notre HISTOIRE. Bien en comprendre toutes ses étapes entre les débuts
de l'humanité et ce qu'elle est aujourd'hui.
- Il faudrait avoir une vision précise des conditions d'existence
au temps des premières HORDES HUMAINES, au temps des premières
civilisations. Etudier sans romantisme, les conditions de
vie à l'époque de l'Antiquité EGYPTIENNE,
GRECQUE, puis ROMAINE. Les conditions globales d'existence au temps
du MOYEN AGE, de la REVOLUTION FRANCAISE, au début
du CAPITALISME, puis les conditions de vie au début du XXe
siècle etc.
- Il faudrait disposer non seulement d'éléments techniques
pour mesurer les façons de vivre à différentes époques,
mais il faudrait avoir également une vision précise
de l'état d'esprit global de l'être humain à ces divers
moments de la CONSTITUTION de l'humanité.
- Il faudrait
que nous puissions comparer les RELATIONS AFFECTIVES, FAMILIALES,
SOCIALES, EDUCATIVES, l'évolution des
conditions sanitaires, médicales, juridiques … à chaque moment de l'évolution, entre les premiers hommes
et les hommes d'aujourd'hui.
L'homme, en tout cas, est plein de ressource. Il dispose d'un avenir technique et créatif insoupsonnable. Lorsqu'il sera temps pour l'humanité de se repencher sur son devenir, la philosophie et la science le feront en masse et avec encore plus de matériel que n'en disposait Kant ou Hegel.
En résumé
Il existe sans doute aujourd'hui déjà, une position médiane entre LA POSITION RELIGIEUSE qui se fait une idée
positive mais parfois inquiétante de notre finalité (l'apocalypse et le jugement dernier par exemple).
LA POSITION REVOLUTIONNAIRE qui vise la
fin de l'aliénation, de la guerre de l'égoisme,
mais veut l'imposer par la force? ET LA POSITION NIHILISTE qui refuse toute réflexion
sur le long terme et propose une vie d'immédiateté et
de plaisir individualiste. Les conséquences d'une
telle évolution sont déjà bien visibles
aujourd'hui (ravage de la planète, retour aux valeurs primates, conduite
absurdes et compulsives) …
Nous pourrions imaginer
une réflexion conscience sur un possible et souhaitable
devenir humain sous les lumières de la sagesse.
C'est pourquoi à mon sens, l'humanité va bientôt appeler de
nouvelles réflexions philosophiques à propos du devenir
humain.
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