Henry Bergson et l'évolution.
La maîtrise progressive de l'environnement sous le regard de Bergson
Mécanique / mystique /Matière / homme / évolution créatrice / morale / religion
Nous voici arrivés à la fin du chapitre concernant la maîtrise de l'environnement.
Sa conclusion en est simple : l'humanité optimise constamment son adaptation au milieu. Le but étant, à terme, d'adapter idéalement l'homme à son milieu.
Pour clore ce chapitre, nous allons nous appuyer sur quelques propos d'Henry Bergson concernant le progrès mécanique.
L'homme ne se soulèvera au-dessus de terre, écrit-il, que si un outillage puissant lui fournit le point d'appui.
Il devra peser sur la matière s'il veut
se détacher d'elle. En d'autres termes, la mystique appelle
la mécanique. On ne l'a pas assez remarqué, parce
que la mécanique, par un accident d'aiguillage, a été lancée sur
une voie au bout de laquelle était le bien-être exagéré et
le luxe pour un certain nombre plutôt que la libération
pour tous.
Nous partageons, tout à fait ce point de vue philosophique.
Comme lui, nous disons du progrès technique qu'il est un facteur d'essor global de la mystique. Nous divergeons simplement à propos de « la pollution, du gaspillage, de l'exagération et du luxe ». Pour nous en effet, ce ne sont pas des « erreurs d'aiguillages » mais des logiques d'évolutions.
L'humanité actuelle est encore très faiblement consciente. Elle ignore comment progresser sans excès ni violence. Autrement dit comment évoluer « consciemment ». Pour progresser, elle utilise bien souvent des protocoles primaires. Elle découvre, exagère, va jusqu'à l'accident puis rectifie sa course. (découverte, exagération, accident, et rectification).
Le temps en général, se charge progressivement de réorienter ce progrès. De le diriger dans le sens de la libération pour tous.
Le type d'évolution archaïque finira un jour. C'est une question de niveau d'évolution à atteindre, de degré de conscience à franchir.
Du
reste, Bergson l'a bien pressenti
lorsqu'il conclut : les origines de cette
mécanique sont peut-être plus mystiques qu'on ne le
croirait ; elle (la mécanique) ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra
des services proportionnés à sa puissance, que si
l'humanité qu'elle a courbée encore davantage vers
la Terre, arrive par elle à se redresser, et à regarder
le ciel (Et tout oriente selon nous, l'humanité dans ce sens)
Henry Bergson, l’évolution créatrice
Les grandes directions de l'évolution
Obnubilé par son progrès technique, l'Occident a bien souvent une idée grandiose de lui-même. Cette vision ne reflète pas la réalité.
Par certains côtés, les sociétés industrialisées dépassent en barbarie les sociétés dites primitives. Elles dépassent en perversion les sociétés fortement spiritualisées qu'elles se sont choisis comme nouvel ennemi.
Nous sommes bien souvent dans le déni de notre propre violence. Nous n'osons pas regarder en face nos monstruosités. Nous les baptisons « croisade du bien » « lutte contre le mal » « guerres justes », pour dissimuler notre mépris d'autrui.
Des arguments pervers, servent à pratiquer sur des êtres humains les derniers progrès en matière d'armement. La liste est longue, de toutes les obscénités perpétrées au nom de la raison. Ces injures à la raison nous obligent à regarder notre niveau d'évolution en face. Nous sommes beaucoup plus proche de l'adolescent caractériel que de l'homme ayant atteint l'âge de raison.
Mais l'humanité est en évolution. Et son progrès un jour la libérera de toutes ces pulsions.
Voici pour finir quelques lignes encore du sage philosophe Henri Bergson :
En ce qui concerne l'intelligence humaine, on n'a pas assez remarqué que l'invention mécanique a d'abord été sa démarche essentielle, qu'aujourd'hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l'utilisation d'instruments artificiels, que les inventions qui jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction.
Nous avons de la peine à nous en apercevoir, parce que les modifications de l'humanité retardent d'ordinaire sur les transformations de son outillage. Nos habitudes individuelles et même sociales survivent assez longtemps aux circonstances pour lesquelles elles étaient faites, de sorte que les effets profonds d'une invention se font remarquer lorsque nous en avons déjà perdu de vue la nouveauté.
[…]
Dans des milliers d'années, quand le recul du passé n'en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu'on s'en souvienne encore ; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âge. Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils et d'en varier indéfiniment la fabrication. Henri Bergson, L’Évolution créatrice. Chapitre II, « Les grandes directions de l'évolution (1907)
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