L'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle. Henry Bergson.
Philosophie de Bergson
Terminons enfin notre analyse de l'évolution progressive de la maîtrise de l'environnement, par ces quelques phrases du grand philosophe Henry Bergson à propos du progrès mécanique :
l'homme ne se soulèvera au-dessus de terre que si un outillage puissant lui fournit le point d'appui.
Il devra peser sur la matière s'il veut
se détacher d'elle. En d'autres termes, la mystique appelle
la mécanique. On ne l'a pas assez remarqué, parce
que la mécanique, par un accident d'aiguillage, a été lancée sur
une voie au bout de laquelle était le bien-être exagéré et
le luxe pour un certain nombre plutôt que la libération
pour tous.
La philosophie de la mecaniqueuniverselle relierait :
la pollution, le gaspillage, l'exagération et
le luxe qui caractérisent les excès du progrès moderne
et contemporain, non pas à une erreur d'aiguillage,
mais à une logique d'évolution.
L'homme constructeur encore si faiblement CONSCIENT n'a d'autre moyen que la découverte, l'excès, l'accident, et la rectification pour se perfectionner rapidement.
L'esprit réoriente progressivement ce progrès dans le sens de la libération pour tous, c'est une question de temps et d'évolution de conscience.
Du
reste Bergson l'a bien pressenti
lorsqu'il conclut : les origines de cette
mécanique sont peut-être plus mystiques qu'on ne le
croirait ; elle ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra
des services proportionnés à sa puissance, que si
l'humanité qu'elle a courbée encore davantage vers
la Terre, arrive par elle à se redresser, et à regarder
le ciel (Et tout conduit l'humanité dans ce sens)
Lisons encore cet extrait tiré de la philosophie de Bergson pour diminuer l'orgueil qui aveugle bien souvent les sociétés fortement industrialisées :
En ce qui concerne l'intelligence humaine, on n'a pas assez remarqué que l'invention mécanique a d'abord été sa démarche essentielle, qu'aujourd'hui encore notre vie sociale gravite autour de la fabrication et de l'utilisation d'instruments artificiels, que les inventions qui jalonnent la route du progrès en ont aussi tracé la direction. Nous avons de la peine à nous en apercevoir, parce que les modifications de l'humanité retardent d'ordinaire sur les transformations de son outillage. Nos habitudes individuelles et même sociales survivent assez longtemps aux circonstances pour lesquelles elles étaient faites, de sorte que les effets profonds d'une invention se font remarquer lorsque nous en avons déjà perdu de vue la nouveauté. […] Dans des milliers d'années, quand le recul du passé n'en laissera plus apercevoir que les grandes lignes, nos guerres et nos révolutions compteront pour peu de chose, à supposer qu'on s'en souvienne encore; mais de la machine à vapeur, avec les inventions de tout genre qui lui font cortège, on parlera peut-être comme nous parlons du bronze ou de la pierre taillée; elle servira à définir un âge. Si nous pouvions nous dépouiller de tout orgueil, si, pour définir notre espèce, nous nous en tenions strictement à ce que l'histoire et la préhistoire nous présentent comme la caractéristique constante de l'homme et de l'intelligence, nous ne dirions peut-être pas Homo sapiens, mais Homo faber. En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils et d'en varier indéfiniment la fabrication.